Selon les données du Système d’information des filières (SIF), piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), le prix FOB du robusta atteint 2 074 FCFA/kg au port de Douala. Dans les bassins de production, le kilogramme s’échange entre 1 600 et 1 650 FCFA.
En face, le cacao affiche 1 521 FCFA/kg à l’embarquement, et seulement 1 050 à 1 150 FCFA/kg bord champ. L’écart est net : le robusta surclasse le cacao d’au moins 500 FCFA/kg, que ce soit à l’export ou dans les zones rurales.
Une rupture après des années d’euphorie cacaoyère
Cette bascule intervient dans un contexte difficile pour la filière cacao. Après un pic historique culminant à 6 000 FCFA/kg durant la campagne 2023-2024, puis un maximum de 5 400 FCFA/kg en 2024-2025, les prix ont brutalement reculé autour de 1 000 FCFA/kg dans les bassins de production depuis le lancement de la campagne 2025-2026.
Un décrochage d’autant plus marquant que les projections gouvernementales tablaient sur une fourchette comprise entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg cette saison.
Pour les analystes des marchés des matières premières, la clé d’explication se trouve à l’international. Après trois campagnes déficitaires, la production mondiale de cacao redevient excédentaire en 2025-2026. L’amélioration de l’offre, notamment portée par l’Équateur — qui pourrait ravir au Ghana la place de deuxième producteur mondial — exerce une pression baissière sur les cours mondiaux des fèves, avec un effet direct sur les pays producteurs comme le Cameroun.
Transformation locale : le Cameroun accélère
Paradoxalement, cette contre-performance des prix intervient alors que le pays poursuit activement sa stratégie de transformation locale.
Le 27 février 2026, les ministres du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, et de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, ont procédé à la pose de la première pierre de l’usine Samen Industry à Baré Bakem, dans le Moungo (région du Littoral).
Implantée sur trois hectares, l’infrastructure comprendra une unité de production, des aires de stockage, des zones logistiques et des espaces verts. Sa capacité annoncée dépasse 32 000 tonnes de fèves par an. À son entrée en service, Samen Industry deviendra le sixième broyeur de cacao actif au Cameroun.
L’entreprise rejoindra Sic Cacaos (Barry Callebaut), Chococam (Tiger Brands), Atlantic Cocoa (groupe Kone Dossongui), ainsi que les sociétés camerounaises Neo Industry et Africa Processing.
Un cap symbolique déjà franchi
Au terme de la campagne 2024-2025, le Cameroun a dépassé pour la première fois le seuil des 100 000 tonnes de fèves transformées localement. Cette montée en puissance industrielle a intensifié la concurrence sur l’achat des fèves, contribuant à la flambée des prix observée entre 2023 et 2025.
Sous l’effet combiné de cette compétition accrue et d’un marché international alors tendu, le kilogramme de cacao avait atteint 6 300 FCFA lors de la campagne 2023-2024, avant de se stabiliser à 5 400 FCFA la saison suivante, selon l’ONCC.
Autre signal fort : en 2024, Yaoundé a intégré pour la première fois le top 10 mondial des exportateurs de produits dérivés du cacao, d’après le Comité de compétitivité du ministère de l’Économie. Une avancée stratégique dans la captation de valeur ajoutée.
Avec l’entrée annoncée de Samen Industry, la pression concurrentielle sur le marché domestique pourrait encore s’intensifier. Mais dans un contexte de surproduction mondiale, la question centrale demeure : la transformation locale suffira-t-elle à amortir la volatilité des cours internationaux ?
Pendant ce temps, dans les plantations, un fait est désormais acté : en ce début mars 2026, le café robusta est devenu le nouveau leader des cultures d’exportation camerounaises.
In Cameroon, Robusta Coffee Overtakes Cocoa: A Historic Shift in Agricultural Markets
March 3, 2026 marks a historic turning point for Cameroon’s agricultural sector. For the first time, robusta coffee prices have surpassed cocoa, both at export level and at farmgate prices — overturning a long-standing hierarchy in which cocoa consistently dominated.
According to data from the Commodity Information System (SIF), managed by the National Cocoa and Coffee Board (ONCC), robusta’s FOB price reached 2,074 FCFA per kilogram at the Port of Douala. In production areas, prices range between 1,600 and 1,650 FCFA/kg.
By contrast, cocoa stands at 1,521 FCFA/kg at export and between 1,050 and 1,150 FCFA/kg at farmgate — giving robusta a clear advantage of at least 500 FCFA/kg.
The reversal comes amid a downturn in global cocoa prices. After peaking at 6,000 FCFA/kg in 2023-2024 and 5,400 FCFA/kg in 2024-2025, cocoa prices have sharply declined in the 2025-2026 season due to expected global oversupply, notably driven by Ecuador’s expanding production.
Meanwhile, Cameroon continues expanding its cocoa processing capacity. On February 27, 2026, authorities laid the foundation stone for a new processing plant by Samen Industry in Baré Bakem, with a projected capacity exceeding 32,000 tons annually. The company will become Cameroon’s sixth cocoa grinder.
The country already surpassed 100,000 tons of locally processed cocoa in 2024-2025 and entered the global top 10 exporters of cocoa derivatives for the first time in 2024 — reflecting growing industrial competitiveness.
Yet as global oversupply weighs on prices, the key question remains: can local processing offset international volatility?
For now, one reality stands: robusta coffee has become Cameroon’s most valuable export crop.
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Ange NGO