Entre partenariats techniques, zone industrialo-portuaire géante et méga-projets pétroliers, ce sont plus de 1 000 milliards de FCFA d’investissements qui se profilent.
Douala : le PAD veut bétonner la maîtrise technique
Au Port autonome de Douala (PAD), l’enjeu est d’abord structurel. Le 27 février 2026, lors d’une visite des chantiers, le directeur général Cyrus Ngo’o a annoncé la signature imminente d’un partenariat stratégique avec Hydrocarbures, analyses et contrôles (Hydrac), filiale de la SNH.
Objectif : renforcer le contrôle technique des infrastructures en cours de modernisation.
« Nous sommes très satisfaits de l'évolution des chantiers et espérons mettre en place dans les prochains jours un cadre de collaboration avec Hydrac pour profiter de l’expertise de cette entreprise publique », a déclaré Cyrus Ngo’o.
Dans les faits, Hydrac interviendrait de la phase de conception jusqu’à la réception des ouvrages. L’ambition est claire : garantir la solidité des structures, la conformité aux normes et réduire les risques opérationnels dans un port qui concentre l’essentiel du trafic maritime du pays.
Spécialisée dans l’inspection pétrolière — mesurage, scellage, contrôle des pertes lors des transbordements — Hydrac dispose d’un savoir-faire stratégique pour les terminaux hydrocarbures. Son champ d’action couvre désormais les inspections amont et aval, les contrôles réglementaires, les analyses en laboratoire, le contrôle environnemental et la formation technique.
Parmi les projets concernés :
- Une centrale électrique de 300 MW pour stabiliser l’offre énergétique du port ;
- La modernisation du terminal de pêche ;
- La mise à niveau du terminal mixte vraquier.
Pour le PAD, l’enjeu est double : fiabiliser les grands travaux et consolider son attractivité face à la montée en puissance de Kribi.
Kribi : une zone industrielle qui vise +8 points de croissance
À Yaoundé, le 26 février 2026, Patrice Melom, directeur général du Port autonome de Kribi (PAK), a officiellement lancé la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ).
Projection affichée : entre cinq et huit points de croissance supplémentaires pour l’économie camerounaise sur quinze ans, et jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects.
La KPIZ couvre 4 000 hectares intégrés au domaine portuaire. Le projet associe le PAK à des partenaires privés de poids : Africa Global Logistics (AGL), Arise Integrated Industrial Platforms et Belmont Investments.
Selon Patrice Melom, la zone doit devenir un accélérateur industriel, notamment au bénéfice des jeunes, tout en générant un effet levier significatif sur les recettes douanières et fiscales.
Les terminaux minéralier et hydrocarbures sont attendus dans un horizon de cinq à six ans, afin de structurer un véritable écosystème industriel autour du port en eau profonde.
520 milliards FCFA pour structurer l’écosystème
Le directeur général de KPIZ, Yves Roger Melingui, précise que la société public-privé assurera la conception, le financement, le développement et l’exploitation de la zone.
Deux priorités pour les douze prochains mois :
- Moderniser les infrastructures existantes et améliorer les services aux entreprises déjà installées.
- Lancer les nouvelles phases après finalisation des études techniques et environnementales et mobilisation des financements.
L’investissement global est estimé à 520 milliards FCFA, déployés par phases. Il inclut :
Réseaux routiers internes ;
- Énergie, eau, assainissement, télécommunications ;
- Complexe logistique avec entrepôts modulaires ;
- Centre d’affaires multifonctions.
À ce jour, 300 hectares sont opérationnels et plus de 60 entreprises sont installées ou en cours d’installation, principalement dans la logistique, l’agro-industrie, la cimenterie, la pétrochimie et la sidérurgie.
Pour Olivier de Noray (AGL Ports & Terminals), « ce que nous lançons aujourd’hui sera cent fois plus important que ce qui existe déjà ». La Banque africaine de développement, par la voix de Léandre Bassole, voit dans KPIZ un modèle de partenariat structuré, où l’implication précoce du privé sécurise l’investissement et amplifie l’impact.
Depuis 2018, le Port de Kribi revendique 3 422 escales, 93 millions de tonnes traitées, 2,15 millions de conteneurs manutentionnés et plus de 1 200 milliards FCFA de recettes douanières.
Raffinerie et dépôt pétrolier : 540 milliards FCFA supplémentaires
La dynamique s’accélère avec les projets portés par Cstar à Kribi : une raffinerie (372 milliards FCFA) et un dépôt pétrolier TankFarm (168 milliards FCFA), soit un total de 540 milliards FCFA.
La raffinerie, implantée sur 250 hectares, bénéficiera d’un financement structuré avec 120 milliards FCFA mobilisés par BGFIBank. Le reste sera réparti entre Ariana Energy (49 %), Tradex (31 %) et la SNH (20 %).
Calendrier annoncé :
- Finalisation des études FEED : juin 2026
- Acheminement des équipements : septembre 2026
- Démarrage de la production : autour du 25 décembre 2026
Capacité initiale : 10 000 barils/jour, puis 30 000 barils/jour dès 2027.
Selon CSTAR, cette production anticipée permettrait de couvrir environ 22 % de la demande nationale en diesel et essence dès 2026 — un enjeu majeur pour la souveraineté énergétique.
Le dépôt pétrolier, financé intégralement par la SNH, offrira une capacité de stockage de 250 000 à 300 000 m³ pour le gasoil, l’essence, le Jet A1, le kérosène et le HFO.
Une recomposition stratégique du paysage portuaire
Entre sécurisation technique à Douala et industrialisation massive à Kribi, le Cameroun redessine son architecture portuaire.
Douala consolide son socle historique.
Kribi projette une ambition industrielle et énergétique régionale.
Si les calendriers sont respectés, le pays pourrait franchir un cap stratégique : passer d’un modèle dominé par le transit maritime à un écosystème industrialo-portuaire intégré, capable de transformer localement, d’exporter massivement et de capter davantage de valeur ajoutée.
Le défi est désormais opérationnel : transformer ces projections en infrastructures livrées, en emplois réels et en croissance mesurable.
Cameroon’s Ports Enter a New Era: Douala Secures Infrastructure, Kribi Targets Industrial Take-Off
Cameroon’s port system is entering a decisive strategic phase. In Douala and Kribi, major announcements point to over CFA 1 trillion in planned investments aimed at strengthening infrastructure control, expanding industrial capacity, and positioning the country as a regional logistics hub in Central Africa.
At Douala Port, a strategic partnership with Hydrac, a subsidiary of the National Hydrocarbons Corporation (SNH), will reinforce technical control of ongoing modernization projects, including a 300 MW power plant and key terminal upgrades.
Meanwhile, the launch of the Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), covering 4,000 hectares, is expected to generate up to 150,000 jobs and add between five and eight percentage points to Cameroon’s GDP over the next 15 years. The project involves Africa Global Logistics (AGL), Arise Integrated Industrial Platforms and Belmont Investments, with an estimated CFA 520 billion investment.
In parallel, Cstar’s refinery (CFA 372 billion) and oil storage terminal (CFA 168 billion) projects bring an additional CFA 540 billion to Kribi’s industrial expansion. The refinery is expected to start production in December 2026, initially covering 22% of national fuel demand.
Together, these initiatives signal a structural transformation of Cameroon’s port and industrial landscape.
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Mouahna Divine