Autour d’une problématique unique, qui étrangle depuis trop longtemps l’économie : la crise électrique. Mais cette fois, le discours a changé. Finis les constats vagues, place aux chiffres bruts et à une feuille de route agressive. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a dégainé les données qui font mal : ENEO Cameroon encaisse 31 milliards de FCFA par mois… mais en dépense 44 milliards. Un trou abyssal de 13 milliards mensuels qui creuse une dette colossale de 177 milliards de FCFA. Le diagnostic est sans appel : derrière les délestages qui plongent les foyers dans le noir et ralentissent les machines des usines, se cache d'abord une crise du modèle économique du secteur.
Face à lui, des patrons camerounais, menés par Célestin Tawamba, président du Gecam, qui n’ont pas mâché leurs mots. « Nous opérons dans un environnement de délestage et de mauvaise qualité de l’électricité », a-t-il martelé, révélant que pour 80% des entreprises du groupe, le déficit énergétique est le défi numéro un. Un paradoxe criant dans un pays qui étend ses infrastructures, mais où le courant stable reste un luxe. La productivité, les investissements, la compétitivité – tout se heurte à la même contrainte.
Un plan de sauvetage chiffré et daté
« Je suis venu vous dire la vérité. Nous sommes conscients des problèmes, mais nous agissons. » Sur cette phrase du ministre, s’ouvre un chapitre d’action baptisé « les 100 premiers jours » après la renationalisation d’ENEO. La stratégie ? Un refinancement massif de la dette via un syndicat bancaire local pour alléger la pression immédiate et dégager, à terme, 2,5 milliards de FCFA de gains mensuels. La feuille de route est triple : renégocier la dette, faire payer les arriérés des entités publiques, et serrer la vis aux coûts d’exploitation.
L’ambition ne s’arrête pas là. Adossé au "Energy Compact" de 2025, le plan vise 3000 MW de capacité installée d’ici 2030 et l’électrification de 8 millions de Camerounais supplémentaires. D’ici 2027, si toutes les mesures tiennent, le ministère promet près de 10 milliards de FCFA de recettes supplémentaires et près de 4 milliards de charges en moins chaque mois. Un objectif qui passe aussi par une lutte acharnée contre la fraude, responsable de 60 milliards de FCFA de pertes annuelles.
Les industriels de Douala en première ligne
Pour le poumon économique du pays qu’est Douala, l’enjeu est vital. Les raccordements industriels directs sont promis pour le quatrième trimestre 2026. En attendant, les entreprises demandent des actes. Pour maintenir la confiance, elles ont exigé – et obtenu – la création d’une plateforme conjointe de suivi Gecam-Minee et une révision des normes techniques pesant sur leur activité. Une demande de transparence et de résultats mesurables.
Le ministre a aussi reconnu les défis conjoncturels : le déficit hydrologique de 3 milliards de m³ dû aux faibles pluies et la congestion du corridor critique Édéa-Douala. Autant d'obstacles qui nécessiteront des solutions agiles.
Le verdict est clair : l’ère des simples diagnostics est révolue. Le gouvernement et le secteur privé, main dans la main, ont allumé un compte à rebours. Reste à voir si les promesses de Douala résisteront à la pression des machines à l’arrêt et des investissements en suspens. La relance du Cameroun se joue, en grande partie, sur ce front de l’énergie.
Titre accrocheur proposé :
Douala Powers Up the Energy Fight: Government and Business Tackle 13 Billion FCFA Monthly Deficit
The urgency is on the table, and so are the figures. In the halls of the Headquarters of the Groupement des Entreprises du Cameroun (Gecam) in Bonanjo, the atmosphere was both tense and determined this Wednesday. Centered on a single issue that has been strangling the economy for too long: the power crisis. But this time, the rhetoric has changed. Gone are vague observations, replaced by raw numbers and an aggressive roadmap. The Minister of Water and Energy, Gaston Eloundou Essomba, unveiled the hard-hitting data: ENEO Cameroon collects 31 billion FCFA per month… but spends 44 billion. A monthly abyss of 13 billion FCFA digging a colossal debt of 177 billion FCFA. The diagnosis is clear: behind the blackouts that plunge households into darkness and slow down factory machines, lies first and foremost a crisis of the economic model of the sector.
Facing him, Cameroonian business leaders, led by Célestin Tawamba, President of Gecam, did not mince words. "We operate in an environment of load shedding and poor power quality," he hammered, revealing that for 80% of Gecam's member companies, the energy deficit is the number one challenge. A glaring paradox in a country expanding its infrastructure, but where stable power remains a luxury. Productivity, investment, competitiveness – all hit the same constraint.
A Dated and Costed Rescue Plan
"I came to tell you the truth. We are aware of the problems, but we are acting." On this statement from the Minister, a chapter of action dubbed "the first 100 days" after ENEO's renationalization begins. The strategy? A massive refinancing of the debt via a local banking syndicate to relieve immediate pressure and ultimately free up 2.5 billion FCFA in monthly savings. The roadmap is threefold: renegotiate the debt, collect arrears from public entities, and tighten operational costs.
The ambition doesn't stop there. Anchored to the "Energy Compact" of 2025, the plan aims for 3000 MW of installed capacity by 2030 and electrification for an additional 8 million Cameroonians. By 2027, if all measures hold, the ministry promises nearly 10 billion FCFA in additional revenue and nearly 4 billion in reduced charges each month. A goal that also requires a crackdown on fraud, responsible for 60 billion FCFA in annual losses.
Douala's Industries on the Front Line
For the country's economic heart, Douala, the stakes are vital. Direct industrial connections are promised for the fourth quarter of 2026. Meanwhile, businesses are demanding action. To maintain confidence, they demanded – and obtained – the creation of a joint Gecam-Minee monitoring platform and a review of technical standards weighing on their activity. A call for transparency and measurable results.
The Minister also acknowledged conjunctural challenges: the hydrological deficit of 3 billion m³ due to low rainfall and congestion on the critical Edéa-Douala corridor. All obstacles that will require agile solutions.
The verdict is clear: the era of simple diagnoses is over. The government and the private sector, hand in hand, have started a countdown. It remains to be seen whether Douala's promises will withstand the pressure of idle machines and pending investments. Cameroon's economic revival is largely being played out on this energy front.
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Mouahna Divine