Bois : Le jackpot fiscal se transforme en casse-tête pour les douanes camerounaises

Bois : Le jackpot fiscal se transforme en casse-tête pour les douanes camerounaises

Les recettes douanières sur le bois plongent de 21,3% au Cameroun en 2025, malgré la hausse des taxes. Entre chute des exportations de grumes et sciages en berne, le pari risqué de la transformation locale met l’économie à rude épreuve. Décryptage.

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Fiscalité du bois : Quand la poule aux œufs d’or camerounaise se rebiffe


Le coup de rabot fiscal devait remplir les caisses de l’État et asphyxier l’exportation des grumes. Pari réussi ? Pas tout à fait. En 2025, le Cameroun a enregistré une chute vertigineuse de 7,9 milliards de FCFA des droits de sortie sur le bois, soit un recul de 21,3 %. Un paradoxe économique qui révèle les douloureux effets secondaires d’une politique de transition industrielle engagée à marche forcée.


C’est la douche froide pour l’administration des Douanes. Alors que les recettes globales affichent une belle santé de 1 152,9 milliards de FCFA (en hausse de 9,1 %), le secteur forestier, poumon historique des exportations, tire brutalement la moyenne vers le bas. Selon le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2027-2029 du ministère des Finances, la filière bois, véritable vache sacrée de l’économie nationale, est aujourd’hui le principal frein à la performance de l’institution de Bercy.


Le gouvernement, caméléon fiscal, a pourtant fait feu de tout bois. En portant à 75 % la taxe sur la valeur FOB des grumes (contre 60 % auparavant), il visait un double objectif : décourager les exportations de bois brut et forcer les opérateurs à se tourner vers la transformation locale. Un pari souverainiste qui, sur le papier, semblait infaillible. Mais dans les faits, la carapace de la tortue s’est avérée plus dure que prévu.


Le grand effondrement des volumes : -26,5 % pour les grumes


Cette "hausse des droits" a fonctionné comme un répulsif redoutable. En 2025, les volumes de grumes exportés se sont écroulés de 26,5 %, passant de 475 401 m³ à à peine 349 611 m³. Une saignée qui fait mécaniquement chuter la valeur des exportations de 17,7 % (39,02 milliards de FCFA contre 47,39 milliards en 2024). La base taxable, que l’on croyait élastique, s’est tout simplement dégonflée. Le ministère des Finances le concède, non sans une pointe d’amertume : la hausse du taux ne compense plus la contraction des volumes.


Mais attention, il serait trop facile d’incriminer uniquement la fiscalité punitive. Les experts pointent également une "atonie" du secteur sylvicole. La demande extérieure, notamment asiatique, connaît un trou d’air, plombant encore un peu plus les carnets de commandes des exploitants. 2025 s’impose donc comme l’année noire de la décennie, avec les niveaux d’exportation les plus bas en cinq ans.


Sciages en chute libre : Le contre-choc de la transformation


C’est la double peine. On aurait pu penser que la chute des grumes serait immédiatement compensée par une flambée des sciages, symboles d’une transformation locale enfin entamée. Il n’en est rien. Les exportations de bois scié ont également dévissé de 14,9 % en volume, et de 12,5 % en valeur. Le manque à gagner sur ce segment avoisine les 23 milliards de FCFA, soit trois fois plus que celui des grumes.


Au total, c’est un manque de 32 milliards de FCFA de recettes d’exportation que la filière enregistre en un an. Une perte sèche qui interroge sur la capacité du Cameroun à monter en gamme. Quelques niches tirent leur épingle du jeu, comme les contreplaqués et produits stratifiés (+34,1 % en volume), mais ces succès d’estime sont loin de peser suffisamment lourd face à l’hémorragie des produits primaires.


Le pari fou de 2028 : L’usine ou le néant ?


Le gouvernement camerounais, loin de battre en retraite, persiste et signe. L’échéance du 1er janvier 2028 est dans toutes les têtes. À cette date, l’interdiction sous-régionale des exportations de grumes deviendra effective.


Pour préparer ce choc, l’État promet des incitations aux industriels pour l’acquisition d’équipements de troisième transformation (menuiserie, meubles) et promet de réserver les marchés publics au mobilier made in Cameroun. Le pari est clair : retenir la valeur ajoutée, créer des emplois industriels et conquérir le marché de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).


Mais l’équation reste redoutable. Pour l’heure, le nerf de la guerre, c’est l’investissement. Et l’investissement réclame de la visibilité et un carnet de commandes rempli. En attendant, c’est le budget de l’État qui fait les frais de cette transition industrielle.


La politique fiscale a donc réussi son premier objectif : tuer la filière grume. Il lui reste maintenant à démontrer qu’elle peut faire renaître de ses cendres une industrie locale compétitive. Un pari qui, en 2025, reste encore à écrire.




Timber Taxation: When Cameroon's Golden Goose Stops Laying


The fiscal crackdown was supposed to fill state coffers and kill log exports. Mission accomplished? Not quite. In 2025, Cameroon recorded a staggering loss of XAF 7.9 billion in timber export duties, a 21.3% drop. This economic paradox reveals the painful side effects of an industrial transition policy being pushed at full throttle.


It’s a cold shower for the Customs administration. While overall revenues are healthy at XAF 1,152.9 billion (up 9.1%), the forestry sector—a historic economic lung—is dragging the average down. According to the 2027-2029 Medium-Term Economic and Budgetary Programming Document from the Ministry of Finance, the timber sector is now the main brake on the institution’s performance.


The government, a fiscal chameleon, pulled out all the stops. By raising the tax on FOB log value to 75% (from 60%), it aimed to discourage raw wood exports and push operators toward local processing. A sovereignist bet that, on paper, seemed foolproof. But in reality, the turtle's shell proved tougher than expected.


The Great Volume Collapse: -26.5% for Logs


This "tax hike" acted as a powerful repellent. In 2025, log export volumes collapsed by 26.5%, dropping from 475,401 m³ to barely 349,611 m³. This bleeding naturally caused export values to fall by 17.7% (XAF 39.02 billion vs. 47.39 billion in 2024). The taxable base, thought to be elastic, simply deflated. The Ministry of Finance concedes, not without bitterness, that the rate increase no longer compensates for the volume contraction.


However, blaming only the punitive tax would be too simplistic. Experts also point to an "atony" in the forestry sector. External demand, particularly from Asia, is experiencing a downturn, further weighing down operators' order books. 2025 thus stands as the worst year of the decade, with the lowest export levels in five years.


Sawn Timber in Freefall: The Transformation Backlash


This is the double whammy. One might have expected the log drop to be immediately offset by a surge in sawn timber—a sign of progressing local processing. That is not the case. Sawn timber exports also fell by 14.9% in volume and 12.5% in value. The shortfall in this segment is around XAF 23 billion, three times larger than that of logs.


Overall, the sector lost XAF 32 billion in export revenue in a single year. This net loss raises questions about Cameroon’s ability to move up the value chain. Some niche products are doing well, like plywood and laminated products (+34.1% in volume), but these successes are far from offsetting the hemorrhage in primary products.


The Bold Gamble of 2028: Processing or Nothing?


The Cameroonian government, far from backing down, insists on staying the course. The deadline of January 1, 2028, is on everyone's mind. By then, the sub-regional ban on log exports will take effect.


To prepare for this shock, the State promises incentives for industrialists to acquire third-stage processing equipment (carpentry, furniture) and pledges to reserve public procurement for locally made furniture. The goal is clear: retain added value, create industrial jobs, and conquer the African Continental Free Trade Area (AfCFTA) market.


But the equation remains daunting. For now, the bottom line is investment. And investment requires visibility and a full order book. In the meantime, the state budget bears the cost of this industrial transition.


The tax policy has thus achieved its primary objective: to kill the log trade. It must now prove it can revive a competitive local industry from the ashes. A gamble that, in 2025, has yet to be written.


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Didier Cebas K.

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