Un bras de fer Minfi–PAD autour du contrat de scanning
Au cœur de la controverse : la rupture entre le ministère des Finances (Minfi) et la direction générale du PAD au sujet du contrat de scanning des marchandises. Dans une correspondance datée du 9 décembre 2025, adressée au secrétaire général de la communauté portuaire nationale (Port Synthèse), le directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, annonce qu’à compter du 1er janvier 2026, les opérations de scanning seront confiées à Transatlantic D SA.
Cette décision marque la fin de la collaboration avec la Société générale de surveillance (SGS), opérateur historique du scanning depuis 2015 dans le cadre d’un partenariat public-privé avec l’État du Cameroun. Surtout, le nouveau dispositif élargit considérablement le périmètre d’intervention. Alors que SGS se limitait au scanning des conteneurs, Transatlantic D SA est désormais chargée du contrôle de l’ensemble des flux de marchandises, à l’import comme à l’export, tous modes de conditionnement confondus. Une orientation que le DG du PAD justifie par la « politique générale de l’État en matière de sécurisation des frontières et du territoire national ».
La réticence assumée du ministre des Finances
Cette évolution stratégique ne fait toutefois pas l’unanimité au sein de l’exécutif. Dans une lettre datée du 29 décembre 2025, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, marque clairement son désaccord. Il exige le maintien du cadre contractuel liant l’État à SGS, rappelant que le contrat d’inspection par scanner (CIS), signé le 2 mars 2015, reste selon lui la référence légale pour la sécurisation des recettes douanières.
Le ministre va plus loin en instruisant explicitement la Direction générale des douanes (DGD) et l’ensemble des services compétents du Minfi de s’en tenir aux dispositions dudit contrat, ouvrant ainsi un conflit de légitimité entre administrations publiques.
Sécurisation globale contre logique strictement fiscale
Du côté du PAD, une source autorisée défend une lecture plus globale du dossier. Selon elle, la concession accordée à Transatlantic D SA s’inscrit dans un vaste programme de sécurisation de l’espace portuaire de Douala-Bonabéri, dépassant largement la seule problématique des recettes douanières. Une vision stratégique assumée par la direction du port, qui confirme que le nouvel opérateur a effectivement démarré ses activités dès le 2 janvier 2026, malgré les réserves exprimées par le Minfi.
Transatlantic D SA revendique un démarrage maîtrisé
Face aux polémiques, Transatlantic D SA communique activement sur ses premières performances. Dans un message diffusé le 12 janvier 2026, l’entreprise affirme avoir scanné 2 856 conteneurs entre le 2 janvier et la phase de démarrage effectif, avec 2 455 inspections pleinement validées.
Elle fait également état de 1 682 images exploitables, dont 1 530 conteneurs de 20 pieds et 1 326 de 40 pieds. Sur les inspections finalisées, l’opérateur revendique le traitement de 1 283 unités 20 pieds et 1 283 unités 40 pieds, des chiffres présentés comme la preuve d’une « capacité opérationnelle maîtrisée dès les premiers jours d’exploitation ».
Transatlantic D SA insiste par ailleurs sur la fin définitive de la présence de SGS sur la plateforme portuaire : son contrat étant arrivé à expiration, l’entreprise ne disposerait plus d’aucune autorisation pour exercer des activités de scanning au port de Douala-Bonabéri.
Un imbroglio administratif aux conséquences économiques
Malgré ces assurances, la situation demeure confuse pour les usagers du port. Dans un communiqué publié le 19 janvier 2026, le DG du PAD rappelle que le seul paiement valide des frais de scanning est désormais celui effectué auprès de Transatlantic D SA, mettant en garde contre tout risque de double facturation.
En filigrane, certaines administrations continueraient d’utiliser l’ancien système de facturation lié à SGS, en cohérence avec les instructions du Minfi. Résultat : un imbroglio administratif jugé embarrassant, potentiellement coûteux pour les chargeurs, et préjudiciable à la fluidité des opérations portuaires.
L’arbitrage attendu de la présidence de la République apparaît désormais comme la clé pour mettre fin à ce bras de fer institutionnel, aux enjeux financiers, sécuritaires et économiques majeurs pour le Cameroun.
Cargo scanning at Douala Port: Presidency steps in to settle a high-stakes standoff between Finance Ministry and Port Authority
Tensions are rising at the Port of Douala-Bonabéri, Cameroon’s main economic gateway. According to an official document seen by Cameroun24, the Secretary General of the Presidency, Ferdinand Ngoh Ngoh, convened a high-level meeting on January 21, 2026, to address “difficulties related to cargo scanning at the Port of Douala.” No official conclusions have yet been disclosed.
The crisis stems from a disagreement between the Ministry of Finance and the Port Authority over the cargo scanning contract. The Port Authority appointed Transatlantic D SA as the new operator from January 1, 2026, replacing SGS, which had been in charge since 2015. Unlike the previous arrangement, the new contract covers all cargo flows, imports and exports alike.
However, Finance Minister Louis Paul Motazé opposed the change, calling for the maintenance of the existing SGS contract framework to safeguard customs revenue. Despite this opposition, Transatlantic D SA began operations on January 2, 2026, and claims strong early performance.
With conflicting payment systems still in use by some administrations, port users face confusion and potential double charges. The presidency’s arbitration is now expected to bring clarity and restore operational coherence at Cameroon’s most strategic port.
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Mouahna Divine