Délivré le 11 avril 2003, ce permis — présenté comme le tout premier titre d’exploitation minière solide accordé au Cameroun — n’a jamais débouché sur une phase industrielle, malgré plus de deux décennies d’attente. Le titre a été immédiatement rétrocédé à la Société nationale des mines (Sonamines), bras opérationnel de l’État dans le secteur minier.
Un échec acté après 23 ans d’attente
L’information figure dans un appel international à manifestation d’intérêt, publié le 9 janvier 2026 par la Sonamines. Le document acte sans détour l’échec du passage à l’exploitation attendu de Geovic “depuis 23 ans”, et ouvre une nouvelle séquence de relance du projet à travers la recherche de nouveaux partenaires technico-financiers.
Le retrait du permis intervient dans un contexte de désengagement progressif de Geovic. Depuis 2022, la société minière avait annoncé la cession de l’ensemble de ses actifs sur le projet, citant tour à tour Phoenix Mining puis Cloudbreak Holding comme repreneurs potentiels. Deux entités américaines, représentées par une même personne : Justin Lowe, sans qu’aucune relance concrète n’aboutisse sur le terrain.
Un gisement stratégique aux chiffres impressionnants
Selon les dernières études disponibles, le gisement de Lomié-Nkamouna recèlerait environ 121 millions de tonnes de ressources minérales, avec des teneurs moyennes estimées à 0,23 % de cobalt, 0,65 % de nickel et 1,35 % de manganèse. Les premières projections officielles évaluent l’investissement nécessaire à près de 300 milliards de FCFA.
À terme, l’exploitation pourrait générer environ 800 emplois directs et près de 400 emplois indirects, dans une zone à fort besoin de développement économique.
Le site suscite un intérêt particulier en raison du cobalt, minerai stratégique au cœur de la transition énergétique mondiale. Indispensable à la fabrication des batteries pour véhicules électriques, des smartphones et d’autres équipements électroniques, le cobalt est de plus en plus convoité sur les marchés internationaux. À ce titre, Lomié-Nkamouna pourrait positionner le Cameroun parmi les pays producteurs, aux côtés de la République démocratique du Congo, leader mondial du secteur.
La Sonamines en quête de partenaires crédibles
Dans son appel à manifestation d’intérêt, la Sonamines détaille les missions attendues des futurs partenaires :
- Actualisation des études de faisabilité et d’impact environnemental,
- Élaboration d’un plan de réhabilitation du site,
- Développement et exploitation des réserves conformément à la réglementation camerounaise,
- Mobilisation du financement du projet.
Les entreprises ou groupements intéressés ont jusqu’au 31 mars 2026 pour déposer leurs dossiers au service d’accueil de la direction générale de la Sonamines à Yaoundé.
Akonolinga : l’État refuse l’abandon du projet rutile
Dans la même dynamique, la Sonamines a lancé, le 9 janvier 2026, un appel international à manifestation d’intérêt pour relancer le projet de rutile d’Akonolinga, dans la région du Centre. Objectif : finaliser les travaux de recherche et décider des conditions d’une exploitation future.
Le projet, initialement porté par le groupe minier français Eramet, avait été abandonné en octobre 2023 pour des raisons économiques et environnementales. Dans un communiqué publié le 26 octobre 2023, Eramet expliquait que les études de faisabilité ne permettaient pas de soutenir « un projet industriel responsable et rentable ».
Selon le groupe, la faible teneur en rutile, l’épaisseur limitée du gisement — avec une production estimée à 35 000 tonnes par an sur seulement cinq ans — et les coûts environnementaux élevés rendaient l’équation financière défavorable.
L’arbitrage est résumé par Loïse Tamalgo, administrateur général d’Eramet Cameroun :
« Aucun investisseur n’est prêt à injecter 180 millions d’euros dans un projet pour n’en gagner que 30 millions en cinq ou six ans ».
Reprendre la main, sans brûler les étapes
Malgré ces réserves, l’État camerounais entend reprendre le contrôle stratégique du projet via la Sonamines. Son directeur général, Serge Hervé Boyogueno, affirme vouloir conduire ses propres analyses, avec de nouveaux partenaires.
Dans une interview accordée à nos confrères de Investir au Cameroun en septembre 2024, il précisait :
« Reprendre le projet ne signifie pas y aller sans études préalables. Après cette phase, nous allons pouvoir nous prononcer en connaissance de cause. Mais ce projet reste intéressant pour nous ».
La stratégie est désormais claire : attirer des partenaires solides, approfondir la recherche, puis statuer sur une exploitation compatible avec la rentabilité économique et les exigences environnementales. Un virage décisif pour la politique minière du Cameroun, qui entend désormais transformer son potentiel géologique en valeur réelle.
Strategic mining: Cameroon withdraws Geovic’s license and Sonamines relaunches Lomié-Nkamouna and Akonolinga projects
Cameroon has taken a firm stance in its solid minerals sector. By a presidential decree signed on February 25, 2025, the State officially withdrew the mining license for the Lomié-Nkamouna cobalt, nickel and manganese deposit, located in the East Region, from Geovic Cameroon, a subsidiary of US-Canadian operator Geovic Mining Corporation.
Originally granted on April 11, 2003, the license — considered Cameroon’s first-ever solid mineral exploitation permit — never reached the production stage after more than two decades. The permit was immediately transferred to Sonamines, the State-owned mining company.
An international call for expressions of interest, published on January 9, 2026, formally acknowledges the failure of Geovic to move into production “after 23 years” and opens a new phase aimed at securing technical and financial partners.
The Lomié-Nkamouna deposit is estimated at around 121 million tonnes of mineral resources, with average grades of 0.23% cobalt, 0.65% nickel, and 1.35% manganese. Total investment requirements are estimated at approximately CFA 300 billion, with the potential to create 800 direct jobs and nearly 400 indirect jobs.
Cobalt, a key component in electric vehicle batteries and electronic devices, makes the project strategically important and could position Cameroon among global cobalt producers, alongside the Democratic Republic of Congo.
At the same time, Sonamines is also seeking partners to revive the Akonolinga rutile project, abandoned by French mining group Eramet in October 2023. Despite Eramet’s concerns over profitability and environmental risks, the Cameroonian government aims to conduct its own studies and reassess the project’s viability under different technical and operational standards.
Through Sonamines, Cameroon is now pursuing a clear objective: regain control of strategic mining assets and convert geological potential into tangible economic value, while balancing profitability and environmental responsibility.
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Ange NGO