Deux motions de censure à l’Assemblée nationale
À l’Assemblée nationale, l’opposition, de droite comme de gauche, a dégainé deux motions de censure contre le gouvernement, dénonçant ce qu’elle qualifie d’« humiliation » de la France sur la scène européenne et internationale.
La première motion a été déposée par le Rassemblement national (RN). Son président, Jordan Bardella, a annoncé l’initiative sur le réseau social X, accusant l’exécutif de « trahison des agriculteurs français ». En cause : l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, que la Commission européenne s’apprête à approuver malgré les protestations répétées du monde agricole.
« Emmanuel Macron sait que l’accord du Mercosur sera adopté, quoi qu’il arrive et quel que soit le vote de la France », a affirmé Jordan Bardella, dénonçant une posture « tardive et hypocrite » du chef de l’État. Le RN annonce par ailleurs une seconde motion de censure au Parlement européen, visant directement la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
La gauche dénonce une France “humiliée”
De son côté, La France insoumise (LFI) a également engagé une motion de censure. La présidente du groupe parlementaire, Mathilde Panot, fustige un double échec : à Bruxelles, avec le Mercosur, et sur la scène internationale, accusant Emmanuel Macron d’« incapacité à condamner l’agression des États-Unis contre le Venezuela ».
Selon la chaîne parlementaire LCP, le vote pourrait intervenir le 14 janvier, même si aucune des deux motions ne semble, à ce stade, en mesure de réunir les 288 voix nécessaires pour renverser le gouvernement.
Mercosur : l’accord qui met le feu aux campagnes
Le cœur de la crise reste l’accord UE–Mercosur. Le 6 décembre 2024, l’Union européenne et les pays sud-américains – Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay – ont conclu un accord commercial, malgré l’opposition de plusieurs États membres et des syndicats agricoles.
Le 9 janvier, Bruxelles a confirmé que la majorité qualifiée requise avait été atteinte pour autoriser la signature du texte, attendue dans les prochains jours. La France, aux côtés de l’Irlande, de la Pologne et de la Hongrie, a certes annoncé un vote contre, mais insuffisant pour bloquer le processus.
Le Mercosur représente un marché de 295 millions d’habitants et plus de 70 % de la superficie sud-américaine, un poids économique qui inquiète les agriculteurs européens, redoutant une concurrence jugée déloyale.
Agriculteurs en colère, pays paralysé
Depuis le début du mois, la colère agricole se traduit par des manifestations massives. Le 8 janvier, des colonnes de tracteurs ont convergé vers Paris, provoquant d’importants embouteillages sur le boulevard périphérique. La Confédération paysanne parle d’une « opération escargot » menée avec le soutien des Soulèvements de la Terre.
Des blocages ont également été signalés à la frontière franco-belge et sur l’autoroute A63, près de Bayonne. Les manifestants dénoncent à la fois l’accord du Mercosur et la politique d’abattage systématique du bétail en cas de dermatite nodulaire bovine.
Un sondage CSA révèle que 79 % des Français soutiennent ces actions, un appui massif qui contraste avec la prudence des électeurs du parti présidentiel Renaissance, favorables aux revendications agricoles à seulement 57 %.
Crises climatiques et drames en montagne
À cette tension politique et sociale s’ajoutent des événements dramatiques. En Normandie, après le passage de la tempête Goretti, 23.000 foyers restent privés d’électricité, principalement dans la Manche. Les transports ferroviaires ont été perturbés et les autorités ont appelé à limiter les déplacements.
En Savoie, trois skieurs ont perdu la vie dans deux avalanches survenues à Arêches-Beaufort et Val-d’Isère, rappelant la dangerosité persistante des conditions en montagne.
Une France fragilisée sur tous les fronts
Entre contestation sociale, bras de fer politique, tensions européennes et urgences climatiques, la France apparaît plus que jamais fragilisée. Une séquence qui interroge la capacité de l’exécutif à reprendre la main, dans un contexte où les colères sectorielles trouvent un écho grandissant dans l’opinion publique.
France Under Pressure: Censure Motions, Farmers’ Revolt and Mounting Tensions Over the Mercosur Deal
France is facing an intense political and social storm, marked by two motions of censure in Parliament, massive farmers’ protests and growing tensions over the EU–Mercosur free trade agreement.
Both the far-right National Rally (RN) and the left-wing France Unbowed (LFI) have accused President Emmanuel Macron of allowing France to be “humiliated” at the European and international levels. The Mercosur deal, backed by the European Commission despite strong opposition from farmers, lies at the heart of the dispute.
Farmers have taken to the streets across the country, blocking highways and Paris’s ring road with tractors. A recent poll shows that nearly 80% of French citizens support the protests, reflecting widespread concern over agricultural competition and livestock policies.
As political turmoil unfolds, France is also grappling with severe weather damage in Normandy and deadly avalanches in the Alps, reinforcing the image of a country under pressure on multiple fronts.
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Ekanga Ekanga Fernand