« Je n’ai pas été arrêté, j’ai été kidnappé »
L’interpellation de Fabrice Lena, le 5 novembre à Yaoundé, ressemble à un scénario de thriller politique. « Sans mandat, sans convocation », il est sommairement embarqué par des hommes en civil dans le quartier huppé de Bastos. Le motif officiel ? « Usage de faux » sur des actes de naissance d’enfants qu’il dit ne pas connaître. Pour l’activiste, directeur de campagne du candidat anglophone Seta Caxton Ateki et soutien public d’Issa Tchiroma Bakary, la raison est ailleurs : son travail de décompte des voix pour l’opposition dans la commune de Yaoundé VI.
« L’enquêteur a écrit que rien ne prouvait ma culpabilité, mais le ministère de la Justice s’est auto-saisi », accuse-t-il, pointant une machination politique. Transféré de nuit à Douala, il est jeté à New Bell, une prison notoire.
La Caisse Noire de la Détention
Derrière les barreaux, un autre système s’active : celui de la corruption. Pour obtenir des permissions de sortie et des conditions moins inhumaines, Fabrice Lena affirme avoir versé 1,5 million de FCFA (environ 2 300 €). Une liberté temporaire et chèrement achetée. « On m’a rappelé pour la visite de l’ambassadeur de l’UE, puis tout a été annulé. L’argent ? Perdu. »
Le signal est clair. Après le passage du diplomate européen, les « privilèges » disparaissent. L’avocat, selon lui, ne le soutient plus. « J’ai compris que j’étais considéré comme dangereux. Mon dossier n’était plus judiciaire, mais politique. Je ne serais pas libéré. »
L’Évasion, Ultime Recours
Le 12 décembre, il « se soustrait à la vigilance des gardiens ». L’avis de recherche diffusé le 16 décembre par l’administration pénitentiaire, détaillant ses traits avec une précision morphologique glaçante, le trouve déjà en fuite. Après quelques jours clandestins au Cameroun, il prend la mer, aidé par un réseau. « Je tentais de récupérer l’argent extorqué… Je n’ai plus eu le choix. Je suis parti. »
Aujourd’hui, c’est depuis le Cap-Vert que cet exilé lance son réquisitoire. Son parcours sinueux – du Nord-Ouest camerounais à Bastos, de la cellule de New Bell aux côtes cap-verdiennes – dessine la carte des résistances et des répressions dans un Cameroun à la veille de nouveaux cycles électoraux. Comme Issa Tchiroma Bakary, réfugié en Gambie après sa propre évasion de Garoua en octobre, Fabrice Lena incarne une nouvelle génération d’opposants contrainte à l’exil, fuyant moins la justice que ce qu’ils nomment « la vindicte d’un système ».
Les autorités camerounaises, elles, sont désormais confrontées à une évasion de plus qui interroge leur gouvernance et à une voix qui, du lointain, refuse de se taire.
Cameroon to Cape Verde: The defiant escape of opponent Fabrice Lena, from prison to exile
In a daring move that embarrasses the authorities, 31-year-old political activist Fabrice Lena fled the Central Prison of New Bell in Douala on December 12. Tracked down by Jeune Afrique in Cape Verde, he delivers an explosive testimony depicting arbitrary arrest, political detention, and a venal judicial system. His story, echoing that of opponent Issa Tchiroma Bakary, sheds a harsh light on repression methods in Cameroon.
"I wasn't arrested, I was kidnapped"
Fabrice Lena's arrest on November 5 in Yaoundé resembles a political thriller plot. "Without a warrant, without a summons," he was summarily taken by plainclothes men in the upscale Bastos district. The official reason? "Forgery" on birth certificates of children he claims not to know. For the activist, campaign manager for Anglophone candidate Seta Caxton Ateki and public supporter of Issa Tchiroma Bakary, the reason lies elsewhere: his vote tallying work for the opposition in the Yaoundé VI council.
"The investigator wrote that nothing proved my guilt, but the Ministry of Justice took up the case on its own," he accuses, pointing to a political setup. Transferred by night to Douala, he was thrown into New Bell, a notorious prison.
The Black Box of Detention
Behind bars, another system was at work: corruption. To obtain release permits and slightly less inhumane conditions, Fabrice Lena claims he paid 1.5 million CFA francs (about €2,300). A temporary and costly freedom. "I was called back for the EU ambassador's visit, then everything was cancelled. The money? Gone."
The signal was clear. After the European diplomat's visit, the "privileges" disappeared. His lawyer, he says, no longer supported him. "I understood I was considered dangerous. My case was no longer judicial, but political. I would not be released."
Escape, the Last Resort
On December 12, he "slipped away from the guards' vigilance." The wanted notice issued on December 16 by the prison administration, detailing his features with chilling morphological precision, found him already on the run. After a few days in hiding in Cameroon, he took to the sea, aided by a network. "I was trying to recover the extorted money... I had no choice left. I left."
Today, it is from Cape Verde that this exile delivers his indictment. His winding journey – from Cameroon's North-West region to Bastos, from a New Bell cell to the Cape Verdean shores – maps the resistances and repressions in a Cameroon on the eve of new electoral cycles. Like Issa Tchiroma Bakary, now a refugee in Gambia after his own escape from Garoua in October, Fabrice Lena embodies a new generation of opponents forced into exile, fleeing not justice but what they call "the vindictiveness of a system."
The Cameroonian authorities are now faced with yet another escape that questions their governance and a voice that, from afar, refuses to be silenced.
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Didier Cebas K.