Ref : ME/01/BN
Le Secrétaire Général du SECA
A
Son Excellence Le Premier Ministre du Gouvernement de la République du Cameroun
Excellence,
Monsieur le Premier Ministre,
Avec la conviction -que nous ayons partagé avec votre haute autorité- que l´onction légale donnée aux syndicats par la constitution du 18 janvier 1996 n´est pas une erreur ; onction du reste réitéré par le Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat ;
Que les syndicats d´enseignants, véritables interfaces entre les professionnels de l´éducation et l´Etat, ont cessé d´être considéré comme des bandes armées ou d´irresponsables qui veulent déstabiliser le pays ;
Que l´école camerounaise ne saurait enfin ou davantage rayonner sans la présence de syndicats sérieux qui font des propositions et des revendications justifiées et constructives aux détenteurs du pouvoir politiques dont vous en êtes un ;
Nous venons très respectueusement par le présent ’’Mémorandum sur l´état actuel du système éducatif camerounais’’, vous faire d´autres propositions dont la prise en compte diligente peut permettre d´améliorer la qualité de ce système. Nous osons espérer que cette nouvelle correspondance conçue dans l’optique du dialogue social préconisé par votre gouvernement, ne butera pas sur un mur de silence comme celles des 1er Mai et 1er Juin 2012.Aussi souhaitons-nous qu´une attention soutenue soit accordée à celle-ci.
Excellence,
Ce Mémorandum est un récapitulatif non exhaustif des problèmes qui plombent notre système éducatif et qui méritent des solutions urgentes et définitives de la part du gouvernement dont vous êtes le Chef. Il comporte trois grandes parties qui sont :
- La politique éducative (mission de l´école camerounaise, programmes, diplômes ou certification de l´apprentissage…).
- Les conditions de traitement et de travail des enseignants,
- L´état infrastructurel des écoles dans notre pays.
I- POLITIQUE EDUCATIVE DU CAMEROUN
C´est le fondement du système éducatif. Elle doit répondre à la question de la mission de l´école ou de l´instruction. Si celle-ci se résume dans la nécessite d´assurer une bonne formation morale, physique, civique et intellectuelle des citoyens, beaucoup de choses doivent être faites pour l´actualiser et la concrétiser. Surtout que notre système éducatif est aujourd´hui en pleine déliquescence. Un bon système éducatif doit offrir la possibilité à tous les enfants de bénéficier de l´instruction et d´accéder à la culture la plus développée, quelque soit la localité du pays. Son état d´effondrement appelle à la convocation des états généraux de l’éducation qui impliquerait tous les partenaires du domaine que sont les parents organisés, les syndicats et le gouvernement. Les contours de l´école primaire gratuite y seraient clarifiés.
Le processus qui a conduit aux états généraux de 1996 pourrait être reconduit sans effort. Et une loi devra légaliser les résolutions qui en seraient issues et devrait être respectée scrupuleusement. Pas comme la loi n°98/004 du 14 avril 1998 portant orientation de l´éducation au Cameroun dont le non respect maintient anormalement un examen PROBATOIRE qu´elle a pourtant supprimé.
En attendant la convocation par la plus haute Autorité de l´Etat des états généraux de l´éducation pour en discuter franchement, nous voulons anticiper pour soumettre à votre intention des suggestions sur les programmes scolaires, le livre et l´équipement des écoles, sur les conditions de réussite et sur la délivrance des diplômes.
A) Des programmes scolaires inadaptés et une confusion autour du livre scolaire.
Excellence,
Les programmes scolaires actuels sont à la fois inadaptés à notre environnement socio-culturel, aux besoins de notre histoire et à ceux de la vie contemporaine. Ils doivent subir un véritable toilettage pour être adaptés, même à la durée de l´année scolaire. Exemples : l´étude du moteur à explosion au CM2 (pour les enfants de 10 ans) ou le maintien du programme de SVT ou de Géographie à 27 leçons en 3e ne nous semblent plus nécessaire ou justifiés.
Dans ces programmes, il faudra accorder une place importante à l´Histoire (une Histoire non orientée), du Cameroun, de l´Afrique et des peuples noirs d´une part, et d´autre part, à l´informatique, aux travaux d´atelier et aux expériences dans les laboratoires.
Support pédagogique de base et matérialisation des programmes scolaires, le livre fait aujourd´hui l´objet d´un marchandage au point où des groupes se forment désormais partout pour produire des manuels scolaires. Et usent de toutes sortes d´influences pour que leurs œuvres écrites figurent sur la liste officielle des manuels scolaires. Ainsi, après avoir traversé la barrière de la Commission Nationale du Livre, ces promoteurs de supports pédagogiques rencontrent chefs d´établissement et enseignants qui subissent à leur tour des pressions, pour faire adopter leurs livres au conseil d´établissement. Ainsi, dans le même établissement, on utilise des livres différents dans différentes classes de même niveau. C´est le cas de l´Anglais où on a Go for English en 6e M1 ; Stay Tuned en 6e M2 ; Way Ahead en 6e M3 …
Les mathématiques et les sciences physiques connaissent la même confusion. C´est une déplorable cacophonie à laquelle il faut mettre fin. Pour ce faire, il faut imposer après un consensus de la commission Nationale du Livre, les ouvrages qui obéissent aux objectifs de la politique préalablement définie par vos soins ou sous votre guide.
B) L´équipement des établissements scolaires.
Il y a aussi urgence et nécessite en ce qui concerne l´équipement des établissements scolaires publics. Il faut en effet les doter tous de laboratoires et les ravitailler en produits de travaux pratiques. Il ne faut pour cela qu´une volonté politique que votre Excellence peut et doit pouvoir en faire preuve.
Les établissements techniques sont très peu équipés en matériel adéquat pour une formation efficiente des élèves. Les sections commerciales, apparemment moins exigeantes, sont privilégiées au détriment des sections industrielles pourtant à l´avant garde du développement technique et industriel.
Il faut non seulement assurer leur équipement, mais aussi prendre les mesures qui s´imposent pour que ces établissements d´enseignement technique, ainsi que d´autres, soient connectés au réseau électrique. Ainsi et enfin, l´Etat peut octroyer des ordinateurs, à raison de 20(vingt) desktop pentium IV par établissement. Si l´une de ces machines coûte 100.000 FCFA, l´Etat ne déboursera que 4(quatre) milliards de FCFA pour 2000(deux mille) établissements d´enseignement secondaire.
C) Des conditions déshonorantes de réussite dans nos écoles.
Excellence,
En ce qui concerne les conditions de réussite, il est vivement souhaitable que celles-ci soient fondées sur le mérite et l´efficacité, bref, sur les performances des apprenants. Car les conditions appliquées jusque-là pour décider de la promotion de nos enfants en classe supérieure ou leur réussite aux examens certificats, ont plutôt favorisé sinon la nullité de ces apprenants du moins la médiocrité de la très large majorité d´entre eux.
En effet, la promotion collective instituée dans l´enseignement primaire par l´arrêté n°315/B1/1464/MINEDUB du 21 février 2006 fixant les modalités de promotion des élèves du cycle de l´enseignement primaire crée un véritable séisme sur notre système éducatif. Puisque ce mode de promotion – du reste calqué sur celui des systèmes éducatifs qui ne comportent plus d´entraves à l´épanouissement des intervenants dans la chaine éducative –, est inadapté chez nous. Nous en voulons pour preuves que l´existence des classes aux effectifs pléthoriques dans nos écoles, le niveau scolaire généralement bas des parents (qui sont aussi des encadreurs), l´existence, que disons-nous, la pléthore d´écoles sans infrastructures, la pauvreté des apprenants en matériel didactique, la pauvreté générale des enseignants…de notre pays. La mesure est tellement incongrue et inadéquate que beaucoup d´enseignants, par amour pour leur pays, ne l´appliquent pas.
Il est temps de faire abroger ou reformer cet arrêté à l´effet de mettre fin à la catastrophe. Car les conséquences, au demeurant amères, sont déjà là et très nombreuses. C´est ainsi que beaucoup d´élèves quittent les rails de l´éducation, au plus tard en 1ère sans BEPC ni PROBATOIRE ; bloqués qu´ils sont par les´´faveurs´´ de la promotion collective, l´admission en 6e avec parfois 02,50/20 de moyenne et plus tard, avec moins de 09,5/20 en classe supérieure au secondaire.
Cet ordre d´´enseignement – le primaire – est tellement primordial pour la formation des citoyens que nous n´avons pas le droit d´en faire l´instrument de promotion de la fainéantise et de la médiocrité. C´est cette médiocrité que nous cautionnons, bon gré mal gré ou volontairement( ?) en octroyant le BEPC à 6,50/20(session 2011) ou 6,90/20(session 2012). Si ces mesures permettent de contenter les parents, il faut en retour reconnaitre que ce sont des prétentieux, voire des assassins qui sont ainsi offerts à la nation par un système de normes docimologiques qui doivent plutôt contribuer à la construction de cette nation. L´octroi des diplômes aux jeunes sans valeur intellectuelle convaincante participe à la fabrication des clients des feuilletons télévisés déculturants, c´est-à-dire, des consommateurs serviles des produits des autres, et non celles des promoteurs virtuels de notre développement. Votre haute bienveillance est requise sur ce problème.
A ces conditions de réussite se rattache le problème de la délivrance ou plutôt de la non délivrance des certificats de réussite ou diplômes.
D) La délivrance des diplômes : un mythe.
Excellence,
Monsieur le Premier Ministre,
La délivrance des diplômes est devenue une inexplicable Longue Marche au Cameroun, à l´ère de l´informatique, qui est censée être un facilitateur du travail de conception, de fabrication, de normalisation et de régularisation de ces documents certifiant la réussite à des examens. Comment peut-on expliquer que des années après succès à des évaluations certificatives, il ne soit pas possible d´en avoir les diplômes ? Il faut le dire, Excellence, les attestations de réussite, conçues apparemment pour sécuriser le processus de certification, sont malheureusement la porte d´entrée des faux papiers qui permettent à beaucoup de se frayer des piste dans le monde du travail. Les résultats des recensements des personnels de l’Etat et de la première promotion de l’Ecole Normale Supérieur de Maroua sont éloquents à ce propos. Une mesure ferme doit donc être prise le plutôt possible sur ce sujet par votre haute diligence, pour que des diplômes soient délivrés aux élèves admis aux examens, en un mois, comme cela se faisait avant l´ordinateur.
Les problèmes du corps enseignant sont inséparables de ceux du système éducatif. Et, ils sont, Excellence, nombreux et peuvent, heureusement, être résolus par la respectable bonne volonté de votre gouvernement. Nous les résumons dans les lignes qui suivent.
II- LES PROBLEMES DE TRAITEMENT ET LES CONDITIONS DE TRAVAIL DES ENSEIGNANTS
A) La question des salaires et l´expatriation quotidienne.
Les salaires des enseignants, nous ne vous apprenons certainement rien, sont très bas et ne leur permettent pas de vivre dignement pendant une semaine. Les enseignants ne peuvent compter sur leurs salaires pour assurer leurs soins de santé et ceux de leurs familles. Pour résoudre leurs difficultés financières,certains éducateurs ont opté pour des solutions diverses qui ont toutes pour conséquences l´abandon des salles de classe physiquement ou en conscience : commerce, répétitions payantes, expatriation…sont quelques unes de ces options.
A propos de l´expatriation, le Cameroun perd quotidiennement ses valeureux enseignants formés grâce aux contribuables camerounais. Du fait des salaires bas, ceux-ci sont obligés de quitter le pays pour offrir leurs talents ailleurs. Même des pays voisins profitent de ce mauvais traitement pour nous siphonner des cadres en fonction et des étudiants sortis de nos écoles de formation ; alors qu´il y a un déficit de cadres au Cameroun dans tous les domaines. Cette fuite des cerveaux est un problème sur lequel vous devez vous pencher dès maintenant, faute de quoi le développement sera davantage retardé par notre silence complice et notre inaction. La révision à la hausse des salaires indiciaires des enseignants est donc plus que jamais urgente. Il faut pour cela une politique salariale qui garantisse un pouvoir d´achat digne et honorable aux fonctionnaires du corps de l´Education Nationale. De tels salaires peuvent maintenir sur place nos cadres tentés par l´expatriation.
Par ailleurs, Excellence, en complément du salaire, il y a des primes décidées et attribuées par la haute hiérarchie de notre pays, spécifiquement à notre corps de métier. Non seulement elles ont été mal pensées ; mais aussi, elles sont aujourd´hui inadaptées dans leur nature et leur valeur.
Nous voulons saisir l´occasion pour proposer à ladite hiérarchie, par votre entremise, la redéfinition desdites primes.
1. Il faut d´abord supprimer purement et simplement les primes dites de technicité, d´enseignement et d´évaluation ; parce qu´il est anormal que des enseignants formés pour enseigner, évaluer les apprenants et qui doivent leur technicité à la formation que l´Etat leur a donnée, soient payées pour faire profiter de tout cela à leurs jeunes compatriotes.
2. Remplacer ces primes-là par celles qui figurent dans le tableau ci-dessous et que nous justifions par la nécessité d´adapter les revenus des professionnels de l´éducation aux nouvelles donnes de la technologie et à l´obligation qu´ils ont de répondre respectablement aux exigences de l´économie et de la société contemporaines.
CODE N° NATURES DES PRIMES MONTANT MENSUEL
A créer 1 Allocation/Soutien à la location(SLOC) comme par le passé
2 Aide/Soutien à la documentation et à la recherche(ADOCRE) 75000 FCFA
3 Allocations pour atteintes diverses à la santé(ADISAN) 25000 FCFA
4 Soutien aux dépenses d´énergie électrique(SDENE) 25000 FCFA
5 Allocation de transport(ALLOTRA) 50000 FCFA
Ces primes permettront aux enseignants de résoudre le problème que l’Etat ne peut résoudre pour chacun de ces cadres de l´Etat. Par exemple l´attribution d´un véhicule de service, les soins de santé que le décret n° 2000/612/PM du 13 septembre 2000 rend difficile à assurer…
Elles leur permettront de faire face aux dépenses générées par la recherche (achat de journaux, de revues scientifiques et de recherche sur internet), qui implique aussi le travail à domicile.
Et puis, Excellence,
Beaucoup d´enseignants sont depuis cinq ans sans salaire. La raison avancée est qu´ils ont perçu des primes indues. Malgré leur comparution devant le ´´Conseil de discipline de la fonction publique´´ qui ne les a pas culpabilisés, ils ne sont pas toujours rétablis dans leurs droits ; même pas les plus vitaux (allocations familiales). Cette suppression de salaire du reste illégale, a déjà causé des dégâts irréparables dans les foyers enseignants concernés. Votre haute autorité est sollicitée pour que ces enseignants soient remis dans leurs droits le plus tôt possible.
B) La situation précaire des jeunes enseignants sortis des écoles normales.
Excellence,
Les enseignants sortis des écoles normales broient du noir en ce moment. Beaucoup ont travaillé pendant plusieurs mois de l´année 2011/2012 sans le moindre appui financier et dans des zones très difficiles. Comme Gazawa dans le Diamaré, de Louaye dans le Mayo Danay, de Sonkolon dans l´Adamaoua pour ne citer que celles-là. Quel rendement attendons-nous de ces pauvres compatriotes ? Quelle image donnent-ils de l´enseignant ? Quels résultats attendons-nous de leurs élèves à la fin de l´année ?
La réinstauration des bourses indiciaires peut permettre de résoudre provisoirement le problème de leur prise en charge. Et puis, une politique prévisionnelle permanente et clairvoyante, assortie de l´informatisation de la gestion des personnels, doit permettre de finaliser les dossiers d´intégration et de prise en charge des personnels dans les délais les plus courts. Ne pas le faire signifiera que l´enseignant n´est pas au centre du système éducatif.
Nous espérons, Excellence, que des mesures seront prises à présent pour assurer à ce personnel de bonnes conditions de travail d´une part et éviter les mêmes désagréments aux éducateurs de la nation que sont les enseignants enfin de formation d´autre part.
C) L’inexplicable existence des IC.
Excellence,
Monsieur Le Premier ministre,
L´éducation de base dans notre pays est actuellement assurée, au bas mot, à 80% par un personnel appelé ´´ Instituteurs Contractuels´´(IC). Ceux-ci sont en fait des enseignants qualifiés, puisque sortis de nos Ecoles Normales d´Instituteurs avec des diplômes. Certains ont été intégrés en 2001, 2002, 2003 et 2004. Beaucoup et de façon inexplicable, ne l´ont pas été. Ceci constitue un sérieux problème d´équité et de justice qu´il faut résoudre. En attendant, ils travaillent sans avoir le cœur à l´ouvrage, se sentant victimes d´une injustice de la part de l´´Etat ainsi coupable de partialité.
La justice voudrait que ceux-ci soient, conformément aux dispositions du Statut général de la Fonction Publique de l´Etat, et comme leurs camarades et leurs compatriotes des autres corps de métier, inconditionnellement intégrés dans la Fonction Publique. La limite d´âge quelques fois évoquée pour justifier leur non intégration est battue en brèche par le fait qu´il ont fini leur formation à moins de 35 ans, avant de travailler toujours pour notre pays comme bénévoles d´abord, vacataires ensuite, avant d´être recrutés.
S´agissant du concours d´intégration, cette compétition est non seulement superflue pour des citoyens sortis des écoles de formation d´Etat, mais aussi, cela ressemble à une façon de méconnaitre et par conséquent de rejeter la plupart de ces enseignants. La preuve est qu´en ce moment, avec près de 30.000 (trente mille) IC et au rythme de 500 intégrés par an, il faudra 15 ans pour y arriver, le temps pour beaucoup d´être atteint par l´âge de la retraite. Le même phénomène touchera ceux qui, sortis des ENIEG et ENIET depuis 2010 sont dans la rue.
Le problème devrait être résolu avec diligence pour que notre pays mérite son statut d´Etat en quête d´émergence. L´émergence doit être assurée au pays par ses propres fils. On ne saurait la rechercher en confinant, en forçant même, des citoyens formés au chômage. Ceci est d´autant plus sérieux et urgent que le déficit d´enseignants est criard aujourd´hui dans notre pays.
D) L´ampleur du vacatariat dans les établissements scolaires et les solutions.
Dans les lycées et collèges, le personnel dit vacataire, jadis inconnu, est désormais incontournable de par son nombre et son utilité. Cela alourdit en passant, les charges des parents ainsi obligés d´en payer les frais, en plus des incontournables frais exigibles. Les vacataires représentent plus de 60 pour cent du personnel enseignant dans de nombreuses institutions scolaires. Ces diplômés sont, non seulement mal payés, mais n´ont pas la formation pédagogique nécessaire à l´accomplissement du métier qu´il ont choisi.
Excellence,
Il est souhaitable d´admettre sur titre, ce personnel dans les écoles normales. Cela peut permettre de résorber, à terme le déficit en personnel éducatif.
On constate que le déficit d’enseignants est accentué par une nomination pléthorique de Censeurs et Surveillants généraux, c’est ainsi qu’ils sont très nombreux les établissements qui ont 10 Censeurs au lieu de deux ou quatre au plus pour les établissements bilingues. Pour les Surveillants généraux, on devrait avoir un Surveillant général pour 500 élèves, mais on constate qu’il y a une kyrielle d’établissements de moins de 500 élèves avec trois Surveillants Généraux ou plus.
Et puis, le regroupement familial des IC n´est également pas respecté. Alors qu´il est prévu qu´après les cinq premières années de service, ils doivent en bénéficier. La politique qui consistait à affecter de nouveaux recrus dans les localités difficiles, n´est plus appliquée. Il faut la remettre en vigueur. Cela pourrait s´appeler le ´´service rural obligatoire´´ et pourra permettre le renouvellement du personnel d´encadrement en zones rurales. Les mesures incitatives qui se trouvent dans les´´ nouvelles primes´´proposées à votre respectable attention, éviterons l´´engorgement des centres urbains.
E) Le problème du reclassement au primaire.
Un autre problème qui mérite toute votre attention, c´est Excellence, celui de la valorisation par les enseignants du primaire, des diplômes qu´ils ont obtenus dans nos universités. Les difficultés qu´ils ont à valoriser leurs diplômes créent des frustrations de tout genre. En effet, le Décret n° 2000/359 du 05 décembre 2000 portant statut particulier des fonctionnaires des corps de l’éducation nationale du Président de la République prévoit le reclassement comme PENIA, de tout instituteur titulaire d´une LICENCE. Mais dans l´application de ce Décret, seule la licence en PSYCHOLOGIE est exigée ; comme si une licence en FRANÇAIS ou en MATHEMATIQUES n´apportait rien de plus à son titulaire dans ses compétences et l´exercice de son métier. C´est une aberration à laquelle il faut mettre fin.
F) Les primes des AP et les frais de déplacement pour les congés annuels.
Excellence,
Monsieur le Premier Ministre,
Les Animateurs pédagogiques ne perçoivent pas normalement leurs primes depuis quatre ans. Ce paiement est attendu avec, logiquement, rappel. Au sujet de cette prime, il nous semble opportun d´en décentraliser son paiement au niveau des établissements scolaires ou alors des Régions, comme cela se fait avec les vacations aux examens officiels, le nombre d´Animateurs pédagogiques étant connus d´avance.
Les frais de déplacement à l´occasion des congés annuels des enseignants ne sont plus payés, ceci depuis plus d´une décennie. Le Décret n°2000/693/P.M du 13 septembre 2000 fixant le régime des déplacements des agents publics civils et les modalités de prise en charge des frais y afférents, leur accorde pourtant ce droit. Des mesures doivent être prises pour que vos actes ne soient plus ainsi bafoués.
G) Le traitement des enseignants aux examens officiels.
Excellence,
Les correcteurs aux examens officiels du secondaire vivent un véritable apartheid dans leur traitement. Ceux qui interviennent dans le GCE sont traités différemment par rapport à ceux qui interviennent aux BEPC, PROBATOIRE et BACCALAUREAT. Les correcteurs convoqués par l´OBC n´ont même pas perçu leurs frais de déplacement depuis deux ans. Et tous, comme les autres fonctionnaires, ne connaissent pas les frais de mission prévus par la règlementation en vigueur. Il faut en retablir la légalité et harmoniser le traitement financier de tous les intervenants aux examens sus-évoqués.
Toujours au sujet des examens, le CEP crée de plus en plus des frustrations parmi les enseignants, depuis que vous avez signé le Décret n°2010/1738/P.M du 07 juin 2010 portant revalorisation des prestations aux examens officiels.
En effet, les vacations pour participation à cet examen n´ont été payées depuis 2010 qu´à hauteur de 32 %. Les 68 % restants doivent être payés pour que les enseignants cessent de penser que l´Etat a abusé de leur serviabilité et de leur patience.
Et puis, les frais actuels des dossiers sont insuffisants pour assurer la couverture des nombreuses charges que sont : l’oral, la pratique, l’EPS, l’écrit, la correction et les délibérations. Aussi, subventionner le CEP et le FSCL sur la base du budget arrêté par le Ministère de l’Education de Base, s’avère-t-il nécessaire.
En ce qui concerne les conditions de travail des enseignants, nous constatons et pensons :
1. Qu’il faut prendre des mesures incitatives pour encourager ceux qui exercent dans les Zones rurales d’accès difficile et où les conditions économiques, écologiques et sanitaires sont sinon invivables, du moins pénibles. Parce qu’en vérité les Enseignants de Fossong-Wetcheng et Fondonera( Menoua), Mintom(Dja et Lobo), Tokombere(Mayo Sava), Moloundou(Boumba et Ngoko), Akwaya(Manyu), Furu Awa(Menchum), Ngoila(Haut Nyong)…pour ne citer que ces quelques exemples, ont plus de problèmes de nature évoquée ci-dessus à surmonter, que ceux de Maroua, Ebolowa, Bertoua, Kumbo, Buea ou Foumban.
Un travailleur ne peut, en effet, avoir des problèmes aigus et quotidiens de déplacement, d’électricité, d’eau potable, de logement décent ou même indécent, de scolarisation de sa progéniture… et travailler consciencieusement et assidûment.
Pour encourager ces enseignants, véritables volontaires et condamnés du développement, nous proposons :
• Que des motocyclettes tout terrain leur soient allouées, comme à leurs compatriotes du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural.
• Qu’une Prime mensuelle dite d’Exercice en Zones Rurales Difficiles(PEZORDI) de 50.000F (cinquante mille francs) soit instituée. Elle serait attribuée aux Enseignants concernés et préalablement identifiés par les Délégués Départementaux et les Inspecteurs d’Arrondissement ; et payée par ces mêmes responsables.
2. Que le remplissage des documents pédagogiques semble être aujourd’hui la tâche la plus importante du personnel enseignant et surtout de l’administration scolaire. On fait les évaluations séquentielles et on remplit les bulletins et les fiches statistiques ; on organise les conseils de classes séquentiels et la remise solennelle des bulletins. Ce sont des activités essentiellement chronophages. Elles mettent l’enseignant, pour plus de 50% de son temps, plutôt au service de la bureaucratie et non de la pédagogie. C’est, à notre avis contre productif. Nous pensons qu’il est nécessaire de retourner à la division trimestrielle de l’année scolaire avec deux évaluations au moins pendant cette période, dont une sous forme de « composition trimestrielle ».
La nomination des responsables des Institutions et administrations scolaires décentralisées nous fait percevoir une propension à la tribalisation de la politique de désignation desdits responsables. On aura ainsi des MVONDO à Ebolowa et Sangmelima ; NGALLE ou MOUDIME à Nkongsamba, NGOLLE à Bangem ; NDIFOR à Kumbo ; MOHAMADOU à Garoua ; KAMDEM à Baham, TSAFACK à Dschang, EKWALLA à Douala ; LISSOUK A BIDIAS à Bafia, BATAMACK à Eseka…C’est une conception erronée de l’efficacité, de croire que le fonctionnaire doit travailler dans son village. Et puis, si cette politique de désignation des responsables sur une base tribale est faite par tribalisme, ce serait une insulte à la politique d’intégration et d’unité prônée par la Très Haute hiérarchie de notre pays.
Pour être complet, nous allons terminer notre mémorandum par l’état du financement de l’école et celui des infrastructures scolaires dans notre pays.
III- LE FINANCEMENT DE L’ECOLE ET L’ETAT DES INFRASTRUCTURES SCOLAIRES AU CAMEROUN
La dotation budgétaire de l’Etat à nos établissements scolaires a drastiquement baissé ces deux dernières années. Une bonne partie de cette dotation ainsi amputée, est par absorbée par les marchés publics et la TVA. La TVA a elle seule absorbe près du cinquième des frais exigibles ; Ce qui signifie en clair que l’Etat reprend d’une main ce qu’il a donné de l’autre. Les établissements scolaires perdent jusqu’à 30% dans les transactions avec les fournisseurs. Le fonds de solidarité qui représente 5% des frais exigibles est également une autre source d’appauvrissement des établissements scolaires. Toutes ces difficultés financières empêchent les institutions scolaires publiques d’accomplir toutes leurs missions. Par exemple, celle de donner aux Animateurs pédagogiques et aux enseignants les moyens d’organiser des rencontres pédagogiques internes.
Quant à l’état infrastructurel de la majorité de nos écoles, il est tout simplement désolant et déshonorant. Certaines écoles ressemblent même à des poubelles qui viennent à peine d’être curées.
La solution c’est de construire nous-mêmes 100 écoles par an. Cela peut permettre de rénover nos écoles au bout d’une décennie. Nous pouvons le faire. Cela permettra par ailleurs d’éviter que des étrangers viennent construire nos « maisons d’éducation ». On leur laisserait plutôt la latitude de consacrer leurs nombreux capitaux à la construction d’usine industrialisantes qui nous paraissent mieux refléter l’aide et la coopération avec les pays industriels, s’il en était besoin.
Excellence,
Monsieur le Premier Ministre,
Au total, le système éducatif camerounais comporte une avalanche de problèmes.
Les Enseignants par exemple ont besoin d’une sécurité morale et psychologique pour mener à bien la lourde mission qui est la leur. Cette sécurité passe par des revenus mensuels adéquats et respectables.
Et puis, quand l’Etat assure gratuitement l’éducation, la nutrition et les soins de santé aux jeunes citoyens que sont les élèves, il investit sans risque de perdre, pour son propre compte. Une part importante du revenu national doit donc y être consacrée. Ce ne serait ni une faveur, ni une faiblesse.
Heureusement, il s’agit de problèmes solubles avec un peu de volonté politique. Si elle se manifeste, vous en aurez, Excellence, les moyens.
Pour ce faire et pour sa part, le SECA vous dit respectueusement sa disponibilité à continuer à apporter sa contribution à la clarification et à la mise en œuvre, si besoin est nécessaire, de toutes ses propositions ; faites du reste dans un profond esprit de nationalisme…pédagogique.
Très haute et respectueuse considération.
Bafoussam, le 20 août 2012.
Pour le SECA,
Le Secrétaire Général,
Tenkeng Maurice
Professeur agrégé
Ampliations:
-Assemblée Nationale
-Secrétariat général de la Présidence de la République
-Ministère éducation de base
-Ministère des enseignements secondaires
-Ministère de l’emploi et de la formation professionnelle
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