Une flotte industrielle sous contrôle renforcé
En 2025, le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia) a attribué 27 licences de pêche industrielle côtière aux chalutiers, assorties d’une obligation de débarquer l’intégralité des captures dans les ports d’attache. L’objectif est clair : orienter directement les prises vers le marché local afin de réduire la pression sur les importations et mieux encadrer les flux sortants.
La publication de la liste officielle des navires autorisés s’inscrit dans cette dynamique. Le gouvernement veut systématiser le suivi, le contrôle et la surveillance des activités de pêche, tout en garantissant une traçabilité complète des produits halieutiques. Cette transparence accrue répond aux exigences de la charte mondiale pour la transparence des pêches, qui appelle à sortir le secteur de l’économie de l’ombre et à protéger la santé des océans.
Pression européenne et riposte contre la pêche INN
Avec près de 400 km de côtes et plus de 212 000 pêcheurs, dont une majorité d’étrangers opérant souvent dans des circuits informels, le Cameroun reste exposé à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Le carton rouge infligé en janvier 2023 par l’Union européenne a constitué un tournant. Bruxelles reprochait à Yaoundé d’enregistrer des navires opérant hors de ses eaux sans suivi effectif, un manquement lourd en matière de coopération internationale.
Depuis, l’État a intensifié son arsenal juridique. En 2024, le Cameroun a ratifié le Protocole amendé de l’Accord de Marrakech, intégrant l’Accord de 2022 sur les subventions à la pêche. Cette réforme impose de limiter les subventions favorisant la surpêche, en ligne avec les efforts de préservation des ressources marines. Yaoundé espère ainsi accéder au fonds sur la pêche de l’OMC pour moderniser ses capacités de gestion et soutenir une exploitation durable.
INN : une saignée économique malgré la hausse des captures
Les pertes économiques liées à la pêche INN restent colossales : 20 milliards de FCFA par an selon les autorités. Pourtant, les captures industrielles progressent. Les chalutiers opérant dans les eaux camerounaises ont débarqué 19 157 tonnes de poisson en 2023, contre 14 929 tonnes en 2022. Une hausse de 28 %, soit 4 228 tonnes de plus pour les marchés locaux.
Cette hausse masque toutefois un déficit structurel. Les besoins nationaux avoisinent 500 000 tonnes par an, pour une production qui plafonne à 230 000 tonnes. Résultat : 270 000 tonnes de poisson importées en 2023 pour un coût de 182,5 milliards de FCFA, selon l’INS.
Cap sur l’import-substitution à horizon 2027
Pour réduire cette dépendance, le gouvernement mise sur le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (Piisah). Doté d’une enveloppe de 1 500 milliards de FCFA pour 2024-2026, le programme prévoit de porter la production nationale de poisson à 600 000 tonnes d’ici 2027. L’accent est mis sur la montée en puissance des filières locales, la modernisation de la flotte et le contrôle des opérations en mer.
Le nouveau certificat d’inspection s’inscrit dans cette stratégie globale. En renforçant le suivi de la flotte et la traçabilité des captures, il constitue un levier de mise en conformité avec les standards internationaux. Une condition décisive pour attirer des financements extérieurs et lutter contre les flux informels qui siphonnent chaque année une part substantielle du potentiel halieutique du Cameroun.
Cameroon introduces mandatory inspection certificates to tighten control over industrial fishing and boost public revenue
Cameroon’s 2026 Finance Law introduces a mandatory annual inspection certificate for industrial fishing vessels, priced at 1 million CFA francs per vessel and payable before 30 June. This measure aims to broaden the tax base while reinforcing transparency in a sector often affected by opacity and informal networks.
In 2025, the Ministry of Livestock, Fisheries and Animal Industries issued 27 industrial coastal fishing licences, requiring trawlers to land their catches at designated home ports to feed local markets. The government has also begun publishing the official list of authorised vessels to improve monitoring, surveillance, and traceability, in line with the Global Charter for Fisheries Transparency.
The move follows a 2023 red card from the European Union for insufficient cooperation in combating illegal, unreported and unregulated (IUU) fishing. Cameroon has since strengthened its legal framework, including ratifying the amended Marrakech Agreement Protocol in 2024, which incorporates the 2022 WTO Fisheries Subsidies Agreement.
Despite a 28 percent increase in landings in 2023, IUU fishing continues to cost the country an estimated 20 billion CFA francs annually. With national fish demand at 500,000 tonnes and local output at just 230,000 tonnes, imports reached 234,572 tonnes in 2023, costing 182.5 billion CFA francs.
Through its Integrated Import-Substitution Plan for 2024–2026, Cameroon aims to raise domestic fish production to 600,000 tonnes by 2027. The newly introduced inspection certificate is a key instrument for restoring compliance, securing external funding, and reducing informal flows in the fisheries sector.
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Moussa Nassourou