Trois navires camerounais éclaboussés par le conflit russo-ukrainien
Le Princess Eva, l’USKO MFU et le Cometa Pawell, tous enregistrés à Kribi ou Douala, sont accusés par Kiev d’exporter des marchandises – principalement du blé russe – depuis les ports criméens de Sébastopol et Feodosia, territoires ukrainiens annexés par la Russie depuis 2014.
Ces navires se voient désormais imposer au moins huit mesures restrictives pendant dix ans : gel d'actifs, contraintes opérationnelles, limitations de transit, restrictions commerciales ou encore interdiction d’utiliser les fréquences radio ukrainiennes.
Une panoplie de mesures destinées à perturber les corridors maritimes contrôlés par Moscou et à compliquer l’utilisation de pavillons tiers dans le commerce lié aux intérêts russes.
Des sanctions qui pourraient déborder des frontières ukrainiennes
Même adoptées dans un cadre strictement ukrainien, ces sanctions pourraient avoir une portée extraterritoriale.
Dans un contexte où l’Union européenne et plusieurs pays occidentaux ont adopté des régimes de sanctions contre Moscou, la liste ukrainienne pourrait être réinterprétée, reprise ou intégrée par ces États.
Un risque réel pour les armateurs utilisant le pavillon camerounais, déjà fragilisé sur la scène internationale.
Le pavillon camerounais de nouveau ciblé
Ce nouveau revers remet en lumière la réputation déjà entachée du pavillon national.
Le Cameroun a récemment essuyé un « carton rouge » de l’Union européenne, accusé de laxisme dans l’attribution du pavillon en matière de pêche illicite.
Par ailleurs, certains navires camerounais ont été cités dans la « flotte fantôme » russe, réseau maritime utilisé pour contourner les sanctions contre les exportations pétrolières de Moscou.
Autant d’éléments qui renforcent les critiques sur les usages opaques ou non conformes du pavillon camerounais.
Yaoundé tente de rassurer ses partenaires
Face aux pressions internationales, le gouvernement camerounais a annoncé un réexamen complet des procédures d’attribution du pavillon national, avec l'objectif de :
- mieux contrôler les armateurs adhérant au registre maritime ;
- prévenir les risques de non-conformité aux sanctions internationales ;
- renforcer la crédibilité du Cameroun dans les circuits de transport mondiaux.
Un enjeu crucial pour une flotte marchande de 223 navires, totalisant plus de 3 millions de tonnes de jauge brute. Toute mesure prise contre un bâtiment camerounais peut affecter la perception globale du registre maritime du pays par les assureurs, les autorités portuaires et les partenaires commerciaux.
Une affaire qui place le Cameroun au cœur d’un bras de fer géopolitique
Si le Cameroun ne joue aucun rôle direct dans le conflit russo-ukrainien, la présence de ses navires sur la liste noire ukrainienne projette le pays dans une arène diplomatique sensible, où les pavillons maritimes deviennent des instruments de pression politique.
Pour Yaoundé, l’urgence est désormais claire : assainir, contrôler et restaurer la crédibilité d’un pavillon national devenu trop attractif pour les opérateurs en quête de zones grises réglementaires.
Ukraine Sanctions Three Cameroon-Flagged Vessels as International Pressure Mounts on Yaoundé
Ukraine has added three Cameroon-flagged vessels — Princess Eva, USKO MFU and Cometa Pawell — to a list of 56 ships sanctioned for exporting Russian goods, mainly wheat, from the Crimean ports of Sevastopol and Feodosia.
Signed by President Volodymyr Zelensky on 25 November, the decree imposes ten-year restrictions including asset freezes, commercial limitations and bans on using Ukrainian radio frequencies.
Though adopted under Ukrainian jurisdiction, the sanctions could have extraterritorial effects if echoed by EU or Western countries already enforcing measures against Russia.
The incident further tarnishes the reputation of Cameroon’s flag, previously criticised by the EU and linked to Russia’s “shadow fleet.”
Facing international pressure, Cameroon has pledged to overhaul its flag-registration system to improve compliance and protect the credibility of its 223-vessel merchant fleet.
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Didier Cebas K.