Microfinance en danger au Cameroun : la COBAC frappe encore, Nofia S.A. plac?e sous tutelle

Microfinance en danger au Cameroun : la COBAC frappe encore, Nofia S.A. plac?e sous tutelle

Le secteur camerounais de la microfinance traverse une nouvelle zone de turbulence.

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 Après les placements sous administration provisoire de plusieurs établissements au cours des derniers mois, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) vient de frapper un nouveau coup : la Nouvelle financière africaine (Nofia S.A.), propriété de l’homme d’affaires David Manfouo, est à son tour placée sous tutelle.



Selon la décision rendue publique, Bogni Ngueya a été désigné administrateur provisoire pour une période de six mois. Il aura pour mission de redresser la gestion interne, superviser les opérations courantes et rétablir la confiance des clients et partenaires financiers.



Cette mesure de redressement vient allonger la liste déjà longue d’établissements sanctionnés par le régulateur : Unics, Cecil, Cepac Solidarité ou encore Idev, cette dernière ayant été directement liquidée, sans passer par la phase de redressement.


Un secteur sous pression réglementaire


Le Cameroun abrite 384 établissements de microfinance sur les 521 recensés dans la zone Cemac, selon la BEAC, soit près de 74 % du total régional. Un poids économique considérable, mais aussi une forte exposition aux risques systémiques.



Pour les experts, cette vague de sanctions découle du durcissement du cadre réglementaire instauré par la COBAC depuis la réforme de 2015.



« Jusqu’en 2015, un établissement respectant ses ratios financiers était considéré comme sain. Or, certains affichaient de bons chiffres tout en étant minés par des conflits de gouvernance ou un contrôle interne défaillant », explique David Kengne, directeur général de Microfinance Academy.



Depuis, la COBAC impose des normes renforcées : contrôle opérationnel, conformité, gestion des risques et audit interne. Après une période de tolérance jusqu’en 2020, les contrôles se sont durcis dès 2021, provoquant une série de fermetures, suspensions et mises sous tutelle.


Des épargnants inquiets et des créances en hausse


Pour les clients, la succession de ces décisions est source d’angoisse.



« J’ai été bouleversée en apprenant que Cepac était placée sous administration provisoire. Depuis, je vis dans la peur de perdre mes économies », confie une cliente de Cepac Solidarité, sous tutelle depuis mars 2025.



Selon la BEAC, les créances douteuses dans la microfinance ont grimpé à 178 milliards FCFA en 2024, contre 164 milliards en 2023 (+9 %). Le Cameroun concentre à lui seul 81 % de ces prêts non remboursés, soit 144 milliards FCFA, loin devant le Congo (9 %) et le Gabon (7 %).



« Ces sanctions sont douloureuses mais nécessaires », souligne David Kuété, expert financier à Douala. « Elles visent à éviter un effet domino catastrophique pour les épargnants. »



Il appelle les établissements à se conformer rapidement aux exigences de la COBAC, à renforcer la formation des administrateurs, à réviser leurs plans d’affaires et à lutter efficacement contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.


Un secteur à reconstruire pour regagner la confiance


Pilier de l’inclusion financière au Cameroun, la microfinance touche des millions de petits épargnants et d’entrepreneurs. Mais sa fragilité institutionnelle, entre gouvernance défaillante et pression réglementaire, menace désormais la stabilité financière nationale.



Pour éviter une crise de confiance durable, le secteur devra se réinventer, restaurer la transparence et démontrer sa capacité à protéger l’épargne populaire — un enjeu majeur pour l’économie camerounaise tout entière.

 




Cameroon’s Microfinance Crisis Deepens: COBAC Places Nofia S.A. Under Administration


Cameroon’s microfinance sector is facing yet another storm. The Central African Banking Commission (COBAC) has placed Nofia S.A., a second-category microfinance institution owned by businessman David Manfouo, under six-month provisional administration.



Bogni Ngueya has been appointed administrator, tasked with restoring internal governance and rebuilding client confidence. This decision adds to a growing list of troubled institutions, including Unics, Cecil, Cepac Solidarité, and Idev, the latter already liquidated.



Experts point to the stricter regulatory framework adopted since 2015, aimed at improving compliance and reducing governance failures. Yet the crackdown has shaken public trust, as thousands of depositors fear for their savings.



According to the BEAC, non-performing loans in the sector reached 178 billion CFA francs in 2024, with Cameroon accounting for 81% of the total. Analysts warn that without swift reforms, the sector’s fragility could threaten regional financial stability.



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Mouahna Divine 

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