?lectricit? : le Cameroun face ? la double urgence du redressement d?Eneo et de la transition énergétique

?lectricit? : le Cameroun face ? la double urgence du redressement d?Eneo et de la transition énergétique

Le secteur électrique camerounais s?enfonce dans une zone de turbulences. Entre dettes chroniques, infrastructures vieillissantes et retards d?investissements, le systême énergétique national appara?t aujourd?hui au bord de la rupture.

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 Selon le rapport Compact Energy Pays du ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Eneo Cameroun — concessionnaire de la distribution — affichait fin 2024 un endettement global de 800 milliards FCFA, dont 500 milliards dus à ses fournisseurs. Parmi eux, plusieurs entreprises publiques telles que Sonatrel, EDC, Sonara, SNH-Tradex ou encore Arsel.



Malgré un retour symbolique aux bénéfices en 2022 (10 milliards FCFA de résultat net après une perte de 35,5 milliards en 2021), la trésorerie d’Eneo s’est rapidement dégradée : –1,58 milliard FCFA fin 2023. Pour le Minee, la société est désormais considérée comme un « risque budgétaire » pour l’État, incapable de couvrir ses charges d’exploitation et menacée de cessation de paiement.


Des causes structurelles profondes


Entre 2014 et 2022, Eneo n’a investi que 320 milliards FCFA, dont 40 % dans la distribution — un niveau jugé insuffisant pour un réseau vétuste et saturé. L’entreprise n’a pas pu décrocher un prêt de 210 milliards sollicité auprès de la SFI, faute de garanties suffisantes. Résultat : 14 % de pertes techniques et commerciales, une fraude endémique, et un recouvrement faible, notamment auprès des administrations publiques.



Pour sortir de l’impasse, un plan de restructuration d’Eneo est en préparation. L’État prévoit le rachat des parts d’Actis en 2025, une réorganisation de la dette et un renforcement du recouvrement des factures publiques d’ici 2026. Un ajustement tarifaire progressif de 10 % par an jusqu’en 2026 a déjà été engagé pour les clients moyenne tension, permettant à Eneo de gagner près de 18 milliards FCFA supplémentaires entre 2023 et 2024.


Sonatrel et le pari du privé


Côté transport, le gouvernement camerounais s’apprête à ouvrir le capital de la Sonatrel — la Société nationale de transport de l’électricité — aux investisseurs privés via des partenariats public-privé (PPP). Objectif : stabiliser le réseau, accélérer les interconnexions et réduire les pertes estimées à 30 % de la production nationale.



Créée en 2018, la Sonatrel peine à remplir son rôle de colonne vertébrale du système. Des projets comme le barrage de Nachtigal (420 MW) ou l’interconnexion Cameroun–Tchad doivent pourtant dépendre de son réseau. Les PPP envisagés devront s’appuyer sur des contrats solides, assortis de clauses de paiement de disponibilité pour attirer des partenaires fiables.


Le virage des biocombustibles et du renouvelable


Le Cameroun prépare également une transition énergétique ambitieuse. Dès 2026, des exonérations douanières seront accordées pour les équipements de production de biocombustibles : charbon écologique, pellets et biogaz. Objectif : réduire la dépendance au bois-énergie, qui représente encore plus de 80 % de la consommation domestique.



Des acteurs comme Hysacam ou la Compagnie générale des granulés SA s’imposent déjà comme pionniers dans ce domaine, tandis que des start-up comme Kemit Ecology explorent le charbon vert à base de déchets agricoles.



Le gouvernement ambitionne de porter l’accès à la cuisson propre à 40 % d’ici 2030, contre 23,4 % en 2022, en permettant à 1,7 million de personnes par an d’accéder à des alternatives comme le GPL, le biogaz ou le charbon écologique.


Le Compact énergétique national : 12,5 milliards USD pour transformer le secteur


Adopté en 2025, le Compact Énergétique National (CEN) est la nouvelle boussole du gouvernement. Il prévoit 12,5 milliards USD (7 750 milliards FCFA) d’investissements publics et privés à l’horizon 2030, dont 6,5 milliards mobilisés auprès du secteur privé.



Une nouvelle loi sur l’électricité, attendue d’ici 2026, clarifiera les règles des PPP et créera un guichet unique pour les investisseurs. Un fonds de garantie est également envisagé pour sécuriser les paiements et réduire les risques financiers.



Objectif ultime : fournir l’électricité à 8 millions de Camerounais supplémentaires et atteindre 100 % de taux d’accès national d’ici 2030.


Eneo lance une campagne d’inspection à Douala


En parallèle, Eneo mène depuis le 16 octobre 2025 une campagne gratuite de vérification des compteurs dans la région de Douala, couvrant plus de 622 000 clients. L’opération vise à fiabiliser les données clients, lutter contre la fraude — qui coûte 60 milliards FCFA par an — et améliorer la transparence.



Au final, le Cameroun aborde un tournant historique. Entre réformes structurelles, ouverture au privé et transition verte, le pays tente de redonner du courant à un secteur électrique en panne chronique — et de convaincre les investisseurs que cette fois, le courant pourrait enfin passer durablement.



 




Cameroon’s Power Sector at a Crossroads: From Eneo’s Financial Woes to the Green Energy Shift


Cameroon’s electricity sector is sinking deeper into financial crisis — weighed down by debts, underinvestment, and weak operators. According to the Ministry of Water and Energy’s Compact Energy Report, Eneo Cameroon owed 800 billion CFA francs at the end of 2024, including 500 billion to suppliers like Sonatrel, EDC, Sonara, SNH-Tradex, and Arsel.



Despite returning to profit in 2022 (10 billion CFA after a 35.5 billion loss in 2021), Eneo’s cash flow has deteriorated sharply. The government now classifies the company as a fiscal risk, with a high chance of default.



To fix the crisis, Cameroon plans to buy out Actis’ shares in 2025, restructure Eneo’s debt, and strengthen public bill collection by 2026. Parallelly, the state is opening up electricity transport to private investment, with PPPs designed to modernize Sonatrel’s network.



The broader Compact Énergétique National aims to mobilize $12.5 billion by 2030, including $6.5 billion in private investment, to ensure full electricity access, boost clean cooking to 40%, and raise renewables’ share to 10%.



From biogas and eco-charcoal to solar grids, Cameroon’s new energy roadmap is bold — but its success will depend on financial discipline, good governance, and the trust of investors.



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Ange NGO

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