L'escalade des scandales à l?OBC

L'escalade des scandales à l?OBC

Au moment ou tout le monde est focalisé sur l?attente des résultats de l?élection présidentielle, la CRTV a cru entretenir l?opinion sur les résultats controversés du probatoire de l?enseignement général session 2011.

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. Il y a 135 compatriotes qui subissent une émotion exceptionnelle, offerte par les responsables de l’Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC), soit 66 candidats déclarés refusés au probatoire général en juillet dernier qui vont être promus en classes de Terminale pendant que 69 autres qui étaient déjà en classes Terminale qui vont être rétrogradés douloureusement en classe inférieure. D’après le quotidien L’Actu du 07 octobre, tout serait parti cette année avec l’admission d’un candidat absent du lycée de Ngousso-Ngoulmekong, déclenchant une flopée de réclamations. C’est ainsi que la bande défilante de la chaine nationale de télévision et la radio annoncent la rétrogradation et la promotion de certains candidats. Il n’y a pas un an, nous décriions l’alchimie de l’OBC de la promotion en classes de Terminale après quatre mois de classe (janvier 2011), d’une dizaine d’élèves du Lycée Classique de Dschang dans les colonnes du quotidien Le Jour. Nous revoici à nouveau avec un scandale plus rocambolesque. L’occasion nous est offerte, d’exposer et de stigmatiser, certaines pratiques scandaleuses aux examens officiels et d’en proposer une contribution visant l’amélioration d’un processus sain de certification.

Premier scandale : Pourquoi parle-t-on encore du probatoire dans ce pays ?                                      La loi n° 98/ 004 du 14 avril 1998 portant l’orientation de l’Education au Cameroun a supprimé le probatoire dans notre pays, mais comme la Constitution, son article 40 prévoit que le système éducatif régi par la présente loi sera progressivement mis en place, mais comme cet examen peut permettre d’offrir de gracieuses missions aux copains et autres, il n’y a pas de raison d’être pressé à sortir les textes d’application. Ce caractère alimentaire des examens est d’autant réel que la Direction des Examens, des Concours et de la Certification (DECC) n’entend pas perdre l’organisation du BEPC, et au Ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC), on n’a même pas dans l’agenda la préparation des textes d’application de la dite loi d’orientation. Une question vient à l’esprit, quelle urgence y avait-il à faire une loi qui treize ans après reste entièrement inopérante ? Rappelons que le Cameroun est encore le seul pays issu de la colonie française à maintenir encore l’examen probatoire dans son système éducatif. Ceci pour quel intérêt ? Seul le MINESEC détient la réponse.

Deuxième scandale : Les critères de choix des acteurs aux examens officiels gérés par l’OBC.                                                                                                                                                Les acteurs dont il sera question ici sont ceux qui sur le terrain font l’essentiel du travail, à savoir : les chefs de centres, les surveillants de salles, les membres des secrétariats, les chargés de missions, les correcteurs et les présidents de jurys. Les chefs de centres sont en général les chefs d’établissements choisis « discrétionnairement »  par le MINESEC. Ce choix devient de plus en plus contestable depuis que ces postes sont outrancièrement tribalisés et clientélistes. Les surveillants de salles et les membres des secrétariats sont choisis par les chefs de centres ; ici prévalent les relations avec le chef, le mérite et les qualités professionnelles sont foulés au pied. En dehors de quelques rares chefs d’établissements objectifs, on choisit l’enseignant qui est prêt à perdre parfois jusqu’à 50% de son dû pour en faire un membre de secrétariat, pas question d’enseignant chevronné et méthodique. Il est assez fréquent de voir dans nos lycées, lors des examens officiels, des enseignants compétents raser les murs pendant que les vacataires font la pluie et le beau temps. Les pauvres vacataires sont ainsi manipulés du fait de leur statut essentiellement misérable et précaire. Les correcteurs sont choisis par l’OBC sur la base d’une fiche de correcteurs remplie en début d’année scolaire validée par le chef d’établissement et les inspecteurs de pédagogie régionaux. Les chargés de missions et les présidents de jurys sont choisis par l’OBC sur une base essentiellement clientéliste. On note parmi eux très peu d’enseignants qui ont exercé ces fonctions sur l’unique base du mérite, les relations ici comptent cash, c’est de la mafia, du « fifty fifty », ni vu ni connu. Il est important de souligner que les textes qui régissent les critères du choix des présidents de jurys aux examens probatoires et baccalauréats sont délibérément violés par l’OBC et le MINESEC. En effet, les présidents de jurys des examens baccalauréats ne sont toujours pas des Professeurs et des Maîtres de conférences comme le stipule l’article 4 (2) du décret N° 95/035 du 25 février 2005 portant organisation des examens baccalauréat car on constate que certains sont parfois des Chargés de Cours et même des assistants de nos universités. Aux examens probatoires, la quasi-totalité des présidents de jurys ne sont les professeurs des lycées et titulaires d’un doctorat comme l’exige l’arrêté N° 15/B1/10431/MINEDUC/IGP/ESG/ETP/DESG/DETP/DEXC du 22 février 2005 portant organisation des examens probatoires de l’enseignement secondaire. Ceux des enseignements des lycées remplissant ces critères sont ignorés au profit des protégés dont la désignation est contraire à la compétence et au mérite définis par les textes en vigueur. Comme nous pouvons le constater, cette manière de fonctionner ne peut que produire ces piètres prestations dont les fruits apparaissent au grand jour et qui comme une grossesse ne peut pas être cachée éternellement. L’an dernier, c’était le baccalauréat et cette année c’est le probatoire. Jusqu’à quand nos responsables pourront ils accomplir leurs tâches avec objectivité en respectant les textes qui génèrent la compétence et l’efficience ?

Troisième scandale : Comment avoir des erreurs dans un travail aussi organisé ?                                                             Les copies sont corrigées et les notes relevées, première étape pour constater les absences des candidats, puis ces copies sont déposées au Secrétariat qui vérifie à son tour la véracité des informations des correcteurs. Pendant les délibérations, chaque membre du jury a des notes à lire, la première vérification avant le report des notes consiste à l’analyse des procès-verbaux (P.V.) de surveillance pour les incidents survenus, un candidat qui est absent d’après les procès verbaux de surveillance ne saurait avoir des notes, pendant le report des notes, le Vice-Président de jury tient les en-têtes sur lesquelles il est clairement écrit ABSENT. Après le relevé des notes, les deux teneurs de P.V. confrontent les notes, questions de s’assurer d’un bon enregistrement. Le Président de jury est tenu de vérifier minutieusement les procès-verbaux avant la délibération proprement dite et l’établissement des listes définitives des admis. La chaîne est tellement longue qu’il est très difficile de croire que c’est l’affaire du candidat absent qui serait à l’origine du drame actuel. La chose ainsi vue, montre que le mal est profond et mérite une enquête minutieuse pour établir clairement les responsabilités.                                               Quatrème scandale : L’impact des résultats à répétition sur les élèves et parents.                                                                                                                                               A cette allure, on s’achemine au Cameroun vers une situation où les admis comme les refusés seront indifférents sous prétexte qu’on peut à tout moment publier des résultatscontraires. D’où vient-il que de nouveaux résultats soient publiés un mois après la rentrée scolaire ? Quelle réaction attend-on d’un parent qui a préparé la rentrée scolaire de son enfant, en achetant cahiers, livres et autres fournitures pour la classe de Terminale et qui reçoit ce couperet dans un environnement où on côtoie la misère au quotidien ? Si les promus peuvent encore avoir de belles sensations, il faut dire que, dans un cas comme dans l’autre, notre pays n’avait pas besoin de ce burlesque spectacle. La qualité de nos diplômes en avait déjà pris un grand coup avec les pourcentages de réussite préfabriqués, n’en déplaise à Monsieur le Directeur de l’OBC qui, commentant les piteux pourcentages de réussite aux examens officiels 2011, déclarait fièrement sur les antennes de la CRTV « qu’aucun camerounais n’a encore reçu le certificat d’inaptitude à l’étranger ». Il faut reconnaitre que c’est vrai en plus, mais qu’il oublie de dire que ces enfants qui se retrouvent ainsi à l’étranger ne sont pas des fils de paysans comme ce fut le cas pour lui, mais que ces compatriotes sont bien ceux qui ont des répétiteurs grassement payés et qui n’ont pas le bonheur de passer la journée affamé. A cette allure, il n’est plus question de parler de résultats définitifs dans notre pays, cela est d’autant plus vrai que même la production des diplômes qui, avant l’avènement de l’informatique était une affaire de semaines, est devenue une histoire de décennies! Les relevés de notes tiennent lieu de diplômes pendant des années! Pauvre Cameroun!

Quatrième scandale : Les déclarations inconséquentes du Directeur-Adjoint de l’OBC. Le Directeur adjoint de l’OBC, M. Ngam a fait une sortie médiatique le 13 octobre dernier pour, croyait-on éclairer l’opinion, mais il a plutôt jeté un discrédit total sur son institution, tenez plutôt : « l’OBC est une institution chargée de promouvoir le mérite et l’équité ». Comment peut promouvoir le mérite en mettant peu de sérieux dans le choix des intervenants qui sembleraient être des copains et connaissances, combien sont-ils les enseignants qui connaissent les critères de choix de leurs acteurs ? Peut-on promouvoir le mérite et l’équité en ajoutant les points aux médiocres (ceux qui ont moins de 10/20 pour satisfaire les conditions d’admission fixées par le texte en vigueur) alors que les méritants (ceux qui ont plus de 10/20 et plus) n’en reçoivent pas ? « Nous avons des enseignants qui font des erreurs » , il faut dire que nous avons des amis et connaissances qui font des erreurs, vous ne pouvez pas privilégier vos parrainés et probablement vos poches et croire que tout ira comme sur des roulettes, les enseignants qui sont choisis comme vice-président de jury et donc automatiquement teneur de Procès-verbal (P.V.), qui pourrait être l’une des sources d’erreurs ayant conduit à cette gaffe actuelle s’imposent rarement, ne serait-ce que par leur expérience professionnelle. On retrouve le plus souvent des enseignants novices qui demandent tout aux autres membres du jury plus expérimentés, situation naturellement pas plaisante pour ces derniers qui ne peuvent que retenir leur frustration. « Les échoués ont constaté par eux-mêmes en signant leurs copies », « nous sommes surpris, ils ont regardé leurs copies, ils ont calculé leurs moyennes eux-mêmes » .Comment M. Ngam peut-il être surpris, suffit-il de regarder sa copie pour être convaincu ? Ces candidats se demandent bien quel est ce jury spécial qui a délibéré pour produire le résultat qu’une mission est allée présenter. Si le fait d’avoir regardé sa copie est suffisant pour être convaincu, que dire des milliers de candidats qui ont été refusés et qui n’ont pas vu leurs copies ou calculé leurs moyennes eux-mêmes?

Pour améliorer notre processus de certification :                                                         Sans que le GCE-Board soit parfait, un pays où on prône l’équité et le mérite voudrait que les enseignants puissent bénéficier d’une égalité de traitement. Comment peut-on croire que les enseignants francophones ne connaissent pas la prise en charge du reste insuffisante de leurs collègues anglophones ? La malédiction francophone dont parlait Ambroise Kom s’abat certainement sur l’OBC, le traitement des acteurs est disproportionné et injuste. Les membres du jury doivent être considéré comme en mission et payés comme tel pour une durée de travail convenable, ceci éviterait le bâclage des délibérations qui s’étalent sur trois jours pour 6.000F (six mille francs).                                                                                                                                                             1-La délibération doit cesser d’être une formalité où les correcteurs sont obligés d’assister pour avoir le reste des frais de correction des copies.                                                                        2-Un Vice-Président de jury devrait avoir au moins 10 ans d’expérience professionnelle.                                                                         3-Les Présidents de jurys devraient respecter les critères fixés par les textes en vigueur contrairement au parrainage qui a été privilégié par l’OBC et le MINESEC.                                                                                        4-Le coût de correction de la copie du baccalauréat doit retrouver au bas mot celui du Bénin qui est de 800 FCFA.                                                                                                                                    5-Les frais de vacation d’une demi-journée devraient être au moins de 5000 FCFA ; le coût pour les concours organisés par le Ministère de la fonction Publique et de la Réforme Administrative nous en dit long.                                                                                                                                                      6-Des centres de corrections doivent être crées par région et les résultats définitifs publiés dès les sorties des salles de délibération.                                                                                              7-Il est impossible de croire que c’est à l’OBC qu’une poignée de personnes peut vérifier les résultats de tout le pays au Baccalauréat et au Probatoire. Ce travail doit être fait par les jurys à la seule condition de les mettre dans de bonnes conditions de travail. C’est le lieu ici d’attirer l’attention des décideurs qui ne mettent pas les moyens financiers nécessaires pour cette tâche régalienne dont dépend l’avenir de nos jeunes compatriotes.                                                                             8-L’OBC doit être à l’abri du besoin, le Directeur étant mal placé pour faire cette revendication dans un pays où on préfère travailler avec celui qui est le moins exigent et non celui qui est le plus méritant.

            Tenkeng Maurice , Professeur des Lycées de l’Enseignement Général , Secrétaire Général du Syndicat des Enseignants du Cameroun pour l’Afrique (SECA)
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