Le rapport récemment publié par le Fonds monétaire international au terme de la dernière mission d’une délégation de cette institution monétaire internationale au Cameroun, est plutôt satisfaisant sur l’état de santé de l’économie camerounaise : reprise de la croissance après la crise économique de 2008, endettement raisonnable, atteinte des objectifs budgétaires 2010, taux d’inflation en dessous de la norme sous-régionale….
C’est du moins l’observation que l’on peut faire si l’on exclu dudit rapport les traditionnelles réserves généralement formulées par cette institution : dépassement sur les budgets de fonctionnement et faiblesse de l’investissement public, nécessité d’élargir l’assiette fiscale du pays, environnement des affaires peu propice aux investissements, gouvernance problématique dans la gestion des finances publiques…
Mais une phrase glissée dans ce rapport indique clairement que l’institution financière internationale que dirige désormais la Française Christine Lagarde, n’apprécie pas beaucoup la réorientation du mécanisme de financement du budget de l’Etat telle que récemment adopté par l’Etat du Cameroun, qui s’endette de plus en plus sur le marché financiers à travers des emprunts obligataires (200 milliards de Fcfa en 2010 et 150 milliards projetés pour cette année) et des crédits bancaires (financement du programme thermique d’urgence, par exemple). Des options qui permettent au gouvernement de contracter des crédits à des taux parfois supérieurs à 5%, alors que le Fmi, lui, ne sert que des intérêts à taux concessionnels de… 0,5%.
Aussi, tout en se félicitant «de voir que le risque de surendettement du pays reste faible», et après avoir «signalé la forte augmentation récente des emprunts non concessionnels pour financer les projets d’infrastructures», les administrateurs du Fmi encouragent-t-ils «les autorités [camerounaises] à faire appel, dans toute la mesure du possible, à des dons ou des financements concessionnels pour financer leur programme d’investissement». Traduction en français facile: il vaut que le gouvernement camerounais, en lieu et place du marché financier et des institutions bancaires classiques, aillent plutôt s’endetter auprès de bailleurs de fonds internationaux tels que le Fmi, la Banque africaine de développement et la banque mondiale qui servent des prêts à des taux concessionnels ; ou alors négocient des dettes à faibles taux d’intérêt ou carrément des dons auprès de partenaires bilatéraux (pays amis).
Conditionnalités
24 heures après le lancement des souscriptions de l’emprunt obligataire de l’Etat (200 milliards de Fcfa) du Cameroun le 6 décembre 2010, le représentant résident du Fmi avait déjà jugé élevé le taux d’intérêt déterminé par les arrangeurs de cette opération d’appel public à l’épargne. Mais, tout en reconnaissant le caractère particulièrement attractif de ce taux d’intérêt, le ministre des Finances avait, au cours d’une rencontre avec les opérateurs économiques à Yaoundé et Douala, expliqué les motivations du gouvernement camerounais à recourir à ce type d’opération, en lieu et place des mécanismes de financements traditionnels que sont les prêts des bailleurs de fonds dont les taux d’intérêts sont plus bas.
A ce propos, la note d’information de l’emprunt obligataire précise que ce recours à un emprunt non concessionnel participe de «l’animation et le développement d’un véritable marché de la dette publique et d’ouvrir de réelles perspectives à l’essor d’un marché de la dette privée».
En plus, apprend-on dans le même document, la recherche des financements sur le marché financier est «plus aisée dans la mesure où l’Etat possède une bien meilleure maîtrise en termes de montant de capitaux à souscrire [il ya des plafonds au Fmi], de taux d’intérêt à offrir et de priorité d’accès, contrairement aux mécanismes exclusifs des dettes concessionnelles dont les procédures peuvent être longues et les conditionnalités des bailleurs de fonds internationaux subtiles», pour ne pas dire trop contraignantes.
Endettement : le Fmi fait la cour au gouvernement camerounais
L?institution n?apprécie pas que l?Etat face de plus en plus recours aux marchés financiers et les banques, au lieu de ses prêts à faible taux d?intérêt.
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