Ce dimanche 14 juillet 2013 est «un grand jour», à la Mission chrétienne de réveil international, une église, située non loin du lycée d'Anguissa à Yaoundé et non reconnue par le Ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd). Sanglé dans son costume kaki, Bernard, le pasteur dit la messe devant des fidèles conquis qui le suivent. Religieusement. Ceux-ci sont loin de se douter que l'église qu'ils fréquentent depuis des années et dont ils sont les financiers de la construction de la chapelle fonctionne dans l'illégalité, qu'elle est menacée de fermeture. «C'est vous qui m'apprenez que notre église n'est pas autorisée. Si c'est le cas, pourquoi ne vient-on pas fermer?», lance l'un des employés de l'église, fâché de ce que le reporter du Jour lui pose «trop de questions». Hermine Ngah, elle, s'étonne de ce que son église soit «une église hors la loi». Approché après la messe, le pasteur Bernard se montre discret, mais tente quand même une explication: «Mon église n'est pas une église hors la loi. Vous savez, l’autorisation d'une église, c'est à la discrétion du Chef de l'Etat. Mon église est en règle et je suis un pasteur qui respecte la loi. Ce n'est pas l'autorisation qui compte, encore que les autorités savent que mon église existe. Il y a aussi la tolérance administrative qui joue en ma faveur, car, j'ai introduit une demande et j'attends la réponse des autorités. Le pasteur Bernard sait bien de quoi il parle, quand il évoque la «tolérance administrative», car, c'est là que réside le problème.
Tolérance administrative
A cause de la tolérance administrative, des églises peuvent ouvrir les portes, même si elles ne sont pas encore autorisées. Pour preuve, une source a reconnu à la Direction des Affaires politiques du Minatd que «trois mois après avoir transmis leurs dossiers au Minatd, les responsables des églises pouvant ouvrir en attendant que le Minatd répondent». Or, comme Le Jour a pu le vérifier, les dossiers trament toujours avant que leurs destinateurs n'obtiennent des réponses. En plus, il n'existe pas un temps précis pour obtenir des réponses. Un responsable au Minatd nous a par exemple révélé qu'un dossier qui avait été envoyé en 2011 n'est arrivé qu'hier, alors que l'église a été construite et fonctionne «à merveilles».
Or, Philémon Yang, le Premier Ministre a fait savoir en novembre 2012, lors d'une séance de questions orales avec les députés, que toute personne qui aspire à ouvrir une église est obligée d'attendre l'autorisation du Chef de l'Etat. «Cet exercice et cette pratique doivent se faire dans le strict respect de la législation en vigueur. Cette législation soumet le fonctionnement de toute association religieuse à une autorisation préalable, sous la forme d'un décret du Président de la République. Ce décret, faut-il le souligner, n'intervient qu'au terme d'une étude minutieuse du dossier constitué par le postulant. Elle implique les forces de maintien de l'ordre, de la sécurité, des renseignements généraux et de la recherche extérieure ainsi que les autorités administratives du lieu d'implantation de l’Église.
A ce jour, le tableau confessionnel légal de notre pays affiche 47 Églises régulièrement autorisées à exercer. Sur le terrain malheureusement, la situation est tout autre au point où la prolifération incontrôlée des Églises et autres groupements à caractère religieux est devenue un vrai sujet de préoccupation. La lutte contre cette prolifération incombe aux autorités administratives dans leurs unités de commandement respectives. On note, par exemple, que certaines Églises ont été fermées pour tapage nocturne ou nuisance sonore. Pour prêter main forte aux autorités administratives dans cette action, le Ministère chargé de l'Administration territoriale procède à une évaluation de l'état des lieux en publiant régulièrement la liste des Églises autorisées. Comme on peut le constater, les dispositions sont prises par les pouvoirs publics pour l'assainissement de ce secteur». En termes de «dispositions», le Minatd a procédé, depuis janvier 2013, à la fermeture de certaines églises, même si ceci ne change rien sur le terrain.
Astuces
Des pasteurs ont même trouvé une autre astuce: quand leurs églises ne sont pas autorisées ou si elles sont fermées, ils contournent en s'affiliant à des églises autorisées, dont ils utilisent la bannière. Dans ce cas, l'église porte deux noms. On remarque par exemple que la «Cathédrale de la foi» (non reconnue par le Minatd, dont le promoteur n'est autre que le célèbre Dieunnedort Kamdem, porte aussi le nom de Congrégation baptiste camerounaise. Plusieurs autres pasteurs que Le Jour a rencontrés ont laissé entendre que leurs églises n'ont aucun problème, dans la mesure où l'Etat les laisse faire. «Je pense que chacun doit savoir quelles sont ses missions. Nous sommes sur terre pour servir le bon Dieu et je ne vois pas pourquoi on doit nous imposer des contraintes, puisque nous aidons le pays à évoluer. De toutes les façons, nous existons et nous avons des appuis qui nous permettront de continuer à exister», lance, l'air sûr de lui, un pasteur que nous avons rencontré il y a deux semaines.
Ateba Biwolé
Associations religieuses: Ce que dit la loi
Des critères bien définis.
C'est donc clair. Pour se regrouper en association religieuse, les responsables doivent avoir une autorisation. Celle du Président de la République qui est le seul à pouvoir autoriser une association religieuse après avis du Ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd) comme le mentionne la loi sur la liberté d'association en son article 24. Ici, on parle bien d'autorisation et non de déclaration. Pour le compte de cette année, Paul Biya a autorisé une nouvelle association religieuse. Ce n'était plus arrivé depuis 2009, année à laquelle la dernière église a été autorisée au Cameroun. Mais une floraison d'églises a vu le jour en cinq ans sans autorisation.
Cependant, il existe une procédure pour légaliser son association. C'est la Direction des Affaires politiques du Ministère de l'Administration et de la Décentralisation (Minatd) qui s'en charge. Nous avons pu avoir une copie de la procédure dans ces services. Il faut une demande timbrée adressée au Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Trois exemplaires des statuts de l'association; trois exemplaires du règlement intérieur; trois exemplaires du procès-verbal de l'Assemblée constitutive; trois exemplaires de la liste des membres du bureau Directeur ou exécutif en engagement signé et légalisé de respecter les dispositions e l'article 4 de la loi n°90/053 du 19 décembre portant sur la liberté d'association. Le dossier constitué, il est déposé à la préfecture du lieu où l'association a son siège. Puis le Préfet fait acheminer le dossier par voie hiérarchique à son destinataire (Minatd). Ensuite, le Préfet procède aux enquêtes de moralité d’âge sur les membres du bureau directeur. Le Ministère de l'administration territoriale et de la Décentralisation précise que l'élaboration des statuts doit s'inspirer profondément de la loi sur la liberté d'association.
Chrys Bisso
Cameroun - Religion: Comment les églises de réveil contournent la loi
Le Ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation ne reconnait que 48 association religieuses, alors que sur le terrain, il est difficile de les compter.
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