Cameroun : classes d'enseignants de la langue chinoise, la bonne moisson de l'ENS de Maroua (REPORTAGE)

MAROUA (CAMEROUN) -- Dans toute la côte ouest- africaine, c'est une première et à l'Ecole normale supérieure (ENS) de Maroua (Nord-Cameroun), l'enseignement de la langue et de la culture chinoises, présenté comme une filière de prédilection du département des langues, soulève un enthousiasme croissant depuis ses cinq ans d'activités auprès de la jeune élite scolarisée camerounaise.

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Rendu à sa cinquième année académique, le centre Confucius de l'ENS de Maroua, annexe de l'Institut Confucius de l'Université de Yaoundé II, au campus de l'Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), s'apprête à livrer dans un mois sa troisième cuvée d'enseignants camerounais, après trois ans de formation aux rudiments du mandarin et aux méandres de la culture chinoise.



Au total, ce sont 39 professeurs certifiés des lycées d'enseignement général (PLEG) pour la transmission des connaissances liées à cette langue et cette culture à destination des élèves des classes de 4e qui viendront enrichir les effectifs de la fonction publique camerounaise, un moment important à la fois pour les intéressés et pour le directeur du centre Confucius, le Dr Lu Shuwei.



"Tous niveaux confondus, le Centre Confucius enregistre au cours de l'année académique 2012-2013 126 étudiants. Au niveau 1, il y a 24 étudiants. Le niveau 2, réparti en deux classes, class A et class B, compte 30 étudiants dans chacune de ces classes. Le niveau 3 a un effectif de 39 étudiants ; au mois de juin, ce sera la sortie", a expliqué à Xinhua le Dr Lu.



De 15 lors de la première promotion sortie en 2011, le nombre d'enseignants formés avait doublé pour passer à 30 à l'occasion de la deuxième cuvée l'année suivante. Une partie d'entre eux, sélectionnés pour leurs bonnes performances dans le cadre de la vingtaine de bourses du gouvernement chinois mises à disposition du Cameroun tous les ans, poursuivent actuellement leurs études en Chine.



D'autres, la grande majorité, enseignent dans des établissements scolaires du pays, en l'occurrence au lycée classique de Maroua, au lycée général Leclerc de Yaoundé et au lycée Joss de Douala. Un troisième groupe s'est constitué autour de ceux ayant choisi d'exercer comme traducteurs auprès des entreprises chinoises implantées au Cameroun.



AUTRES OPPORTUNITES DE CARRIERES



Il va de soi qu'en fait du métier d'enseignant, le Centre Confucius de l'ENS de Maroua, institution pilote en Afrique centrale et de l'Ouest dotée d'une double mission d'enseignement du mandarin et de la promotion de la culture chinoise, offre d'autres opportunités de carrières professionnelles, d'où son grand attrait auprès de la jeunesse camerounaise, en provenance des quatre coins du pays.



"C'est vrai que je voudrais devenir enseignante, mais je suis aussi attirée par le métier de traducteur. Parce qu'après trois ans ici, il y a des bourses qu'on nous offre pour la Chine, afin d'aller perfectionner notre chinois. Il y a beaucoup d'entreprises qui s'implantent ici au Cameroun. Le métier de traducteur, c'est un métier d'avenir, d'après moi", confirme Victoire Ngoungouré Mfochivé.



A 21 ans, cette jeune Camerounaise, quatrième enfant d'une fratrie de neuf, n'a pas hésité, avec les encouragements de ses parents, à tourner le dos à trois ans d'études de chimie sanctionnées pourtant par l'obtention d'une licence. "Avant de venir, j'ai d'abord fait l'Ecole normale en chimie. Ce n'était pas bon, j'ai maintenant essayé le chinois, ça a marché". C'est l'un des 24 étudiants du niveau 1 du centre.



Pour Carole Astride Estelle Ngo Lissom, 23 ans et membre d'une nombreuse famille de 15 enfants, il y a aussi beaucoup à gagner dans ce choix, "vu la position actuelle de la Chine à l'échelle mondiale". "Dans nos villes, on rencontre beaucoup de Chinois. Les tout-petits ne savent pas comment leur dire bonjour. Ils disent " hi hong" (une mauvaise prononciation répandue par un texte du chanteur célèbre congolais Zao, NDLR)", rapporte-t-elle.



Du coup, justifie alors Carole qui appartient à la troisième promotion en voie de sortie, "c'est une motivation supplémentaire pour moi pour apprendre la langue". En 2010, elle se présente au concours d'entrée du centre sous réserve du baccalauréat dont elle vient à peine de subir les épreuves écrites. Un concours porté sur la connaissance de la Chine impériale et de la Chine contemporaine, ainsi que la politique du gagnant-gagnant qu'elle n'aura pas grand mal à braver.



Siméon Armand Yannick Bouli, 25 ans, étudiant de niveau 2, avoue tenir sa planche du salut, après huit concours sans succès, notamment dans l'armée et à l'Ecole normale supérieure de Yaoundé. "J'avais décidé, après une étude minutieuse et personnelle, de choisir la langue chinoise, parce qu'au vu de l'expansion chinoise à travers le monde, j'avais observé que la Chine nous offre maintenant de grandes ouvertures, notamment dans le social, culturel et aussi artistique".



"Pour l'instant, ici à l'Ecole normale, nous sommes formés pour devenir professeurs de langue et de culture chinoises. Donc, trois ans après notre formation, nous devons enseigner dans les lycées. Il est aussi possible pour nous d'être détachés dans les autres ministères, notamment aux Relations extérieures ou à la Santé, ou travailler aussi avec des sociétés chinoises qui sont implantées ici au Cameroun, en tant que traducteurs ou bien interprètes", note-t-il en outre.



Le Dr Lu lui-même l'admet : les choses ne sont pas toujours aussi simples dans ce cycle de formation, puisque, contrairement à l'espagnol, l'allemand et l'italien qui constituent les autres filières du département des langues de l'ENS de Maroua, la quasi- totalité des admis n'ont pas une base linguistique concernant la langue chinoise. En conséquence, les trois ans de formation sont jugées insuffisants pour l'acquisition des connaissances.



DEPASSER 10.000 APPRENANTS



Directeur adjoint de l'Institut Confucius de Yaoundé, son compatriote Yu Guoyang se réjouit malgré tout du rythme de progression intéressant de la diffusion de cette langue et de la civilisation chinoise sur le territoire camerounais où il dénombre plus de 3.000 inscrits six ans après la création de cette structure en 2007 lors d'une visite au Cameroun de Hu Jintao, alors président de la République populaire de Chine.



"L'institut a réalisé d'importants progrès, le nombre d'apprenants camerounais de la langue chinois est en augmentation constante. Actuellement, nous avons 14 centres d'enseignement de la langue chinoise à travers le Cameroun, à Yaoundé, à Maroua et à Douala. Cette année, nous allons ouvrir un nouveau centre à Kribi", informe Yu.



"Dans un avenir proche, ajoute-t-il, nous allons atteindre 20 voire 30 centres créés. Cela va permettre de dépasser le chiffre de 10.000 apprenants. Nous avons un plan de développement sur dix ans qui prévoit la création chaque année de deux à trois nouveaux centres. La langue et la culture chinoises deviennent de plus en plus populaires au Cameroun. Beaucoup d'établissements scolaires et universitaires s'y intéressent. Ce qui pour moi signifie que l'avenir est radieux".



D'après lui, c'est un apport indéniable pour faciliter le commerce et le partenariat entre la Chine et le Cameroun. Grâce à l'organisation chaque année d'une compétition dénommée Chinese Bridge, de nombreux jeunes Camerounais ont le privilège d'aller faire la découverte de la Chine et une immersion dans son peuple et ses cultures. Parmi les anciens lauréats, Siméon Armand Yannick Bouli qui se réjouit d'avoir représenté son pays, "avec des Américains, des Européens et d'autres".



"C'est devenu un plaisir. J'ai cultivé cet amour et puis c'est devenu une passion. Maintenant, je peux m'exprimer en chinois très facilement", dit le jeune homme.

 

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