Budget 2027 : le Cameroun augmente ses investissements publics, mais reste loin de l'objectif des 40 %
Le gouvernement camerounais annonce une hausse des investissements publics en 2027, sans toutefois garantir l'atteinte du seuil de 30 % du budget général fixé par la circulaire présidentielle du 12 octobre 2026. Entre ambitions de développement, contraintes d'endettement et nécessité d'achever les chantiers en cours, l'exécutif s'engage dans un arbitrage budgétaire délicat.
Le Cameroun veut donner davantage de moyens à l'investissement public en 2027. Mais derrière les annonces gouvernementales, une réalité demeure : le pays est encore loin de l'objectif de 40 % du budget général consacré aux investissements, inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Réuni le 27 octobre 2026 à Yaoundé, sous la présidence du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le Conseil de cabinet a annoncé une « progression appréciable » du Budget d'investissement public (BIP) pour l'exercice 2027. Une orientation qui confirme la volonté du gouvernement de soutenir les infrastructures et les projets structurants, mais qui ne s'accompagne, pour l'instant, d'aucune précision sur le montant de l'enveloppe envisagée.
Surtout, le communiqué publié à l'issue de cette réunion ne permet pas de savoir si le gouvernement respectera même le seuil minimal de 30 % du budget général fixé pour 2027 par la circulaire présidentielle du 12 octobre dernier.
Le BIP 2026 plafonne à 23,4 % du budget général
Les chiffres de l'exercice 2026 permettent de mesurer l'ampleur du chemin qui reste à parcourir.
Selon les données de la Direction générale du budget, le Budget d'investissement public s'établit à 2 031,15 milliards de FCFA en 2026, sur un budget général de 8 683,9 milliards de FCFA.
Les chiffres clés du BIP camerounais
2 031,15
Milliards FCFA – BIP 2026
8 683,9
Milliards FCFA – Budget général
23,4 %
Part du BIP en 2026
30 %
Seuil minimal annoncé pour 2027
Écart avec le seuil de 30 % : 6,6 points de pourcentage.
Autrement dit, les investissements publics représentent seulement 23,4 % des ressources budgétaires générales inscrites en 2026. Il manque donc 6,6 points de pourcentage pour atteindre le nouveau seuil minimal de 30 % annoncé pour 2027.
L'écart est encore plus important avec l'ambition de la SND30, qui prévoit de porter la part des dépenses d'investissement à 40 % du budget général.
Une précision reste essentielle : ces montants correspondent aux crédits inscrits dans la loi de finances et non aux dépenses effectivement exécutées. La capacité de l'État à transformer les autorisations budgétaires en infrastructures opérationnelles constitue donc un autre enjeu majeur.
Électricité, routes et agriculture : les priorités du gouvernement
Pour 2027, l'exécutif entend concentrer les ressources disponibles sur les projets déjà engagés. L'objectif est notamment d'accélérer leur achèvement et leur mise en service afin de produire des retombées économiques concrètes.
Le ministre de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a identifié plusieurs secteurs prioritaires.
Dans le domaine énergétique, le gouvernement entend renforcer les capacités de production, de transport et de distribution de l'électricité. Le rétablissement de l'équilibre financier du secteur figure également parmi les objectifs affichés.
Un choix stratégique pour une économie camerounaise confrontée aux difficultés d'approvisionnement énergétique, alors que les entreprises et les ménages attendent une amélioration durable de la disponibilité de l'électricité.
Les infrastructures de transport constituent un autre axe majeur. Le gouvernement souhaite accélérer les projets destinés à désenclaver les bassins de production et à fluidifier la circulation sur les principaux corridors économiques.
L'enjeu est économique : améliorer l'acheminement des marchandises, réduire les coûts logistiques et faciliter l'accès des producteurs aux marchés.
L'agriculture n'est pas oubliée. L'accélération du Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH) figure parmi les priorités retenues. Cette orientation vise à renforcer la production locale et à réduire progressivement la dépendance du Cameroun aux importations alimentaires.
La programmation 2027 prévoit également :
La reconstruction des régions affectées par les crises.
La consolidation des entreprises publiques stratégiques.
L'achèvement des projets d'investissement déjà engagés.
Le renforcement des infrastructures économiques et productives.
Louis Paul Motaze mise sur la discipline budgétaire et la maîtrise de la dette
Mais les ambitions d'investissement devront composer avec une équation financière particulièrement exigeante.
Lors du Conseil de cabinet du 27 octobre, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a annoncé que l'exercice 2027 serait placé sous le signe de la consolidation des finances publiques, de la maîtrise de l'endettement et de la constitution de marges budgétaires capables de soutenir davantage l'investissement.
Pour dégager les ressources nécessaires, le gouvernement compte intensifier la mobilisation des recettes internes non pétrolières et poursuivre la rationalisation des dépenses publiques.
En matière de financement, plusieurs leviers sont envisagés : les tirages sur prêts-projets, les financements bancaires et les émissions de titres publics.
Cette stratégie traduit une volonté de diversifier les sources de financement de l'État, tout en évitant une dégradation supplémentaire des équilibres budgétaires.
La question des engagements financiers existants reste également préoccupante. Alamine Ousmane Mey a insisté sur la nécessité de résorber progressivement les engagements accumulés, de prévenir la constitution de nouveaux arriérés et de mieux encadrer la signature des contrats publics.
Désormais, les nouveaux projets devront bénéficier d'une préparation suffisante et de financements mobilisés avant la signature des contrats. Une exigence qui vise à éviter que l'État ne multiplie les engagements financiers sans disposer des ressources nécessaires pour les honorer.
Joseph Dion Ngute exige des investissements plus sélectifs
Au terme des échanges, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a demandé une allocation « plus sélective et plus efficiente » des ressources publiques.
Le chef du gouvernement souhaite privilégier les projets suffisamment matures, susceptibles de générer des retombées économiques et sociales à court et moyen termes.
En clair, l'heure ne serait plus à la multiplication des projets sans garantie de financement, mais à une meilleure sélection des investissements capables de produire des résultats tangibles.
Cette orientation intervient dans un contexte où les retards d'exécution, les difficultés de financement et l'accumulation des engagements publics constituent des défis récurrents pour la réalisation des grands projets structurants.
Le montant du BIP 2027 encore attendu
Malgré les orientations annoncées, plusieurs inconnues demeurent. Le gouvernement n'a pas encore communiqué le montant exact du Budget d'investissement public pour 2027, ni sa répartition entre les différents secteurs prioritaires.
Le projet de loi de finances 2027 devra apporter des précisions déterminantes, notamment sur la part effectivement réservée aux investissements publics.
Le véritable test sera donc double : augmenter significativement les crédits d'investissement et garantir leur exécution effective.
Car pour les populations, les entreprises et les opérateurs économiques, l'enjeu ne se limite pas aux milliards inscrits dans les documents budgétaires. Il se mesure aussi aux routes effectivement construites, aux centrales mises en service, à l'électricité distribuée et aux projets agricoles capables de renforcer la production nationale.
Le Cameroun affiche ainsi ses ambitions pour 2027. Reste à savoir si les arbitrages budgétaires permettront de transformer cette « progression appréciable » annoncée en investissements réellement visibles sur le terrain.
Cameroon’s 2027 Budget: Public Investment to Rise, but 40% Target Remains Out of Reach
Cameroon’s government plans to increase public investment spending in 2027, but the country remains far from its target of allocating 40% of the general state budget to investment. With mounting debt constraints and ongoing infrastructure projects, the government faces a difficult balancing act between development ambitions and fiscal discipline.
Cameroon is preparing to increase its Public Investment Budget (PIB) in 2027. However, the government has yet to demonstrate how it intends to meet the investment targets set out in its National Development Strategy 2020-2030 (SND30).
At a cabinet meeting held in Yaoundé on October 27, 2026, chaired by Prime Minister Joseph Dion Ngute, the government announced an « appreciable increase » in public investment spending for the coming fiscal year.
However, the statement issued after the meeting did not disclose the projected amount or the share of the general budget that would be allocated to investment.
The announcement comes two weeks after the presidential circular of October 12, 2026, which set a minimum target of 30% of the general budget for investment expenditure in 2027.
Whether the government will meet even this threshold remains unclear.
Public investment accounted for just 23.4% of the 2026 budget
Figures from the Directorate General of the Budget show that Cameroon’s Public Investment Budget stood at CFAF 2,031.15 billion in 2026, against a total general budget of CFAF 8,683.9 billion.
This represents 23.4% of the general budget, 6.6 percentage points below the 30% minimum target set for 2027.
The gap is even wider when compared with the 40% investment ambition outlined in the National Development Strategy 2020-2030.
It is important to note that these figures refer to budget appropriations rather than actual expenditure. The effective implementation of investment projects therefore remains a separate challenge.
Electricity, roads and agriculture top the 2027 investment priorities
For 2027, the government intends to focus primarily on completing and commissioning projects already underway.
Economy Minister Alamine Ousmane Mey highlighted several strategic priorities, including strengthening electricity generation, transmission and distribution capacities.
The government also aims to restore the financial balance of the electricity sector, a key condition for improving the reliability of energy supply and supporting economic activity.
Transport infrastructure is another major priority. Authorities intend to accelerate projects designed to connect production areas and improve traffic along the country's main economic corridors.
The objective is to facilitate the movement of goods, reduce logistical costs and improve access to markets for local producers.
Agriculture will also feature prominently in the investment programme.
The government plans to accelerate the implementation of the Integrated Agro-Pastoral and Fisheries Import Substitution Plan (PIISAH), which seeks to strengthen domestic production and reduce dependence on imported food products.
Other priorities include reconstruction in regions affected by crises and the consolidation of strategic state-owned enterprises.
Finance Minister Louis Paul Motaze puts fiscal discipline at the centre of the 2027 budget
These investment ambitions will have to be pursued amid significant financial constraints.
During the same cabinet meeting, Finance Minister Louis Paul Motaze said that the 2027 fiscal year would focus on consolidating public finances, controlling public debt and creating additional fiscal space to support investment.
To achieve this, the government intends to strengthen the mobilisation of non-oil domestic revenue and continue rationalising public expenditure.
The financing strategy will rely on several sources, including project-loan disbursements, bank financing and the issuance of government securities.
The authorities also want to gradually settle existing financial commitments, prevent the accumulation of new arrears and improve the management of public contracts.
Economy Minister Alamine Ousmane Mey stressed that new contracts should only be signed once projects have been adequately prepared and the necessary financing secured.
This approach is intended to prevent the state from accumulating financial obligations that it may be unable to honour.
Joseph Dion Ngute calls for more selective public spending
At the end of the meeting, Prime Minister Joseph Dion Ngute called for a « more selective and efficient » allocation of public resources.
He urged government officials to prioritise projects that are sufficiently mature and capable of delivering tangible economic and social benefits in the short and medium term.
The message is clear: Cameroon wants to focus its limited resources on projects that can be completed and generate measurable results, rather than multiplying commitments without adequate financing.
This approach comes amid persistent challenges involving project delays, financing constraints and the accumulation of public financial commitments.
The 2027 investment budget is still to be disclosed
Despite the government's announcements, key details remain unknown.
The authorities have yet to disclose the exact amount of the 2027 Public Investment Budget or its sectoral breakdown.
The 2027 Finance Bill is expected to provide further details on the resources allocated to public investment and the government's ability to meet its targets.
Ultimately, the challenge will be twofold: significantly increasing investment appropriations while ensuring that the funds are effectively spent.
For households, businesses and economic operators, the real measure of public investment is not simply the billions announced in budget documents. It is the completion of roads, the commissioning of power plants, improved electricity distribution and agricultural projects capable of increasing domestic production.
Cameroon is therefore entering 2027 with ambitious investment plans, but the success of its strategy will depend on its ability to reconcile development priorities, fiscal discipline and effective project implementation.
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Didier Cebas K.
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