BVMAC : 3,5 milliards d’arriérés des États, une Bourse régionale qui respire artificiellement
Douala, 28 octobre 2026 – La facture est salée et elle s’alourdit. Au 30 septembre 2026, les États de la CEMAC devaient encore 3,5 milliards de FCFA à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Ce chiffre, rendu public à l’issue de la 26e session ordinaire du conseil d’administration tenue le 26 octobre à Douala, représente près de 3,8 fois le chiffre d’affaires réalisé par l’entreprise de marché en 2025. La direction de la BVMAC ne tourne pas autour du pot : ces impayés fragilisent gravement sa trésorerie et appellent une intervention urgente des instances communautaires.
Le problème n’est pas nouveau. Dans son rapport annuel 2024, la Bourse indiquait déjà plus de 3 milliards de FCFA d’arriérés au 31 décembre 2024. Ces créances concernent principalement des frais d’introduction en Bourse et des commissions de capitalisation facturés aux émetteurs souverains. Elles n’ont rien à voir avec les intérêts ou les remboursements dus aux investisseurs qui ont souscrit les emprunts obligataires des États.
Le Cameroun figure parmi les débiteurs identifiés. En avril 2024, Yaoundé avait transmis un plan d’apurement de 2,290 milliards de FCFA. Ce calendrier n’a pas été respecté. Les informations disponibles après le conseil d’octobre 2026 ne permettent pas de savoir précisément ce qui reste dû par le Cameroun ni comment se répartissent les 3,5 milliards entre les six États membres.
Une trésorerie qui s’effondre
Pendant que les États traînent les pieds, les comptes de la BVMAC se dégradent. Selon les données du rapport annuel 2025 (rapportées par Sika Finance en septembre 2026), la trésorerie active a chuté de 67,9 %, passant de 2,513 milliards de FCFA fin 2024 à 805,6 millions un an plus tard. L’entreprise a même dû solliciter une avance de trésorerie d’un milliard de FCFA auprès d’une banque.
Sur le plan de l’exploitation, la Bourse a enregistré une perte nette de 454,5 millions de FCFA en 2025 (contre 322,2 millions en 2024). Le chiffre d’affaires a pourtant progressé de 5,8 % pour atteindre 927,3 millions de FCFA. Mais les charges ont augmenté encore plus vite (+18,2 %), à 1,333 milliard de FCFA. Résultat : l’activité ne couvre plus les coûts. Le conseil d’administration a également pris acte d’un déficit budgétaire provisoire à fin septembre 2026, sans en préciser le montant.
Le Dépositaire central unique qui n’arrive jamais
À ces arriérés s’ajoute un autre poids : le retard du Dépositaire central unique (DCU) de la CEMAC. Le 26 juin 2025, la BVMAC a décaissé 2,080 milliards de FCFA pour libérer sa participation au capital de la future structure. Selon ses dirigeants, chaque mois de retard coûte environ 10 millions de FCFA de manque à gagner. Depuis 2019, la BEAC assure ces fonctions de manière transitoire. Les 2,080 milliards ne sont pas une créance sur les États, mais des ressources immobilisées qui ne génèrent toujours pas les revenus attendus.
Face à cette double pression, le conseil d’administration a mandaté son président, Henri-Claude Oyima, et la direction générale pour engager des démarches urgentes auprès des instances communautaires. Aucun échéancier de remboursement ni calendrier définitif de mise en service du DCU n’a été annoncé.
Renaprov Finance : une introduction sous conditions
Dans le même conseil, la BVMAC a autorisé l’introduction de Renaprov Finance SA sur le compartiment E-PME, sous réserve de la non-opposition de la Cosumaf. L’établissement camerounais de microfinance avait vu son dossier refusé « en l’état » le 5 août 2026. L’appel public à l’épargne lancé en décembre 2025 n’a permis de lever que 1,092 milliard de FCFA (52 019 actions à 21 000 FCFA), soit seulement 13 % des 8,4 milliards initialement recherchés. Les titres ont été admis aux mécanismes du DCU dès le 30 juin 2026, mais pas encore à la cote.
Le comité d’admission avait notamment relevé un litige foncier non mentionné dans le prospectus (terrain valorisé 55 millions de FCFA dans le bilan) et demandé des précisions sur l’agrément du commissaire aux comptes. Renaprov a apporté des éléments de réponse en septembre, mais le communiqué du 26 octobre reste discret sur les points qui ont permis de lever les réserves. Un Listing Sponsor devra accompagner la société pendant au moins douze mois. Aucune date de première cotation n’a été communiquée.
La BVMAC se trouve donc à la croisée des chemins. D’un côté, elle tente de dynamiser le marché avec de nouvelles introductions. De l’autre, elle subit les conséquences de l’indiscipline budgétaire des États et des retards structurels du marché régional. Sans règlement rapide des arriérés et sans accélération du DCU, la Bourse centrale risque de continuer à vivre sous perfusion. Le temps presse.
BVMAC Under Pressure: CEMAC States Owe 3.5 Billion FCFA as Regional Exchange Cash Position Collapses
Douala, 28 October 2026 – The bill is heavy and growing. As of 30 September 2026, CEMAC member states still owed 3.5 billion FCFA to the Central African Securities Exchange (BVMAC). This figure, released after the 26th ordinary board meeting held on 26 October in Douala, represents nearly 3.8 times the market operator’s 2025 turnover. BVMAC management is clear: these unpaid amounts are severely straining its cash position and require urgent intervention by community institutions.
The problem is not new. In its 2024 annual report, the exchange already reported more than 3 billion FCFA in arrears as of 31 December 2024. These receivables mainly relate to listing fees and capitalisation commissions charged to sovereign issuers. They are distinct from interest and principal repayments owed to investors who subscribed to the states’ bond issues.
Cameroon is among the identified debtors. In April 2024, the government submitted a repayment schedule covering 2.290 billion FCFA. That schedule was not respected. Information released after the October 2026 board meeting does not clarify Cameroon’s remaining balance or the breakdown of the 3.5 billion among the six member states.
Cash position in free fall
While states delay payments, BVMAC’s accounts are deteriorating. According to 2025 annual report data reported by Sika Finance in September 2026, active cash dropped 67.9%, from 2.513 billion FCFA at the end of 2024 to 805.6 million a year later. The company also had to secure a 1 billion FCFA cash advance from a bank.
On the operating side, BVMAC posted a net loss of 454.5 million FCFA in 2025 (versus 322.2 million in 2024). Turnover rose 5.8% to 927.3 million FCFA, but expenses climbed faster (+18.2%) to 1.333 billion FCFA. Activity is no longer covering costs. The board also noted a provisional budget deficit at the end of September 2026 without disclosing the amount.
The long-delayed Central Securities Depository
Compounding the problem is the delay of the CEMAC Central Securities Depository (DCU). On 26 June 2025, BVMAC disbursed 2.080 billion FCFA to free its capital contribution to the future entity. Management estimates the monthly opportunity cost of the delay at around 10 million FCFA. Since 2019, the BEAC has performed these functions on a transitional basis. The 2.080 billion is not a claim on the states but locked capital that is not yet generating expected returns.
In response, the board mandated its chairman, Henri-Claude Oyima, and the executive management to take urgent steps with the competent community bodies. No repayment schedule for the arrears or definitive launch date for the DCU has been announced.
Renaprov Finance: conditional listing approval
At the same meeting, BVMAC authorised the introduction of Renaprov Finance SA on the E-PME segment, subject to non-opposition by Cosumaf. The Cameroonian microfinance institution had seen its application refused “as is” on 5 August 2026. Its public offering launched in December 2025 raised only 1.092 billion FCFA (52,019 shares at 21,000 FCFA), just 13% of the 8.4 billion initially targeted. The shares were admitted to DCU mechanisms on 30 June 2026 but have not yet been listed.
The admissions committee had raised a land dispute not disclosed in the prospectus (asset carried at 55 million FCFA) and questions about the auditor’s accreditation. Renaprov provided some clarifications in September, but the 26 October communiqué remains discreet on the elements that allowed the reserves to be lifted. A Listing Sponsor will accompany the company for at least twelve months. No first trading date has been announced.
BVMAC stands at a crossroads. It is trying to energise the market with new listings while suffering the consequences of states’ budgetary indiscipline and structural delays in the regional market architecture. Without swift settlement of arrears and acceleration of the DCU, the regional exchange risks remaining on life support. Time is running out.
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