Cameroun-Tchad : 145 milliards de FCFA pour l’interconnexion électrique, mais un calendrier repoussé à 2030

Cameroun-Tchad : 145 milliards de FCFA pour l’interconnexion électrique, mais un calendrier repoussé à 2030

Le Cameroun chiffre à 145,2 milliards de FCFA la première phase de son interconnexion électrique avec le Tchad. Travaux, financement et calendrier : les détails.

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Interconnexion électrique Cameroun-Tchad : 145 milliards de FCFA pour une première phase visant 2030


Le Cameroun chiffre à 221,3 millions d’euros, soit environ 145,2 milliards de FCFA, la première phase de son interconnexion électrique avec le Tchad. Le projet prévoit 426 kilomètres de lignes à haute tension et un transit de 100 MW à l’horizon 2030. Mais le financement, le périmètre des travaux et l’approbation formelle de la restructuration restent des points de vigilance.


Le projet d’interconnexion électrique entre le Cameroun et le Tchad franchit une nouvelle étape, mais son calendrier s’éloigne de l’échéance initialement envisagée. La première phase de la composante transfrontalière est désormais évaluée à 221,3 millions d’euros, soit environ 145,2 milliards de FCFA, selon les conclusions d’une mission d’évaluation de la restructuration du Projet d’interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad (PIRECT), conduite par la Banque africaine de développement (BAD) du 12 au 16 octobre 2026.


Cette nouvelle estimation porte sur une configuration technique réduite, destinée à permettre une mise en exploitation progressive des infrastructures. L’objectif annoncé est d’atteindre un transit d’électricité de 100 mégawatts (MW) vers le Tchad à l’horizon 2030.


Attention toutefois à ne pas confondre cette estimation avec une nouvelle enveloppe de financement déjà approuvée. La communication de l’Unité de gestion du PIRECT présente un coût prévisionnel pour la première phase de l’option de restructuration dite « 2-bis ». Elle ne confirme ni l’approbation d’un financement supplémentaire de 145,2 milliards de FCFA ni la couverture intégrale des dépenses.


426 kilomètres de lignes à haute tension au programme


Le dispositif technique annoncé prévoit la construction de 426 kilomètres de lignes électriques à 225 kilovolts (kV), notamment sur les axes Wouro-Soua–Garoua II et Maroua–frontière tchadienne, avec les raccordements associés.


Les infrastructures comprennent également la construction d’un nouveau poste électrique à Garoua II, ainsi que l’extension des postes de Wouro-Soua, dans l’Adamaoua, et de Maroua, dans l’Extrême-Nord.


Ces ouvrages doivent constituer le socle de la première phase de l’interconnexion transfrontalière. Celle-ci doit être distinguée de l'autre composante du PIRECT, consacrée à l’interconnexion des réseaux électriques interconnectés Sud et Nord du Cameroun.


Au-delà de la construction des lignes et des postes, l’Unité de gestion indique que les plans d’action de réinstallation et les mesures de gestion environnementale et sociale seront intégrés au dispositif de financement de la BAD.


L’exploitation commerciale de l’interconnexion doit s’appuyer sur la Société camerounaise d’électricité (Socadel), anciennement Eneo, et TchadElec. La Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) doit assurer la supervision technique du dispositif.


Un déficit de financement de 287 milliards de FCFA déjà signalé en 2025


Le nouveau chiffrage intervient après plusieurs révisions du montage financier du projet. En novembre 2025, le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, avait annoncé devant les députés un déficit de financement de 287 milliards de FCFA pour la composante transfrontalière.


Ce besoin supplémentaire avait été réparti entre les deux pays, à raison de 150 milliards de FCFA pour le Cameroun et de 137 milliards pour le Tchad. L’information avait notamment été rapportée par Sika Finance le 8 décembre 2025.


Face à ces contraintes financières, le Comité technique conjoint du projet avait retenu, le 7 août 2025, l’option de restructuration « 2-bis ». Le principe consiste à réaliser les infrastructures par étapes, en privilégiant les ouvrages nécessaires à une première exploitation de l’interconnexion.


La Cellule d’exécution des projets de TchadElec a confirmé cette orientation dans une publication des 20 et 21 octobre 2026. Selon cette structure, la révision des études et des dossiers d’appels d’offres élaborés en 2017 a mis en évidence une hausse des coûts et un déficit de financement. Les partenaires ont donc décidé de recentrer la première phase sur les travaux susceptibles d’être réalisés avec les ressources disponibles.


Il serait cependant prématuré de conclure que le déficit financier de 2025 a été résorbé. Les 150 milliards de FCFA annoncés pour le Cameroun correspondaient à un besoin de financement supplémentaire, tandis que les 145,2 milliards de FCFA représentent le coût estimé d’un périmètre technique réduit. Les deux montants ne mesurent donc pas la même chose.


La communication du PIRECT ne précise ni la répartition des 145,2 milliards de FCFA entre les différents ouvrages ni le montant des financements déjà mobilisés pour cette première phase. L’ampleur du besoin de financement restant à couvrir ne peut donc pas être déterminée à partir de ces seules données.


Un écart de 6,4 kilomètres entre le nouveau périmètre et les appels d’offres


Un autre point mérite attention : le linéaire annoncé en octobre ne correspond pas exactement à celui des marchés publiés deux mois auparavant.


Les appels d’offres diffusés par la BAD les 12 et 13 août 2026 portaient sur 419,6 kilomètres de lignes à 225 kV côté camerounais. La nouvelle communication du PIRECT fait désormais état de 426 kilomètres, soit un écart de 6,4 kilomètres.


Le découpage initial des marchés prévoyait notamment :




  • 227 kilomètres entre Wouro-Soua et Garoua II ;




  • 10,6 kilomètres de raccordements autour de Garoua II ;




  • 180 kilomètres entre Maroua et Kousséri ;




  • 2 kilomètres entre Kousséri et la frontière tchadienne.




Les documents disponibles ne permettent pas d’expliquer précisément cette différence de linéaire.


Le poste électrique de Kousséri soulève également une interrogation. Sa construction figurait comme tranche conditionnelle dans l’appel d’offres d’août consacré aux postes de transformation. Or, la présentation de la première phase publiée en octobre mentionne explicitement Garoua II, Wouro-Soua et Maroua, sans détailler le statut de Kousséri.


Il reste donc à déterminer si cet ouvrage est compris dans l’estimation de 221,3 millions d’euros ou s’il est renvoyé à une phase ultérieure.


Des appels d’offres engagés, mais une mise en service qui s’éloigne


Les procédures de passation des marchés sont déjà engagées. Selon les avis publiés, les entreprises intéressées doivent soumettre leurs offres au plus tard le 18 novembre 2026 pour les postes électriques et le 19 novembre pour les lignes.


Les documents de la Sonatrel prévoient une durée d’exécution de 34 mois après la contractualisation. Ce délai doit être pris en compte pour apprécier le calendrier réel du projet, au-delà des objectifs annoncés.


Dans une analyse publiée le 8 septembre 2026, Investir au Cameroun estimait déjà que les principaux travaux ne pourraient pas être achevés à l’échéance initiale de fin 2027.


Fin 2025, le gouvernement camerounais envisageait une mise en service de la première phase à la fin de 2028. La communication d’octobre 2026 fixe désormais à 2030 l’horizon visé pour le transit de 100 MW vers le Tchad.


Cet objectif constitue un repère opérationnel, mais ne doit pas être interprété comme une date de mise en service définitivement garantie. Le respect du calendrier dépendra notamment de la finalisation des procédures de passation des marchés, de la signature des contrats et de l’exécution effective des travaux.


La restructuration doit encore franchir l’étape de l’approbation formelle


La finalisation de l’évaluation technique par l’équipe camerounaise ne signifie pas que toutes les autorisations nécessaires à la restructuration ont été obtenues.


Dans sa communication des 20 et 21 octobre 2026, la Cellule d’exécution des projets de TchadElec précise que l’approbation de la restructuration constitue un préalable à la signature des contrats.


Une mission réunissant notamment la BAD, les autorités tchadiennes et l’ingénieur-conseil s’est tenue à N’Djamena du 19 au 23 octobre. Ses travaux portent sur la préparation du rapport de restructuration, la révision des conditions de financement et l’actualisation du calendrier d’exécution.


L’issue de cette étape sera déterminante pour la suite du projet. Tant que les approbations requises et les conditions contractuelles ne sont pas confirmées, l’estimation financière et l’objectif de 2030 doivent être considérés comme des éléments de planification, et non comme la preuve que les travaux sont entièrement financés et que leur achèvement est garanti.


Un enjeu énergétique et économique pour les deux pays


Pour le Cameroun et le Tchad, l’interconnexion électrique représente un enjeu de coopération régionale et de développement des échanges d’énergie. Le projet doit permettre de mettre en place les infrastructures nécessaires au transit transfrontalier d’électricité, avec une capacité visée de 100 MW à l’horizon 2030.


Mais le passage des études aux ouvrages opérationnels dépendra de plusieurs facteurs : la disponibilité des financements, la validation de la restructuration, la clarification du périmètre technique et le respect des délais de réalisation.


Avec une première phase estimée à 145,2 milliards de FCFA, le PIRECT dispose désormais d’un nouveau cadrage financier et technique. Le principal défi reste de transformer cette planification en infrastructures effectivement construites, raccordées et aptes à assurer les échanges d’électricité entre les deux pays.











Cameroon-Chad Electricity Interconnection: CFAF 145 Billion for First Phase as Target Shifts to 2030


Cameroon has estimated the first phase of its electricity interconnection project with Chad at €221.3 million, equivalent to approximately CFAF 145.2 billion. The project includes 426 kilometres of high-voltage transmission lines and aims to enable electricity transfers of 100 MW to Chad by 2030. However, financing, the scope of works and formal approval of the restructuring remain key issues.


The Cameroon-Chad electricity interconnection project has reached a new stage, although its implementation timeline is moving further away from the original schedule. The first phase of the cross-border component is now estimated at €221.3 million, or approximately CFAF 145.2 billion, according to an assessment mission conducted by the African Development Bank (AfDB) from 12 to 16 October 2026 as part of the restructuring of the Cameroon-Chad Electricity Network Interconnection Project (PIRECT).


The new estimate covers a reduced technical configuration designed to enable the infrastructure to be commissioned progressively. The stated objective is to achieve electricity transfers of 100 megawatts (MW) to Chad by 2030.


However, the estimated cost should not be confused with a newly approved financing package. The PIRECT Project Management Unit has presented a projected cost for the first phase under the so-called “2-bis” restructuring option. Its communication does not confirm approval of additional funding worth CFAF 145.2 billion or establish that the entire cost is already covered by available financing.


426 kilometres of high-voltage transmission lines planned


The proposed technical configuration includes 426 kilometres of 225-kilovolt (kV) transmission lines, particularly along the Wouro-Soua–Garoua II and Maroua–Chadian border corridors, together with the associated connections.


The infrastructure programme also includes the construction of a new substation at Garoua II and the expansion of existing substations at Wouro-Soua, in the Adamawa Region, and Maroua, in the Far North Region.


These facilities are expected to form the backbone of the first phase of the cross-border interconnection. This component should be distinguished from the other part of PIRECT, which is intended to connect Cameroon's interconnected Southern and Northern electricity networks.


Beyond transmission lines and substations, the Project Management Unit says resettlement action plans and environmental and social management measures will be incorporated into the AfDB financing framework.


Commercial electricity exchanges are expected to involve Cameroon Electricity Company (Socadel), formerly Eneo, and ChadElec. The National Electricity Transmission Company (Sonatrel) is expected to provide technical supervision.


CFAF 287 billion financing gap reported in 2025


The latest estimate follows several revisions to the project's financial structure. In November 2025, Cameroon's Minister of Water Resources and Energy, Gaston Eloundou Essomba, told members of parliament that the cross-border component faced a financing gap of CFAF 287 billion.


The additional funding requirement was divided between the two countries, with CFAF 150 billion allocated to Cameroon and CFAF 137 billion to Chad. Sika Finance reported the announcement on 8 December 2025.


In response to these financial constraints, the project's Joint Technical Committee selected the “2-bis” restructuring option on 7 August 2025. The approach involves implementing the infrastructure in stages, prioritising facilities needed to begin operating the interconnection.


ChadElec's Project Implementation Unit confirmed this change of direction in a publication dated 20 October 2026 and updated the following day. According to the unit, a review of studies and tender documents prepared in 2017 revealed higher costs and a financing shortfall. The partners therefore decided to limit the first phase to works that could be delivered with available resources.


It would nevertheless be premature to conclude that the financing gap reported in 2025 has been eliminated. The CFAF 150 billion previously identified for Cameroon represented an additional funding requirement, whereas the new CFAF 145.2 billion figure is the estimated cost of a reduced technical scope. The two figures therefore measure different things.


The PIRECT communication does not break down the CFAF 145.2 billion estimate by infrastructure component or specify how much funding has already been secured for the first phase. The outstanding financing requirement cannot therefore be established from these figures alone.


A 6.4-kilometre discrepancy with the August tenders


The technical scope presented in October also differs slightly from the one included in tender notices published two months earlier.


AfDB tender notices issued on 12 and 13 August 2026 covered 419.6 kilometres of 225 kV transmission lines on the Cameroonian side. The latest PIRECT communication refers to 426 kilometres, a difference of 6.4 kilometres.


The original tender packages included:




  • 227 kilometres between Wouro-Soua and Garoua II;




  • 10.6 kilometres of connections around Garoua II;




  • 180 kilometres between Maroua and Kousséri;




  • 2 kilometres between Kousséri and the Chadian border.




The available documents do not explain the discrepancy between the two announced lengths.


The status of the Kousséri substation also remains unclear. Its construction was included as a conditional tranche in the August tender for substations. However, the October presentation of the first phase explicitly mentions Garoua II, Wouro-Soua and Maroua without detailing the position of Kousséri.


It remains to be established whether the substation is included in the €221.3 million estimate or has been deferred to a later phase.


Tendering is under way, but commissioning is moving further away


Procurement procedures have already begun. According to the published notices, interested companies have until 18 November 2026 to submit bids for the substations and until 19 November for the transmission lines.


Sonatrel's tender documents provide for a construction period of 34 months after contract award. This timeframe is important when assessing the project's actual implementation schedule.


In an analysis published on 8 September 2026, Investir au Cameroun had already concluded that the main works could not be completed by the original end-2027 deadline.


At the end of 2025, the Cameroonian government was considering commissioning the first phase by the end of 2028. The October 2026 communication now sets 2030 as the target horizon for electricity transfers of 100 MW to Chad.


This is an operational target, not a guaranteed commissioning date. Meeting the deadline will depend on the completion of procurement procedures, contract signing and the effective execution of the works.


Formal approval of the restructuring is still required


The completion of the technical assessment by the Cameroonian team does not mean that all the approvals required for restructuring have been secured.


In its communication dated 20 October and updated on 21 October 2026, ChadElec's Project Implementation Unit stated that approval of the restructuring is a prerequisite for contract signing.


A mission involving the AfDB, Chadian authorities and the consulting engineer took place in N'Djamena from 19 to 23 October. Its work includes preparing the restructuring report, reviewing financing conditions and updating the implementation schedule.


The outcome of this process will be crucial to the project's next stage. Until the necessary approvals and contractual conditions are confirmed, the cost estimate and the 2030 target should be treated as planning parameters rather than evidence that the works are fully funded or guaranteed to be completed on schedule.


A strategic energy and economic project for both countries


For Cameroon and Chad, the electricity interconnection is an important regional cooperation initiative aimed at developing cross-border energy trade. The project is expected to provide the infrastructure required to transfer electricity between the two countries, with a target capacity of 100 MW by 2030.


However, progress from planning to operational infrastructure will depend on several factors: financing availability, approval of the restructuring, clarification of the technical scope and compliance with construction schedules.


With the first phase estimated at CFAF 145.2 billion, PIRECT now has a revised financial and technical framework. The main challenge is to turn this plan into completed, connected infrastructure capable of supporting electricity exchanges between Cameroon and Chad.






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Moussa Nassourou


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