Données publiques : la Déclaration de Yaoundé veut ramener l’hébergement sur le sol africain d’ici 2030
YAOUNDÉ – Où dorment les données de l’État ? La question devient stratégique. Adoptée le 17 octobre 2026 à l’issue du salon E-Gov’A, la Déclaration de Yaoundé sur l’e-gouvernance et l’intelligence artificielle en Afrique propose aux États du continent de viser 100 % d’hébergement sur leur territoire pour leurs données publiques classifiées critiques ou souveraines, à l’horizon 2030. Pour les exploitants de datacenters et les fournisseurs de cloud, le signal est fort. Mais il s’agit d’une orientation, pas encore d’une commande.
« Local First, African First » : le principe
Le texte recommande aux administrations de privilégier l’hébergement national de leurs données. Lorsque les capacités locales sont insuffisantes et que la nature des informations le permet, il préconise de se tourner vers des infrastructures situées dans un autre pays africain, plutôt que vers des prestataires qui hébergent les données hors du continent. Cette préférence est résumée par la formule « Local First, African First ».
Un marché potentiel pour les opérateurs
Si cette orientation était reprise dans les politiques nationales, elle pourrait faire croître la demande de stockage, de sauvegarde, de traitement et de sécurisation des données administratives. La Déclaration encourage d’ailleurs les investissements publics et privés dans les centres de données, les capacités de calcul et les services cloud, ainsi que le développement d’infrastructures régionales mutualisées.
Au Cameroun, des capacités d’hébergement existent déjà
Le pays dispose de plusieurs infrastructures susceptibles de répondre à une partie de ces besoins. L’opérateur public Camtel exploite un datacenter à Zamengoé, près de Yaoundé, qui propose des services d’hébergement local. À Douala, l’entreprise ST Digital dispose d’un centre de données destiné aux entreprises et aux administrations. La ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, avait visité cette infrastructure en juillet 2025.
La Déclaration pourrait donc intéresser des opérateurs déjà présents sur le marché camerounais. Elle ne permet toutefois pas de savoir si leurs capacités actuelles suffiraient à un objectif d’hébergement national généralisé des données publiques critiques.
Ce que l’on ne sait pas encore
Pour mesurer les investissements nécessaires, il faudrait d’abord connaître le volume des données administratives concernées, leur localisation actuelle, leur sensibilité et les capacités techniques disponibles. Les éléments rendus publics par les organisateurs du salon ne fournissent pas ces informations. Ils ne comportent pas non plus d’enveloppe financière spécifique au Cameroun, ni de calendrier national de construction de nouveaux datacenters.
L’objectif de 2030 reste, à ce stade, une orientation proposée aux États. Son adoption lors d’un salon professionnel ne crée pas, à elle seule, d’obligations nouvelles pour les administrations africaines. Chaque pays devra définir les catégories de données soumises à des exigences de localisation et les conditions dans lesquelles des fournisseurs publics ou privés pourraient les héberger.
Le cadre juridique camerounais
Au Cameroun, la réflexion devra tenir compte de la loi du 23 décembre 2024 relative à la protection des données à caractère personnel, qui encadre le traitement des informations personnelles, notamment leurs transferts internationaux. La localisation des données publiques critiques pose toutefois une question plus large, car elle peut concerner des informations administratives qui ne sont pas nécessairement des données personnelles.
Pour les opérateurs de datacenters, l’ouverture éventuelle de nouveaux marchés dépendra donc des décisions de l’État sur la classification des données, des budgets consacrés à leur hébergement et des exigences imposées aux prestataires. La Déclaration ne constitue ni une attribution de marché ni une garantie de revenus supplémentaires pour les entreprises du secteur.
Un observatoire pour suivre les engagements
La Déclaration prévoit la création d’un Observatoire de l’e-gouvernement et de l’intelligence artificielle en Afrique. Son secrétariat permanent doit être assuré conjointement par Smart Click Africa et Digital Business Africa, les deux organisateurs d’E-Gov’A.
Cette structure devra notamment développer un baromètre africain de l’e-gouvernance et de l’intelligence artificielle, publier un rapport annuel et dresser une cartographie des services publics numériques et des infrastructures associées. Les gouvernements, administrations et organisations qui adhèrent à la Déclaration seront encouragés à retenir jusqu’à trois engagements mesurables avant la prochaine édition du salon.
Ce dispositif devrait permettre de suivre les initiatives nationales. Mais dans leur communication publiée le 21 octobre, les organisateurs n’ont pas présenté de portefeuille d’investissements ou de marchés publics permettant de chiffrer les retombées de l’objectif de 2030 pour les exploitants de datacenters.
À retenir : la souveraineté numérique africaine a désormais un mot d’ordre et une échéance. Reste le plus difficile : transformer une déclaration en budgets, en décrets de classification des données et en contrats.
Public data: Africa wants to keep it all at home by 2030, and Cameroon’s data centers are in the race
100% African hosting of critical public data by 2030: what the Yaoundé Declaration says, what it leaves out, and what it means for Camtel, ST Digital and the cloud market.
Public data: the Yaoundé Declaration wants African governments to host critical data on African soil by 2030
YAOUNDÉ – Where does the state’s data sleep? The question is becoming strategic. Adopted on October 17, 2026 at the close of the E-Gov’A trade show, the Yaoundé Declaration on e-governance and artificial intelligence in Africa proposes that African states aim for 100% in-country hosting of their classified critical or sovereign public data by 2030. For data center operators and cloud providers, the signal is strong. But it is a policy direction, not yet a purchase order.
“Local First, African First”: the principle
The text recommends that administrations give priority to national hosting of their data. Where local capacity is insufficient and the nature of the information allows it, it advises turning to infrastructure located in another African country rather than to providers that host data outside the continent. This preference is summed up in the phrase “Local First, African First.”
A potential market for operators
If this direction were taken up in national policies, it could increase demand for storage, backup, processing and security of administrative data. The Declaration also encourages public and private investment in data centers, computing capacity and cloud services, as well as the development of shared regional infrastructure.
In Cameroon, hosting capacity already exists
The country has several facilities that could meet part of these needs. State-owned operator Camtel runs a data center in Zamengoé, near Yaoundé, offering local hosting services. In Douala, ST Digital operates a data center aimed at businesses and government bodies. Posts and Telecommunications Minister Minette Libom Li Likeng visited that facility in July 2025.
The Declaration could therefore interest operators already present in the Cameroonian market. However, it does not make clear whether their current capacity would be enough for a generalized national hosting target for critical public data.
What is still unknown
To gauge the investment required, one would first need to know the volume of administrative data concerned, where it is currently stored, how sensitive it is and what technical capacity is available. The information released by the show’s organizers does not provide this. Nor does it include a Cameroon-specific funding envelope or a national timetable for building new data centers.
The 2030 target remains, for now, a direction proposed to states. Its adoption at a trade show does not by itself create new obligations for African administrations. Each country will have to define which categories of data are subject to localization requirements and under what conditions public or private providers could host them.
Cameroon’s legal framework
In Cameroon, this discussion will also have to take into account the law of December 23, 2024 on the protection of personal data, which regulates the processing of personal information, including international transfers. Localizing critical public data raises a broader question, however, since it may cover administrative information that is not necessarily personal data.
For data center operators, any new market will therefore depend on state decisions on data classification, on the budgets allocated to hosting, and on the requirements imposed on providers. The Declaration is neither a contract award nor a guarantee of additional revenue for companies in the sector.
An observatory to track commitments
The Declaration provides for the creation of an Observatory on e-government and artificial intelligence in Africa. Its permanent secretariat is to be run jointly by Smart Click Africa and Digital Business Africa, the two organizers of E-Gov’A.
The body is to develop an African barometer of e-governance and AI, publish an annual report and map digital public services and related infrastructure. Governments, administrations and organizations that sign on to the Declaration will be encouraged to adopt up to three measurable commitments before the next edition of the show.
This mechanism should make it possible to track national initiatives. But in their statement published on October 21, the organizers did not present an investment portfolio or public procurement pipeline that would allow the impact of the 2030 target on data center operators to be quantified.
Key takeaway: African digital sovereignty now has a slogan and a deadline. The hardest part remains: turning a declaration into budgets, data classification decrees and contracts.
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