FMI : les 300 milliards de FCFA promis au Cameroun en 2027 suspendus à une décision de Paul Biya
Le Cameroun peut-il se permettre de passer à côté de 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires en 2027 ? Alors que cette enveloppe figure dans les prévisions du gouvernement, Yaoundé n'a toujours pas officiellement demandé l'ouverture de négociations pour conclure un nouveau programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI). Une attente qui place les autorités face à un double défi : obtenir le feu vert politique nécessaire au lancement des discussions et présenter une trajectoire budgétaire compatible avec les engagements de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC).
Dans un entretien accordé à Investir au Cameroun à l'issue des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, confirme que les arguments en faveur d'un nouvel accord ont déjà été soumis aux autorités camerounaises. « Nous attendons leur réaction pour entamer les discussions », explique-t-il, sans annoncer de calendrier.
Un nouvel accord toujours en attente depuis la fin du précédent
Le dossier n'est pas nouveau. Dès le Conseil de cabinet du 30 octobre 2025, Louis-Paul Motaze avait plaidé pour la conclusion d'un nouveau programme avec le FMI, après l'expiration du précédent en juillet 2025. La décision devait alors être soumise à l'arbitrage du président de la République, Paul Biya.
Près d'un an plus tard, la position du ministre des Finances n'a pas changé. Mais l'étape décisive, celle de la demande officielle d'ouverture des négociations, reste à franchir.
Cette attente intervient alors que les autorités sous-régionales ont multiplié les appels à la conclusion de nouveaux programmes avec l'institution de Bretton Woods. Le 22 janvier 2026, à Brazzaville, les chefs d'État de la CEMAC ont exhorté les pays membres à négocier de nouveaux accords ou à poursuivre les programmes déjà en cours. Le 17 mars, à Paris, les ministres des Finances et les responsables des institutions sous-régionales ont réaffirmé cette orientation lors d'une rencontre avec leurs homologues français.
Pour Louis-Paul Motaze, le Cameroun ne peut difficilement rester en marge de cette démarche collective. Le pays représente, selon lui, près de 46 % du produit intérieur brut de la CEMAC. « Quel serait le programme de la CEMAC si le Cameroun n'en faisait pas partie ? », interroge-t-il.
300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires menacés
L'enjeu est loin d'être théorique. Dans son Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, publié en juillet 2026, le ministère des Finances prévoit 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires en 2027, sous réserve de la signature d'un nouveau programme avec le FMI.
Cette enveloppe représente environ 9,5 % des besoins globaux de financement de l'État pour 2027, évalués à 3 161,5 milliards de FCFA.
Une précision importante s'impose toutefois : le document budgétaire ne détaille pas la part qui proviendrait directement du FMI et celle susceptible d'être mobilisée auprès d'autres partenaires financiers. Les 300 milliards de FCFA constituent donc une prévision conditionnelle, et non un financement déjà acquis.
Le gouvernement reconnaît lui-même le risque. Dans sa programmation 2027-2029, il considère la non-conclusion d'un nouvel accord comme une menace pour la soutenabilité des finances publiques à moyen terme. Autrement dit, l'absence d'accord pourrait compliquer le financement des budgets à venir.
Louis-Paul Motaze met également en avant les pressions exercées par la conjoncture internationale. La hausse des cours du pétrole a renchéri le coût des subventions aux carburants, alors que le gouvernement a choisi de maintenir les prix à la pompe afin de préserver le pouvoir d'achat des ménages.
« Compte tenu du pouvoir d'achat des populations, nous avons estimé que le budget pouvait encore soutenir ce prix », explique-t-il. Le ministre reconnaît néanmoins l'incertitude entourant la durée des tensions internationales : « Personne ne sait jusqu'où ira la crise. »
Dans ce contexte, il estime que le Cameroun ne peut renoncer aux financements susceptibles d'être mobilisés auprès du FMI, de la Banque mondiale, de la France et de la Banque africaine de développement (BAD). « La réponse d'un ministre des Finances est non, parce que je sais bien ce que cela nous coûte », affirme-t-il à propos de l'éventualité de refuser ces appuis.
Dette publique : un discours rassurant face aux réserves du FMI
Pour défendre la reprise des discussions, Louis-Paul Motaze estime que le Cameroun dispose d'arguments solides. Il évoque notamment l'approbation des différentes revues du précédent programme et le niveau de la dette publique.
« La chance que nous avons dans le cas du Cameroun, c'est que les conditions fixées par le FMI sont remplies », soutient-il. Le ministre affirme également que la dette est maîtrisée, puisqu'elle reste inférieure à 45 % du PIB.
Les chiffres de la programmation budgétaire invitent cependant à nuancer cette appréciation. La dette publique était estimée à 44,7 % du PIB à fin mars 2026. Le même document projette une hausse de ce ratio à 50 % en 2027.
L'appréciation du FMI est, elle aussi, plus prudente. En juillet 2025, son conseil d'administration avait achevé la huitième et dernière revue du précédent programme, tout en accordant des dérogations pour le non-respect de certains critères budgétaires. À l'issue d'une mission d'évaluation post-financement conduite en septembre 2026, les services du Fonds ont de nouveau classé le Cameroun parmi les pays présentant un risque élevé de surendettement.
La signature d'un nouvel accord ne dépend donc pas uniquement de la volonté politique de reprendre les discussions. Elle s'inscrit également dans un environnement où les équilibres budgétaires et la soutenabilité de la dette demeurent des enjeux majeurs.
Un déficit budgétaire qui complique l'équation
Autre point de vigilance : la trajectoire budgétaire retenue pour 2027. La circulaire présidentielle du 12 octobre 2026 prévoit un déficit budgétaire global, dons compris, de 2,7 % du PIB. Le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029 retient, de son côté, un solde budgétaire de référence CEMAC de -2,3 % du PIB, alors que le seuil communautaire est fixé à -1,5 %.
Ces deux indicateurs ne sont pas identiques. Le solde de référence CEMAC obéit à une méthode de calcul spécifique, qui tient notamment compte des recettes pétrolières sur plusieurs années. Leur comparaison montre néanmoins l'ampleur de l'ajustement budgétaire à envisager.
Selon une source autorisée interrogée par Investir au Cameroun à Yaoundé le 28 septembre 2026, le respect du seuil communautaire de 1,5 % ferait également partie des conditions de conclusion de nouveaux programmes avec le FMI dans la sous-région. Cette source avance même que le dépassement du seuil par un seul État pourrait bloquer les accords pour l'ensemble des pays de la CEMAC. Cette affirmation n'a toutefois pas été confirmée dans ces termes par un document public du FMI.
Paul Biya face à une décision stratégique
Le Cameroun se retrouve ainsi devant deux impératifs. Le premier consiste à autoriser officiellement l'ouverture des négociations avec le FMI. Le second est de définir une trajectoire budgétaire compatible avec les engagements communautaires et les exigences de soutenabilité des finances publiques.
Pour le gouvernement, les 300 milliards de FCFA inscrits dans les prévisions de 2027 représentent un levier de financement important. Mais tant que les négociations ne sont pas officiellement engagées et qu'un nouvel accord n'est pas conclu, cette enveloppe reste incertaine.
La prochaine étape dépend désormais de la réaction des autorités camerounaises. Dans un contexte de besoins de financement élevés, de pressions sur les dépenses publiques et de vigilance accrue du FMI sur la dette, le choix de reprendre les discussions pourrait peser directement sur les marges de manœuvre budgétaires de l'État en 2027.
Cameroon’s CFAF 300 Billion IMF Funding in 2027 Hangs on Paul Biya’s Decision
Can Cameroon afford to miss out on CFAF 300 billion in budget support in 2027? The government has included the amount in its medium-term budget projections, but the country has yet to formally request negotiations for a new economic and financial programme with the International Monetary Fund (IMF). The delay leaves the authorities facing two major challenges: obtaining political approval to launch negotiations and establishing a budget trajectory consistent with the commitments of the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC).
In an interview with Investir au Cameroun following the IMF and World Bank Annual Meetings, Finance Minister Louis-Paul Motaze confirmed that the arguments for a new agreement had already been presented to Cameroon’s authorities.
“We are waiting for their response before starting discussions,” he said, without providing a timetable.
A new IMF programme remains on hold
The issue has been pending for months. At a cabinet meeting on October 30, 2025, Motaze advocated a new programme after the previous arrangement expired in July 2025. The proposal was expected to be submitted to President Paul Biya for a final decision.
Nearly a year later, the finance minister continues to support the initiative, but the formal request to open negotiations has yet to be made.
The delay comes despite growing pressure for renewed IMF engagement across Central Africa. On January 22, 2026, CEMAC heads of state meeting in Brazzaville urged member countries to negotiate new programmes with the IMF or continue existing arrangements. The commitment was reiterated on March 17 in Paris during a meeting involving regional finance ministers, institutional leaders and their French counterparts.
Motaze argues that Cameroon cannot easily remain outside this regional effort. According to the minister, the country accounts for nearly 46% of CEMAC's gross domestic product.
“What would the CEMAC programme look like without Cameroon?” he asked.
CFAF 300 billion in budget support remains uncertain
The financial stakes are considerable. In its Medium-Term Economic and Budget Programming Document for 2027-2029, published in July 2026, Cameroon’s Ministry of Finance projected CFAF 300 billion in budget support for 2027, conditional on the signing of a new IMF programme.
The amount represents approximately 9.5% of the government’s overall financing requirements for 2027, estimated at CFAF 3,161.5 billion.
However, the document does not specify how much of the projected support would come directly from the IMF and how much could be mobilised from other financial partners. The CFAF 300 billion should therefore be viewed as a conditional budget projection, not secured funding.
The government’s own planning document identifies the failure to conclude a new agreement as a risk to the medium-term sustainability of public finances.
Motaze also points to international economic uncertainty. Rising oil prices have increased the cost of fuel subsidies, while the government has opted to maintain pump prices to protect household purchasing power.
“Given the purchasing power of the population, we believed the budget could still support these prices,” the minister explained. He acknowledged, however, that the duration of international tensions remains uncertain: “Nobody knows how far the crisis will go.”
He argues that Cameroon cannot afford to turn down potential budget support from the IMF, World Bank, France and the African Development Bank (AfDB).
Public debt raises questions about the outlook
To support the case for a new agreement, Motaze points to the successful completion of reviews under the previous programme and what he considers a manageable level of public debt.
“The advantage Cameroon has is that the conditions set by the IMF have been met,” he said, adding that public debt remains below 45% of GDP.
Budget projections provide a more complex picture. Public debt stood at an estimated 44.7% of GDP at the end of March 2026, while the government’s medium-term document projects the ratio to rise to 50% in 2027.
The IMF has also maintained a cautious assessment. In July 2025, its Executive Board completed the eighth and final review of Cameroon’s previous programme, granting waivers for the non-observance of certain fiscal criteria. Following a post-financing assessment mission in September 2026, IMF staff again classified Cameroon as facing a high risk of debt distress.
A new agreement would therefore require more than a political decision to resume talks. Fiscal balances and debt sustainability remain central concerns.
Cameroon faces a regional fiscal challenge
Another issue is the government’s projected fiscal position for 2027. The presidential circular of October 12, 2026, sets the overall fiscal deficit, including grants, at 2.7% of GDP. The 2027-2029 programming document, meanwhile, projects a CEMAC reference fiscal balance of -2.3% of GDP, compared with a regional threshold of -1.5%.
These indicators are calculated differently, with the CEMAC reference balance incorporating a specific methodology that includes oil revenue over several years. Nevertheless, the projections point to the scale of the fiscal adjustment required.
A source quoted by Investir au Cameroun in Yaoundé on September 28, 2026, said compliance with the regional threshold could also be a condition for new IMF programmes in Central Africa. The source further suggested that one country's failure to meet the threshold could obstruct agreements across the region. However, this collective condition has not been confirmed in those terms in a public IMF document.
Paul Biya faces a strategic decision
Cameroon now faces two key decisions: whether to formally authorise the opening of negotiations with the IMF and how to establish a budget path consistent with regional commitments.
The CFAF 300 billion included in the 2027 projections could provide significant financing support. But until negotiations formally begin and a new agreement is signed, the funding remains uncertain.
The next step depends on the response of Cameroon’s authorities. With substantial financing needs, pressure on public spending and continued scrutiny of debt sustainability, the decision to resume talks could significantly influence the government’s fiscal room for manoeuvre in 2027.
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