Dette : pourquoi Louis-Paul Motaze réclame des financements moins chers pour le Cameroun
Le ministre camerounais des Finances a plaidé, le 17 octobre 2026 à Bangkok, pour un accès accru aux financements concessionnels et un soutien renforcé des institutions financières internationales. Un appel qui intervient alors que le service de la dette extérieure des pays en développement atteint 1 600 milliards de dollars et que le FMI maintient le Cameroun à un niveau de risque de surendettement élevé.
Bangkok, Thaïlande — Le Cameroun veut davantage de financements à des conditions avantageuses pour soutenir son développement sans aggraver la pression sur ses finances publiques. C'est le message défendu par le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, organisées à Bangkok.
S'exprimant le 17 octobre 2026 devant le Comité monétaire et financier international (CMFI), au nom de plusieurs pays africains, le membre du gouvernement camerounais a appelé à renforcer le soutien financier de la communauté internationale aux économies en développement. Pour lui, les ressources mobilisées par les États eux-mêmes ne suffisent plus à répondre à l'ampleur des besoins de financement.
« Les efforts nationaux seuls pourraient ne pas suffire à combler des déficits de financement croissants », a-t-il souligné dans sa déclaration, traduite de l'anglais.
Derrière ce plaidoyer se trouve une préoccupation majeure pour les économies africaines : comment financer les infrastructures, les services publics et la croissance tout en maîtrisant le coût de l'endettement ?
1 600 milliards de dollars : la dette extérieure pèse lourd
Les chiffres publiés par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) illustrent l'ampleur du problème.
Selon son rapport External Debt Sustainability and Development 2026, le service de la dette extérieure des pays en développement a atteint 1 600 milliards de dollars en 2025. Ce montant comprend les remboursements du principal et les paiements d'intérêts. Dans le même temps, l'encours total de leur dette extérieure s'est élevé à 12 300 milliards de dollars.
Le service de la dette a certes reculé d'environ 200 milliards de dollars par rapport à son niveau de 2023. Mais cette évolution ne signifie pas que les contraintes financières se sont largement desserrées. La baisse s'explique principalement par le recul des remboursements de principal dans quelques grandes économies en développement.
Plus préoccupant encore, les intérêts payés sur la dette extérieure à long terme ont progressé de près de 14 % en 2025.
Cette hausse traduit une difficulté persistante pour les États qui doivent consacrer une part importante de leurs recettes au remboursement de leurs créanciers, au détriment potentiel des investissements publics et des dépenses sociales.
Les emprunts locaux coûtent aussi plus cher
Face aux difficultés d'accès aux financements extérieurs, les gouvernements des pays en développement se tournent davantage vers leurs marchés financiers domestiques.
La CNUCED indique que les instruments de dette intérieure représentaient 81 % de la dette totale des administrations publiques de ces pays en 2024. Entre 2014 et 2024, les emprunts sur les marchés intérieurs leur ont coûté, en moyenne, 2,8 points de pourcentage de plus que les financements extérieurs.
Le recours aux ressources locales présente certains avantages. Il permet notamment de limiter l'exposition directe aux fluctuations des marchés internationaux et aux mouvements de capitaux transfrontaliers.
Toutefois, cette stratégie comporte également des risques. Lorsque les banques consacrent une part croissante de leurs actifs à l'achat de titres publics, elles peuvent disposer de moins de ressources pour financer les entreprises privées. Ce phénomène, souvent désigné comme un effet d'éviction, peut freiner l'investissement productif et peser sur la croissance.
Pour les pays africains, le défi consiste donc à diversifier les sources de financement sans déplacer simplement la contrainte de la dette extérieure vers le système bancaire national.
Louis-Paul Motaze mise sur les financements concessionnels
C'est dans ce contexte que le ministre camerounais des Finances défend un renforcement de l'appui des institutions financières internationales.
« Des financements concessionnels prévisibles […] demeurent essentiels », indique sa déclaration.
Ces financements se distinguent des prêts contractés aux conditions du marché par des modalités plus avantageuses : taux d'intérêt réduits, échéances plus longues et, selon les instruments, périodes de grâce ou éléments de libéralité. Ils permettent aux États éligibles de réduire le coût de leurs emprunts et d'étaler leurs remboursements.
Pour Louis-Paul Motaze, cette assistance doit s'accompagner d'une mobilisation accrue des capitaux privés et d'une intervention plus soutenue des institutions financières internationales.
L'objectif est de donner aux pays en développement davantage de marges de manœuvre pour financer leurs priorités économiques sans accroître excessivement la charge de leur dette.
Restructuration de la dette : accélérer les procédures
Le plaidoyer porté à Bangkok concerne également les mécanismes de restructuration des dettes souveraines.
Le groupe représenté par le ministre camerounais souhaite des procédures plus rapides et plus prévisibles, notamment dans le cadre commun du G20. Ces mécanismes visent à faciliter la coordination entre les créanciers lorsqu'un pays rencontre des difficultés pour honorer ses engagements.
Des négociations longues peuvent prolonger l'incertitude économique, compliquer l'accès à de nouveaux financements et retarder le retour à une situation budgétaire viable.
Une restructuration plus efficace permettrait donc, lorsque les conditions le justifient, de réduire les délais de négociation et d'apporter davantage de visibilité aux États concernés.
La déclaration met également l'accent sur la préservation du Fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (PRGT). Ce mécanisme du FMI fournit des financements concessionnels aux pays à faible revenu.
Le Fonds fiduciaire d'assistance et de riposte aux catastrophes (CCRT) est également cité. Sous certaines conditions, il permet au FMI d'accorder aux pays éligibles frappés par des catastrophes majeures un allègement du service de leur dette envers l'institution.
La capacité de ces mécanismes à répondre aux besoins des pays vulnérables dépend notamment des ressources financières dont ils disposent.
Réformes budgétaires : le Cameroun et ses partenaires appelés à agir
Le recours à des financements moins coûteux ne dispense cependant pas les États d'améliorer la gestion de leurs finances publiques.
La déclaration défendue par Louis-Paul Motaze insiste sur plusieurs leviers : accroître les recettes intérieures, rationaliser les dépenses publiques, mieux cibler les subventions et renforcer l'efficacité des administrations fiscales.
La numérisation de la collecte de l'impôt, la lutte contre l'évasion fiscale et la limitation des flux financiers illicites figurent également parmi les priorités avancées.
L'enjeu est d'élargir les ressources budgétaires sans faire peser une pression excessive sur les ménages et les entreprises qui respectent déjà leurs obligations fiscales.
Les ajustements budgétaires doivent toutefois préserver les investissements publics productifs et les dépenses sociales essentielles. Une réduction trop brutale de ces postes pourrait fragiliser les perspectives de croissance et compliquer, à terme, la mobilisation de nouvelles recettes.
Le message défendu à Bangkok repose ainsi sur un double impératif : améliorer la discipline budgétaire nationale et obtenir des partenaires internationaux des conditions de financement compatibles avec les besoins de développement.
Cameroun : le FMI maintient le risque de surendettement à un niveau élevé
Ce plaidoyer intervient alors que le Cameroun reste confronté à des tensions sur ses finances publiques.
À l'issue d'une mission menée à Yaoundé du 17 au 30 septembre 2026, le FMI a maintenu le pays à un niveau de risque global de surendettement élevé. L'institution a notamment recommandé de renforcer la mobilisation des recettes intérieures et de recourir davantage aux financements concessionnels afin d'amortir les chocs susceptibles d'affecter les finances publiques.
Cette appréciation ne signifie toutefois pas nécessairement que la dette camerounaise est insoutenable.
Dans son analyse de viabilité publiée en mars 2026, le FMI jugeait déjà élevés les risques de surendettement extérieur et global du Cameroun, tout en considérant la dette comme soutenable.
La distinction est importante. Un pays peut être en mesure d'honorer ses engagements à moyen terme tout en rencontrant des difficultés de trésorerie pour assurer ses remboursements aux échéances prévues.
Le poids du service de la dette, les tensions de liquidité et la capacité de l'État à mobiliser suffisamment de recettes peuvent ainsi constituer des contraintes majeures, même lorsque le niveau de l'endettement rapporté au produit intérieur brut ne suffit pas, à lui seul, à caractériser une situation d'insolvabilité.
Pour le Cameroun, l'enjeu est donc autant budgétaire que financier : disposer de ressources suffisantes pour rembourser ses créanciers tout en continuant à financer ses infrastructures et ses politiques publiques.
Le coût de l'emprunt, un enjeu central pour le développement
Le plaidoyer de Louis-Paul Motaze à Bangkok met en lumière une difficulté structurelle rencontrée par de nombreux pays en développement. Ils doivent financer des besoins importants alors que les conditions d'accès aux capitaux peuvent se révéler coûteuses et que le service de la dette absorbe une part significative de leurs ressources.
L'accès à des prêts concessionnels peut contribuer à réduire cette pression, à condition que les financements soient prévisibles, adaptés aux capacités de remboursement et affectés à des priorités économiquement et socialement pertinentes.
Pour le Cameroun, l'équation consiste à combiner une meilleure mobilisation des recettes, une gestion rigoureuse des dépenses, une maîtrise des risques d'endettement et un recours accru aux financements extérieurs à des conditions favorables.
Le message adressé aux institutions financières internationales est clair : les réformes nationales restent indispensables, mais elles ne suffiront pas nécessairement à combler les besoins de financement du développement. Le coût de l'argent et les conditions d'accès au crédit pèseront tout autant sur la capacité des États à transformer leurs investissements en croissance durable.
Cameroon’s Louis-Paul Motaze Calls for Cheaper Financing as Debt Pressures Mount
Cameroon’s Finance Minister called for greater access to concessional financing and stronger support from international financial institutions at the IMF and World Bank Annual Meetings in Bangkok on October 17, 2026. His appeal comes as developing countries’ external debt service reaches $1.6 trillion and Cameroon remains at high risk of overall debt distress, according to the IMF.
BANGKOK, Thailand — Cameroon is calling for more affordable financing to support development while easing pressure on public finances. Finance Minister Louis-Paul Motaze delivered that message during the Annual Meetings of the International Monetary Fund (IMF) and the World Bank in Bangkok.
Speaking on October 17, 2026, before the International Monetary and Financial Committee (IMFC) on behalf of several African countries, Motaze called for stronger international financial support for developing economies. He argued that domestic resources alone may no longer be sufficient to meet their growing financing needs.
“Domestic efforts alone may not be sufficient to close growing financing gaps,” he said in a statement translated from English.
The appeal highlights a major challenge facing African economies: how to finance infrastructure, public services and economic growth while keeping borrowing costs and debt repayments under control.
Developing countries face $1.6 trillion in external debt service
Figures published by the United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD) illustrate the scale of the challenge.
According to UNCTAD’s External Debt Sustainability and Development 2026 report, external debt service in developing countries reached $1.6 trillion in 2025. The figure includes both principal repayments and interest payments. Their total external debt stock reached $12.3 trillion.
Debt service was approximately $200 billion lower than in 2023. However, the decline does not indicate a broad-based easing of financial pressures. It was largely driven by lower principal repayments in a handful of major developing economies.
More concerningly, interest payments on long-term external debt rose by nearly 14% in 2025.
Higher debt-servicing costs can force governments to devote a substantial share of public revenue to creditors, potentially limiting the resources available for public investment and essential social spending.
Domestic borrowing is also becoming more expensive
As access to external financing becomes more challenging, developing-country governments are increasingly relying on domestic financial markets.
UNCTAD reports that domestic debt instruments accounted for 81% of total general government debt in developing countries in 2024. Between 2014 and 2024, domestic market borrowing cost these countries an average of 2.8 percentage points more than external financing.
Domestic borrowing offers some advantages, including reduced direct exposure to international capital movements and cross-border financial volatility.
However, it also carries risks. When banks allocate a growing share of their assets to government securities, fewer resources may be available to lend to private businesses. This crowding-out effect can constrain productive investment and weigh on economic growth.
For African economies, the challenge is to diversify funding sources without simply shifting debt pressures from international markets to domestic banking systems.
Motaze calls for predictable concessional financing
Against this backdrop, Cameroon’s finance minister is advocating stronger support from international financial institutions.
“Predictable concessional financing […] remains essential,” his statement said.
Concessional loans offer more favourable terms than borrowing at market rates. Depending on the instrument, they may feature lower interest rates, longer maturities and grace periods. These conditions can reduce borrowing costs and spread repayments over a longer period.
Motaze’s proposal also calls for greater mobilisation of private capital and stronger involvement by international financial institutions.
The aim is to give developing countries more room to finance their economic priorities without allowing debt-servicing obligations to rise excessively.
Sovereign debt restructuring: making the process faster
The appeal in Bangkok also addresses the need to improve sovereign debt restructuring mechanisms.
The group represented by Motaze supports faster and more predictable procedures, particularly under the G20 Common Framework. These mechanisms are designed to facilitate coordination among creditors when a country struggles to meet its debt obligations.
Lengthy negotiations can prolong economic uncertainty, complicate access to new financing and delay the restoration of sustainable public finances.
More efficient restructuring procedures could therefore shorten negotiations and provide greater clarity for countries facing debt difficulties.
The statement also stresses the importance of preserving the IMF’s Poverty Reduction and Growth Trust (PRGT), which provides concessional financing to low-income countries.
Another mechanism highlighted is the Catastrophe Containment and Relief Trust (CCRT). Under certain conditions, it enables the IMF to provide eligible countries affected by major disasters with relief on debt-service payments owed to the Fund.
The effectiveness of these instruments depends, in part, on whether they have sufficient resources to meet the needs of vulnerable countries.
Domestic reforms remain essential
Cheaper external financing alone will not resolve the challenges facing developing economies. Governments must also improve the management of their public finances.
The statement supported by Motaze calls for stronger domestic revenue mobilisation, more efficient public spending and better-targeted subsidies.
Digitising tax administrations, combating tax evasion and curbing illicit financial flows are also among the priorities.
The objective is to broaden the revenue base without placing excessive pressure on households and businesses that already comply with their tax obligations.
Fiscal adjustment should not, however, automatically lead to cuts in productive public investment or essential social expenditure. Excessive reductions in these areas could undermine growth prospects and weaken governments’ ability to raise revenue over the longer term.
The message from Bangkok is therefore twofold: developing countries must strengthen fiscal management, while international partners should provide financing on terms compatible with their development needs.
Cameroon remains at high risk of debt distress
Motaze’s appeal comes as Cameroon continues to face pressure on its public finances.
Following a mission to Yaoundé from September 17 to 30, 2026, the IMF maintained Cameroon’s overall risk of debt distress at a high level. The institution recommended stronger domestic revenue mobilisation and greater reliance on concessional financing to cushion shocks affecting public finances.
However, a high risk of debt distress does not necessarily mean that a country’s debt is unsustainable.
In its debt sustainability analysis published in March 2026, the IMF had already assessed Cameroon’s external and overall debt distress risks as high while still considering the country’s debt sustainable.
The distinction matters. A country may be able to meet its obligations over the medium term while experiencing liquidity pressures that make it difficult to cover repayments when they fall due.
Debt-service costs, cash-flow constraints and the government’s ability to mobilise sufficient revenue can therefore pose significant challenges even when the debt-to-GDP ratio alone does not indicate insolvency.
For Cameroon, the challenge is both fiscal and financial: securing enough resources to service its debt while continuing to invest in infrastructure and public services.
Borrowing costs are central to development
Motaze’s appeal in Bangkok highlights a structural problem facing many developing countries. They must finance substantial development needs while borrowing conditions remain costly and debt service absorbs a significant share of available resources.
Access to concessional loans can help ease these pressures, provided the financing is predictable, aligned with repayment capacity and directed towards economically and socially relevant priorities.
For Cameroon, the task is to combine stronger revenue mobilisation, disciplined public spending, prudent debt management and greater access to external financing on favourable terms.
The message to international financial institutions is clear: domestic reforms remain essential, but they may not be sufficient to close development financing gaps. The cost of borrowing and the terms on which credit is available will also shape governments’ ability to turn investment into sustainable economic growth.
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