BDEAC : 130 milliards FCFA fraîchement levés, mais 666 milliards encore bloqués… et le Cameroun n’a touché que 14,5 milliards en six mois

BDEAC : 130 milliards FCFA fraîchement levés, mais 666 milliards encore bloqués… et le Cameroun n’a touché que 14,5 milliards en six mois

La BDEAC vient de lever 222 millions de dollars sur les marchés internationaux. Pourtant, 666 milliards FCFA d’engagements restent non décaissés. Au Cameroun, les tirages stagnent. Décryptage exclusif des chiffres et des blocages.

Publicité

BDEAC : 130 milliards FCFA levés à l’international, mais 666 milliards toujours en attente de décaissement


La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a frappé un grand coup le 13 octobre 2026. Pour la première fois de son histoire, elle a réussi une émission obligataire internationale de 222 millions de dollars, soit environ 130,2 milliards de FCFA au cours de référence BCEAO de 586,30 FCFA pour un dollar. Objectif affiché : « accélérer les décaissements ».


Pourtant, le paradoxe est brutal. À la fin de 2025, la banque affichait déjà 666,4 milliards de FCFA d’engagements confirmés sur prêts et études… non encore versés. Un stock hors bilan qui a grimpé de 123,3 milliards (+22,7 %) en un an, passant de 543,1 milliards fin 2024 à 666,4 milliards un an plus tard. L’emprunt international représente arithmétiquement 19,5 % de ce stock. Un cinquième. Pas plus.


Au Cameroun, le robinet reste presque fermé


Du côté de Yaoundé, les chiffres de la Caisse autonome d’amortissement (CAA) sont encore plus éloquents. Au 30 juin 2026, l’État camerounais avait encore 151,7 milliards de FCFA de soldes engagés non décaissés auprès de la BDEAC. Ce montant ne concerne que l’administration centrale. Les entreprises privées financées par la banque régionale ne sont même pas comptabilisées.


Le bulletin de juin 2026 de la CAA révèle un seul tirage : 14,5 milliards de FCFA en janvier, rattachés au plan de riposte Covid-19. Ensuite ? Rien. Aucun versement entre février et juin. Le stock non décaissé, qui s’élevait à 166,2 milliards fin décembre 2025, est resté figé à 151,7 milliards pendant six mois d’affilée.


Des décaissements qui plafonnent à 5 % de l’objectif


À l’échelle de toute la CEMAC, le bilan 2025 est sévère. La BDEAC n’a décaissé que 18,65 milliards de FCFA au profit de huit projets, contre 32,64 milliards en 2024. Soit une chute de 42,9 %. Rapportés à une prévision annuelle de 373 milliards, le taux d’exécution s’établit à… 5 %.


La banque elle-même pointe plusieurs freins : levée des conditions suspensives, respect du calendrier des travaux, cohérence entre avancement physique et demandes de fonds, et absence d’impayés. Elle ne quantifie cependant pas la part respective de ces conditions et d’éventuelles contraintes de liquidité.


Pourtant, la trésorerie n’était pas vide. Au 31 décembre 2025, les liquidités et équivalents de trésorerie atteignaient 128,3 milliards de FCFA (contre 66,2 milliards un an plus tôt). Une partie (12,9 milliards) était toutefois gérée pour le compte de tiers. Quant aux remboursements, la banque n’a encaissé que 39,65 milliards sur 185,18 milliards facturés en 2025, soit à peine 21 %. Les contreparties publiques, qui représentent 78 % des montants facturés, sont particulièrement en tension.


Un emprunt à 7,88 % jusqu’en 2029… sans feuille de route claire


L’emprunt international arrive avec son propre calendrier : échéance finale en octobre 2029 et un coupon annuel de 7,88 % en euros (après couverture de change). La BDEAC promet des conférences semestrielles avec les investisseurs et plus de transparence sur son portefeuille. Les fonds sont destinés aux infrastructures, à l’agriculture, à l’agro-industrie et à l’industrie dans les six pays de la CEMAC.


Mais le communiqué du 14 octobre reste muet sur l’essentiel pour le Cameroun : quelle part ira aux engagements déjà confirmés ? Quels projets concrets seront prioritaires ? À quelles dates les prochains tirages sont-ils prévus ?


Pendant ce temps, Standard Chartered a encaissé 16,3 milliards FCFA


Dans un autre registre, les états financiers 2025 de Standard Chartered, publiés le 24 février 2026, révèlent que le groupe britannique a reçu 29 millions de dollars (environ 16,34 milliards de FCFA au taux du 5 décembre 2025) pour la cession de sa filiale camerounaise à Access Bank. Une opération finalisée le 5 décembre 2025, après l’autorisation de la Commission de la CEMAC en juin 2024.


Le groupe a cependant enregistré une perte comptable de 5,3 millions de dollars sur cette cession, dont 9 millions liés au recyclage d’écarts de conversion. Standard Chartered n’a plus d’agences au Cameroun. Les anciens clients sont désormais orientés vers Access Bank Cameroon.


La BDEAC dispose désormais de ressources fraîches. La question qui brûle les lèvres à Yaoundé, Brazzaville, Libreville et ailleurs reste simple : ces 130 milliards FCFA vont-ils enfin débloquer les projets qui attendent depuis des mois, voire des années ? Ou le stock de 666 milliards continuera-t-il de grossir ?


Les investisseurs, eux, attendent déjà les premières conférences semestrielles promises. Les États de la CEMAC, encore plus.




BDEAC Raises $222 Million Internationally but Still Holds FCFA 666 Billion in Undisbursed Commitments


The Development Bank of the Central African States (BDEAC) scored a landmark achievement on 13 October 2026. For the first time, it successfully issued an international bond of $222 million — approximately FCFA 130.2 billion at the BCEAO reference rate of 586.30 FCFA per dollar. The stated goal: “accelerate disbursements.”


Yet the paradox is striking. At the end of 2025, the bank already reported FCFA 666.4 billion in confirmed but still undisbursed commitments on loans and studies. This off-balance-sheet stock rose by FCFA 123.3 billion (+22.7%) in one year, from FCFA 543.1 billion at the end of 2024. The new international borrowing represents arithmetically 19.5% of that stock — roughly one-fifth.


In Cameroon, the tap remains almost closed


According to provisional data from the Caisse autonome d’amortissement (CAA), as of 30 June 2026 the Cameroonian central government still had FCFA 151.7 billion in committed but undisbursed balances with the BDEAC. This figure covers only central government borrowing and excludes financing granted to Cameroonian companies.


The June 2026 CAA bulletin shows only one drawdown: FCFA 14.5 billion in January, linked to the Covid-19 response plan. No further disbursements were recorded between February and June. The undisbursed stock, which stood at FCFA 166.2 billion at the end of December 2025, remained frozen at FCFA 151.7 billion throughout the first half of 2026.


Disbursements at just 5% of the annual target


Across the CEMAC region, the 2025 performance was weak. The BDEAC disbursed only FCFA 18.65 billion to eight projects, down from FCFA 32.64 billion in 2024 — a 42.9% drop. Against an annual forecast of FCFA 373 billion, the execution rate reached a mere 5%.


The bank cites several conditions for disbursement: lifting of suspensive conditions, adherence to work schedules, consistency between physical progress and fund requests, and absence of arrears. It does not quantify how much of the under-execution stems from these requirements versus liquidity constraints.


Cash and cash equivalents stood at FCFA 128.3 billion at 31 December 2025 (up from FCFA 66.2 billion a year earlier), though FCFA 12.9 billion of that amount was managed on behalf of third parties. On the recovery side, the bank collected only FCFA 39.65 billion out of FCFA 185.18 billion billed in 2025 — about 21%. Public counterparties, which accounted for 78% of amounts billed, faced significant payment difficulties.


A 7.88% coupon until October 2029 — without a detailed allocation plan


The international bond carries a final maturity in October 2029 and an annual coupon of 7.88% in euros (after a simultaneous euro-dollar hedge). The BDEAC has committed to holding semi-annual investor conferences and publishing more detailed information on its loan portfolio, financing and liquidity. Funds are earmarked for infrastructure, agriculture, agribusiness and industry across the six CEMAC countries.


However, the 14 October communiqué does not specify what share will go to already confirmed commitments, which concrete projects in Cameroon will benefit, or the amounts and dates of upcoming disbursements.


Meanwhile, Standard Chartered received FCFA 16.3 billion


Separately, Standard Chartered’s 2025 financial statements, released on 24 February 2026, show that the British group received $29 million (approximately FCFA 16.34 billion at the 5 December 2025 rate) from the sale of its Cameroonian subsidiary to Access Bank. The transaction was completed on 5 December 2025 following CEMAC Commission approval in June 2024.


The group recorded a $5.3 million accounting loss on the disposal, including $9 million from the recycling of foreign exchange translation differences. Standard Chartered no longer operates any branches in Cameroon; former clients have been directed to Access Bank Cameroon.


The BDEAC now has fresh resources. The pressing question in Yaoundé and across the CEMAC remains: will these FCFA 130 billion finally unlock long-delayed projects, or will the FCFA 666 billion stock of undisbursed commitments continue to grow?


Investors are already waiting for the promised semi-annual conferences. CEMAC governments are waiting even more impatiently.


BDEAC, émission obligataire internationale, décaissements BDEAC, engagements non décaissés, Caisse autonome d’amortissement, financement CEMAC, Standard Chartered Cameroun, Access Bank Cameroun, liquidité banque développement Afrique centrale, infrastructure CEMAC, dette publique Cameroun, rapport annuel BDEAC 2025


Silognhia Edwige

Publicité

Le calendrier complet de la Can Féminine 2026

Suivez certains matchs en direct grâce à nos partenaires