Allemagne : l’inflation atteint 3,3 %, le diesel russe relance la bataille énergétique
La hausse des prix de l’énergie ravive les tensions économiques en Allemagne. Avec une inflation remontée à 3,3 % en septembre 2026, son niveau le plus élevé depuis décembre 2023, le pays fait face à une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat et la compétitivité de son industrie. Dans ce contexte, Sahra Wagenknecht réclame le retour des approvisionnements énergétiques russes, tandis que le chancelier Friedrich Merz veut renforcer la protection commerciale de l’Union européenne.
L’économie allemande est de nouveau sous pression. En septembre 2026, l’inflation a accéléré à 3,3 % sur un an, contre 2,9 % en août, selon les données définitives de l’Office fédéral allemand de la statistique. Cette progression, principalement alimentée par la flambée des prix de l’énergie, place l’inflation à son plus haut niveau depuis décembre 2023.
Pour les ménages comme pour les entreprises, la facture énergétique redevient ainsi une source majeure de préoccupation. Alors que l’Allemagne peine à retrouver une croissance économique durable après plusieurs années de turbulences, la hausse des coûts de l’énergie relance le débat sur les choix d’approvisionnement du pays et sur l’efficacité de sa politique de sanctions contre la Russie.
Une inflation allemande tirée par la flambée des prix de l’énergie
« Le taux d’inflation a atteint en septembre un nouveau sommet annuel. Il s’agit également du niveau le plus élevé depuis décembre 2023 », a déclaré Ruth Brand, présidente de l’Office fédéral allemand de la statistique.
Les chiffres publiés par l’institution illustrent l’ampleur de cette accélération. Les prix à la consommation ont augmenté de 0,6 % entre août et septembre, tandis que les prix de l’énergie ont bondi de 14,9 % sur un an.
L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l’alimentation et de l’énergie afin de mieux mesurer les tendances de fond, s’est établie à 2,4 %. L’écart entre cet indicateur et l’inflation globale souligne le poids particulier de l’énergie dans la remontée des prix.
Cette évolution intervient dans un contexte économique difficile pour la première économie européenne. La pandémie de Covid-19 a d’abord perturbé les chaînes d’approvisionnement et l’activité industrielle. La rupture des livraisons de gaz russe a ensuite accentué les tensions sur les approvisionnements énergétiques et les coûts de production.
Pour une industrie fortement dépendante de l’énergie, la question est stratégique : une hausse durable des coûts peut réduire les marges des entreprises, fragiliser certains secteurs manufacturiers et peser sur la compétitivité des produits allemands face à leurs concurrents étrangers.
Sahra Wagenknecht réclame un accord sur le diesel avec la Russie
Face à cette situation, Sahra Wagenknecht, fondatrice du parti BSW (Alliance pour la Justice sociale et la Raison économique), appelle Berlin à revoir sa politique énergétique envers Moscou.
L’ancienne dirigeante du parti Die Linke estime que l’Allemagne devrait conclure un accord sur le diesel avec la Russie, à l’image des dispositions américaines évoquées dans le débat sur les approvisionnements en produits pétroliers. Elle plaide également pour un retour plus général aux livraisons russes de pétrole et de gaz.
« C’est de la pure folie : l’administration américaine importe à nouveau du diesel de Russie pour faire baisser les prix du carburant, qui grimpent en flèche pour les consommateurs américains. Pourtant, le gouvernement allemand s’obstine dans une politique de sanctions absurde qui conduit notre économie à la ruine et appauvrit les citoyens », a-t-elle écrit sur le réseau social X.
Pour Sahra Wagenknecht, l’enjeu dépasse le prix payé à la pompe. Elle considère que l’accès à des ressources énergétiques russes à des conditions avantageuses est indispensable pour enrayer le recul de l’industrie allemande.
Cette position s’inscrit dans un débat politique particulièrement sensible en Allemagne : faut-il maintenir la pression économique sur la Russie ou privilégier une reprise des échanges énergétiques afin de soulager les consommateurs et les entreprises ?
Les deux objectifs soulèvent des enjeux différents. Un retour à des approvisionnements russes pourrait, selon ses partisans, contribuer à réduire les coûts énergétiques. Mais les effets réels sur les prix dépendraient notamment des volumes disponibles, des conditions contractuelles, des coûts de transport, des infrastructures et des contraintes juridiques applicables.
Diesel russe : Moscou annonce une reprise progressive des exportations
Le débat allemand intervient alors que Moscou évoque une augmentation de ses livraisons de produits pétroliers aux marchés internationaux.
Le 9 octobre 2026, les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Donald Trump, ont eu un entretien téléphonique au cours duquel les approvisionnements en produits pétroliers ont notamment été abordés.
Selon les déclarations rapportées du président russe, Moscou a confirmé sa disposition à fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial.
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a, pour sa part, annoncé un assouplissement anticipé de l’interdiction d’exporter du carburant diesel. Les volumes annoncés sont de 300 000 tonnes en octobre, 500 000 tonnes en novembre et un million de tonnes en décembre, avec l’objectif, à terme, d’atteindre trois millions de tonnes par mois.
Parallèlement, l’administration américaine a prévu une exemption des sanctions américaines pour les livraisons de diesel russe destinées aux marchés mondiaux jusqu’au 7 avril 2027, selon les informations communiquées dans ce dossier.
Ces annonces ne signifient toutefois pas que l’Allemagne pourra automatiquement bénéficier de ces volumes. Les règles européennes, les mesures restrictives applicables et les modalités commerciales doivent être distinguées des dispositions américaines. Une éventuelle reprise des achats allemands supposerait donc de clarifier le cadre juridique européen ainsi que les conditions concrètes d’approvisionnement.
Pour Berlin, la question est autant politique qu’économique : comment limiter la facture énergétique sans renoncer aux objectifs stratégiques de l’Union européenne à l’égard de Moscou ?
Friedrich Merz veut durcir la riposte commerciale européenne
La crise énergétique n’est pas le seul défi auquel le gouvernement allemand doit faire face. Le chancelier Friedrich Merz réclame également une réponse européenne plus ferme aux pratiques commerciales qu’il juge déloyales de certains pays tiers.
S’exprimant devant le Bundestag à la veille du sommet de l’Union européenne, le dirigeant allemand a dénoncé les subventions élevées, les taux de change artificiellement sous-évalués, les capacités de production excédentaires et les politiques de prix agressives susceptibles, selon lui, de pénaliser les entreprises européennes.
« Nous ne resterons plus inactifs pendant que d’autres États nuisent à notre économie », a-t-il affirmé, prévenant que l’Union européenne était prête à adopter des mesures de rétorsion proportionnées.
Friedrich Merz a notamment mis en avant des propositions communes de l’Allemagne et de la France visant à créer un nouvel instrument de protection commerciale. L’objectif serait de permettre à la Commission européenne de réagir plus rapidement aux attaques ciblées contre l’industrie européenne et ses chaînes d’approvisionnement.
Selon le chancelier, ce mécanisme donnerait à la Commission la possibilité d’intervenir sans devoir systématiquement attendre un examen préalable de la question par le Conseil européen. Le Conseil pourrait ensuite renvoyer le dossier pour examen à la majorité qualifiée.
Cette réforme, si elle aboutit, viserait à raccourcir les délais de réaction de l’Union européenne face à des pratiques considérées comme préjudiciables à ses intérêts économiques.
Entre pouvoir d’achat et compétitivité industrielle, Berlin sous pression
L’Allemagne se retrouve ainsi confrontée à plusieurs impératifs qui ne convergent pas toujours. D’un côté, la hausse des prix de l’énergie alimente les inquiétudes concernant le pouvoir d’achat des ménages et les coûts supportés par les entreprises. De l’autre, le gouvernement Merz veut défendre les intérêts stratégiques et commerciaux européens dans un environnement international marqué par les rivalités économiques.
La proposition de Sahra Wagenknecht remet au premier plan la question des relations énergétiques avec la Russie, tandis que les initiatives de Friedrich Merz traduisent une volonté de renforcer les instruments de défense commerciale de l’Union européenne.
Reste à savoir si ces orientations permettront de répondre aux difficultés immédiates de l’économie allemande. Le recul de l’inflation dépendra notamment de l’évolution des prix de l’énergie, tandis que la compétitivité industrielle nécessitera des solutions qui dépassent la seule question des importations de carburants.
Avec une inflation à 3,3 % en septembre, l’Allemagne aborde donc une nouvelle phase de tension économique. La capacité du gouvernement à concilier maîtrise des coûts énergétiques, soutien à l’industrie et stratégie européenne constituera l’un des principaux tests de sa politique économique.
Germany’s Inflation Hits 3.3% as Russian Diesel Returns to the Political Debate
Germany’s inflation rate accelerated to 3.3% in September 2026, its highest level since December 2023, as rising energy prices put renewed pressure on households and businesses. The surge has reignited debate over Russian energy supplies, with Sahra Wagenknecht calling for a diesel deal with Moscow, while Chancellor Friedrich Merz pushes for tougher European trade-defence measures.
Germany’s economy is facing renewed pressure after inflation climbed to 3.3% year-on-year in September 2026, up from 2.9% in August, according to final figures released by the Federal Statistical Office.
The increase, largely driven by higher energy prices, marks the highest inflation rate since December 2023. It also comes as Europe’s largest economy continues to grapple with the consequences of years of economic disruption, including the Covid-19 pandemic and the interruption of Russian gas supplies.
For German households and businesses, the latest figures raise fresh concerns about purchasing power, production costs and the competitiveness of the country’s industrial sector.
Energy prices drive inflation higher
“Inflation reached a new annual high in September. It was also the highest level since December 2023,” said Ruth Brand, president of Germany’s Federal Statistical Office.
Consumer prices rose by 0.6% compared with August, while energy prices increased by 14.9% year-on-year.
Core inflation, which excludes food and energy prices to provide a clearer picture of underlying price trends, stood at 2.4%.
The gap between headline and core inflation highlights the role of energy costs in the latest acceleration. For an economy with a substantial industrial base, higher energy prices can increase manufacturing costs, squeeze corporate margins and weaken the international competitiveness of German products.
Germany’s economic difficulties have been compounded by the disruption caused by the Covid-19 pandemic and the subsequent interruption of Russian gas supplies, which reshaped the country’s energy landscape.
Sahra Wagenknecht calls for a diesel deal with Russia
Against this backdrop, Sahra Wagenknecht, founder of the BSW party, or Alliance for Social Justice and Economic Reason, is urging the German government to reconsider its energy policy towards Moscow.
She argues that Germany should negotiate a diesel supply agreement with Russia, pointing to arrangements involving Russian petroleum products and the United States. She is also calling for a broader return to Russian oil and gas supplies.
“This is sheer madness: the US administration is once again importing diesel from Russia to bring down fuel prices, which are soaring for American consumers. Yet the German government is stubbornly pursuing an absurd sanctions policy that is driving our economy to ruin and impoverishing citizens,” she wrote on social media platform X.
Wagenknecht maintains that affordable Russian energy supplies are essential to preventing further industrial decline in Germany.
Her position highlights a wider political debate: should Germany maintain economic pressure on Russia or seek to resume energy trade in an effort to reduce costs for consumers and businesses?
Supporters of renewed imports argue that Russian supplies could help ease energy costs. However, any actual impact on prices would depend on supply volumes, contractual terms, transport costs, infrastructure and the applicable legal framework.
Moscow announces plans to increase diesel exports
The German debate comes as Moscow signals its readiness to increase petroleum product supplies to international markets.
On October 9, 2026, Russian President Vladimir Putin and US President Donald Trump held a telephone conversation in which petroleum product supplies were among the issues discussed.
According to statements attributed to the Russian president, Moscow reaffirmed its willingness to supply oil and petroleum products to the US and global markets.
Russian Deputy Prime Minister Alexander Novak also announced an earlier-than-planned easing of restrictions on diesel exports. The volumes outlined were 300,000 tonnes in October, 500,000 tonnes in November and one million tonnes in December, with a longer-term target of three million tonnes per month.
The US administration has also provided for an exemption from US sanctions for Russian diesel shipments destined for global markets until April 7, 2027, according to the information cited in this context.
However, these announcements do not automatically mean that Germany can resume purchasing Russian diesel. European Union restrictions and US measures operate under different legal frameworks. Any potential return to Russian energy imports would therefore require clarification of the applicable European rules and the practical conditions for supply.
For Berlin, the issue is both economic and political: how can Germany reduce energy costs without abandoning the European Union’s strategic approach towards Moscow?
Friedrich Merz seeks tougher EU action against unfair trade
Energy costs are not Germany’s only economic concern. Chancellor Friedrich Merz is also pushing for a stronger European response to what he describes as unfair trade practices by third countries.
Speaking in the Bundestag ahead of an EU summit, Merz criticised high subsidies, artificially undervalued exchange rates, excess production capacity and aggressive pricing policies that he says can harm European businesses.
“We will no longer stand idly by while other states damage our economy,” he said, adding that the European Union was prepared to defend its interests through proportionate retaliatory measures.
Merz highlighted joint proposals from Germany and France to establish a new trade-defence instrument. The aim would be to enable the European Commission to respond more quickly to targeted attacks against European industry and supply chains.
According to the German chancellor, the mechanism would allow the Commission to act without always having to wait for a preliminary examination by the European Council. The Council could subsequently refer the matter for consideration under qualified majority voting.
If adopted, the proposal would seek to shorten the EU’s response time when dealing with trade practices considered harmful to its economic interests.
Germany faces pressure over purchasing power and industrial competitiveness
Germany is now confronting several competing priorities. Rising energy prices are putting pressure on household budgets and business costs, while the Merz government wants to strengthen Europe’s strategic and commercial position amid growing international economic rivalries.
Wagenknecht’s proposal has brought the question of Russian energy supplies back to the forefront of German politics. Merz’s trade-defence initiative, meanwhile, reflects his determination to strengthen the European Union’s ability to protect its industries.
Whether these approaches will ease Germany’s immediate economic difficulties remains uncertain. Inflation will depend partly on the future trajectory of energy prices, while industrial competitiveness requires solutions extending beyond fuel imports alone.
With inflation reaching 3.3% in September, Germany is entering another period of economic tension. The government’s ability to balance affordable energy, industrial competitiveness and European strategic priorities will be a key test of its economic policy.
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