Or du Cameroun : 269 kg saisis par l’État, 15 tonnes exportées vers Dubaï… le trou noir qui plombe le budget 2027

Or du Cameroun : 269 kg saisis par l’État, 15 tonnes exportées vers Dubaï… le trou noir qui plombe le budget 2027

269 kg d’or collectés, 15 tonnes importées par Dubaï : Paul Biya veut booster les recettes minières en 2027, mais l’ITIE révèle des zones d’ombre troublantes. Enquête.

Publicité

Or du Cameroun : 269 kg collectés, 15 tonnes exportées vers Dubaï… le scandale qui plombe le budget 2027


Paul Biya veut doper les recettes minières en 2027. Mais entre des reversements locaux jamais confirmés, des chiffres qui ne collent pas et des exportations fantômes, la filière aurifère camerounaise ressemble à une passoire. Enquête sur un dossier qui fâche.


C’est une circulaire qui ne dit pas son nom. Le 12 octobre 2026, le président Paul Biya a signé le document cadre de préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027. Objectif affiché : augmenter la contribution de l’exploitation minière aux recettes publiques. En clair, faire rentrer plus de milliards dans les caisses de Yaoundé. Mais derrière les bonnes intentions, le diable se cache dans les détails. Et les détails, justement, ne rassurent pas.


Une circulaire sans chiffres, des contrôles sans preuves


Le chef de l’État prescrit de « renforcer les contrôles et l’encadrement des activités minières ». Il demande aussi de poursuivre la promotion de l’exploitation du fer, de l’or et de la bauxite pour « accroître la contribution du secteur minier au budget de l’État ». Jusque-là, tout va bien. Sauf que le document ne fixe aucun objectif chiffré de recettes supplémentaires pour l’or. Aucune hausse spécifique de taxation n’est annoncée. Bref, on parle d’ambition, pas de calendrier ni de montant.


Dans son volet décentralisation, la circulaire prescrit la « mise à disposition effective des ressources fiscales collectées au profit des collectivités territoriales décentralisées ». Une instruction qui concerne l’ensemble de la fiscalité locale, pas uniquement les revenus miniers. Autrement dit, rien de spécifique à l’or.


269 kg d’or collectés en 2023… et après ?


En 2023, la Société nationale des mines (Sonamines) a collecté 269,12 kg d’or au titre de l’impôt synthétique minier libératoire et du droit de sortie. Valorisation selon le rapport ITIE publié en décembre 2025 : 10,29 milliards de FCFA. Sauf que ce montant correspond à des prélèvements en nature, pas à un encaissement équivalent dans le budget de l’État. Nuance de taille.


Plus gênant encore : le rapport ITIE n’a pas pu confirmer les reversements aux communes et aux populations riveraines. « Ni les procès-verbaux de rétrocession ni les rapports Sonamines ne confirment que ces parts ont été effectivement transférées », note le document. Traduction : l’or a été prélevé, mais on ne sait pas s’il est arrivé à destination.


Des chiffres qui ne collent pas


L’ITIE relève aussi une incohérence majeure. Le tableau 115, page 224, annonce 34,69 kg d’or de droits théoriques, soit environ 1,3 milliard de FCFA. Problème : ses deux composantes affichées totalisent 28,41 kg (11,72 + 16,69 kg). Un écart de 6,28 kg qui empêche de retenir l’estimation sans réserve. Attention : cela ne prouve pas une disparition d’or. Mais ça ne inspire pas confiance.


Code minier : qui touche quoi ?


L’imposition de l’or a pourtant une base légale. Le Code minier du 19 décembre 2023 fixe à 5 % la taxe ad valorem applicable aux métaux précieux, calculée sur la valeur taxable des produits à la sortie de la mine. Pour l’exploitation artisanale semi-mécanisée, l’article 25 prévoit un impôt synthétique minier libératoire de 25 % de la production brute. Ce taux comprend la part de l’État (17,8 %), la taxe ad valorem (5 %) et un acompte d’impôt sur les sociétés (2,2 %). Ces composantes sont incluses dans les 25 % : elles ne s’y ajoutent pas.


Mais la redistribution fait apparaître des différences entre documents officiels. Pour la taxe ad valorem de l’artisanat minier, de la petite mine et de la mine industrielle, l’article 2 de l’arrêté du ministre des Finances du 16 juillet 2025 prévoit 5 % pour la commune du site d’extraction, 5 % pour les régions et 2 % pour les populations riveraines. Or l’édition officielle 2026 du Code général des impôts, publiée par la Direction générale des impôts, reproduit encore à l’article 239 quinquies une affectation de 25 % au bénéfice de la commune territorialement compétente, au titre de la compensation des populations affectées. Deux textes, deux réalités. Le rapprochement est nécessaire pour établir les droits de chaque bénéficiaire.


22,3 kg exportés… 15 tonnes importées par Dubaï


C’est le chiffre qui donne le vertige. Dans une analyse publiée le 17 avril 2026, Ahmed Zouari, du Secrétariat international de l’ITIE, relève que le Cameroun n’a déclaré que 22,3 kg d’exportations d’or en 2023. Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont enregistré plus de 15 tonnes d’importations en provenance du Cameroun. Un écart vertigineux. Attention : cette discordance ne suffit pas, à elle seule, à mesurer les volumes frauduleusement exportés ni les pertes fiscales correspondantes. Mais elle pose question.


2025 : « aucun gramme d’or exporté par les voies formelles »


Pour l’exercice 2025, la Sonamines dresse un constat encore plus troublant. Dans son compte rendu publié le 19 mars 2026 d’une rencontre avec les représentants des bureaux d’achat, l’entreprise rapporte que « aucun gramme d’or n’a été exporté par les voies formelles ». Le document restitue les explications données une semaine auparavant par son directeur général, Serge Hervé Boyogueno. Cette affirmation concerne les circuits d’exportation officiellement enregistrés : elle ne signifie pas que la production nationale était nulle. Le compte rendu ne chiffre ni les quantités sorties par d’autres circuits ni les recettes fiscales correspondantes. Autrement dit, l’or camerounais sort, mais pas par la porte officielle.


Des mesures annoncées… mais pas encore appliquées


Des mesures de contrôle avaient déjà été annoncées avant la circulaire budgétaire. L’analyse de l’ITIE rappelle notamment les dispositions présentées en février 2026 pour vérifier les autorisations d’exploitation et mieux encadrer les déclarations de production. Leur annonce ne constitue cependant pas un bilan de leur application. En clair, on a promis de surveiller. Mais on ne sait pas si on surveille vraiment.


Ce qu’il faut retenir


Le Cameroun veut augmenter les recettes minières en 2027. Mais sans objectif chiffré, sans réforme fiscale annoncée, avec des reversements locaux non confirmés, des incohérences comptables et des exportations déclarées très inférieures aux importations de ses partenaires, la filière aurifère ressemble à un chantier ouvert. Les bonnes intentions sont là. Les milliards, eux, restent à trouver.




Cameroon’s Gold: 269 kg Collected, 15 Tonnes Exported to Dubai… The Black Hole Draining the 2027 Budget


Paul Biya wants to boost mining revenue in 2027. But with unconfirmed local transfers, inconsistent figures, and phantom exports, Cameroon’s gold sector looks like a sieve. An investigation into a case that raises uncomfortable questions.


It’s a circular that doesn’t say its name. On October 12, 2026, President Paul Biya signed the framework document for preparing the state budget for the 2027 fiscal year. The stated goal: increase the mining sector’s contribution to public revenue. In plain terms, get more billions into Yaoundé’s coffers. But behind the good intentions, the devil is in the details. And the details, precisely, are far from reassuring.


A Circular Without Figures, Controls Without Proof


The head of state calls for “strengthening controls and oversight of mining activities.” He also calls for continued promotion of iron, gold, and bauxite exploitation to “increase the mining sector’s contribution to the state budget.” So far, so good. Except the document sets no quantified target for additional gold revenue. No specific tax increase is announced. In short, we’re talking ambition, not a timeline or an amount.


In its decentralization section, the circular calls for the “effective provision of tax resources collected for the benefit of decentralized local authorities.” An instruction that concerns all local taxation, not just mining revenue. In other words, nothing specific to gold.


269 kg of Gold Collected in 2023… And Then?


In 2023, the National Mining Company (Sonamines) collected 269.12 kg of gold under the lump-sum mining tax and export duty. According to the ITIE report published in December 2025, this is valued at 10.29 billion FCFA. Except this amount corresponds to in-kind levies, not an equivalent cash intake into the state budget. A significant nuance.


More troubling still: the ITIE report could not confirm transfers to communes and riparian populations. “Neither the retrocession reports nor the Sonamines reports confirm that these shares were actually transferred,” the document notes. Translation: the gold was collected, but we don’t know if it reached its destination.


Figures That Don’t Add Up


The ITIE also notes a major inconsistency. Table 115, page 224, announces 34.69 kg of theoretical gold rights, or about 1.3 billion FCFA. Problem: its two displayed components total 28.41 kg (11.72 + 16.69 kg). A gap of 6.28 kg that prevents the estimate from being accepted without reservation. Note: this does not prove gold disappeared. But it doesn’t inspire confidence.


Mining Code: Who Gets What?


Gold taxation does have a legal basis. The Mining Code of December 19, 2023, sets the ad valorem tax on precious metals at 5%, calculated on the taxable value of products at the mine exit, with reference to international prices. For semi-mechanized artisanal mining, Article 25 provides for a lump-sum mining tax of 25% of gross production. This rate includes the state’s share (17.8%), the ad valorem tax (5%), and a corporate tax advance (2.2%). These components are **included** in the 25%: they are not added to it.


But redistribution reveals differences between official documents. For the ad valorem tax on artisanal mining, small-scale mining, and industrial mining, Article 2 of the Minister of Finance’s order of July 16, 2025, provides for 5% for the commune of the extraction site, 5% for the regions, and 2% for riparian populations. Yet the official 2026 edition of the General Tax Code, published by the Directorate General of Taxes, still reproduces at Article 239 quinquies an allocation of 25% for the territorially competent commune, as compensation for affected populations. Two texts, two realities. A reconciliation is needed to establish each beneficiary’s rights.


22.3 kg Exported… 15 Tonnes Imported by Dubai


This is the figure that makes your head spin. In an analysis published on April 17, 2026, **Ahmed Zouari** of the ITIE International Secretariat notes that Cameroon declared only 22.3 kg of gold exports in 2023. At the same time, the United Arab Emirates recorded over 15 tonnes of imports from Cameroon. A staggering gap. Note: this discrepancy alone does not measure fraudulently exported volumes or corresponding tax losses. But it raises questions.


2025: “Not a Single Gram of Gold Exported Through Formal Channels”


For the 2025 fiscal year, Sonamines paints an even more troubling picture. In its report published on March 19, 2026, following a meeting with representatives of buying offices, the company reports that “not a single gram of gold was exported through formal channels.” The document relays explanations given a week earlier by its Director General, Serge Hervé Boyogueno. This statement concerns officially registered export circuits: it does not mean national production was zero. The report does not quantify quantities leaving through other circuits or the corresponding tax revenue. In other words, Cameroonian gold is leaving, but not through the official door.


Measures Announced… But Not Yet Applied


Control measures had already been announced before the budget circular. The ITIE analysis recalls in particular the provisions presented in February 2026 to verify operating permits and better regulate production declarations. However, their announcement does not constitute an assessment of their application. In short, promises to monitor were made. But whether monitoring is actually happening remains unclear.


The Bottom Line


Cameroon wants to increase mining revenue in 2027. But with no quantified target, no announced tax reform, unconfirmed local transfers, accounting inconsistencies, and declared exports far below its partners’ imports, the gold sector looks like an open construction site. Good intentions are there. The billions, however, remain to be found.


Cameroun or, exploitation minière Cameroun, recettes publiques Cameroun, budget 2027 Cameroun, Paul Biya circulaire, ITIE Cameroun, Sonamines or, exportation or Cameroun, Dubaï or Cameroun, taxe ad valorem or, Code minier Cameroun, fiscalité minière Cameroun, transparence industries extractives, Serge Hervé Boyogueno, Ahmed Zouari, ressources minières Cameroun, décentralisation fiscale Cameroun, impôt synthétique minier, or artisanal Cameroun, fraudes exportation or, gouvernance minière Cameroun, économie Cameroun, mines Cameroun, budget État Cameroun, recettes minières 2027


Silognhia Edwige

Publicité

Le calendrier complet de la Can Féminine 2026

Suivez certains matchs en direct grâce à nos partenaires