Nachtigal produit, mais Douala attend toujours son courant : le deuxième corridor électrique repoussé à novembre
Douala, capitale économique du Cameroun, attend l’électricité de Nachtigal. La centrale hydroélectrique tourne à pleine puissance installée, 420 MW, mais les lignes qui doivent en acheminer davantage vers le Littoral ne sont toujours pas livrées. Après juin 2026, le gouvernement mise désormais sur novembre.
Le décor est posé : d’un côté, un barrage qui produit. De l’autre, un réseau de transport qui n’a pas suivi. Et au milieu, une demande industrielle supplémentaire estimée à 150 MW qui patiente.
Une nouvelle descente de terrain, une nouvelle échéance
Le 7 octobre 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, s’est rendu sur les chantiers du deuxième corridor d’évacuation de l’électricité de Nachtigal. Il en est reparti avec un nouveau calendrier : les entreprises doivent achever les travaux en novembre, après plusieurs reports.
Cette visite est intervenue au lendemain de celle effectuée à la centrale de Nachtigal elle-même. Les sept groupes de 60 MW y sont opérationnels depuis mars 2025, et l’ouvrage a déjà produit plus de 4 TWh depuis la mise en service de ses premiers groupes en 2024.
Le problème se situe donc en aval. Le réseau de transport, placé sous la responsabilité de la Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL), n’a pas avancé au même rythme que la production.
Juin, puis octobre, puis novembre
Lors d’une précédente mission, en mars 2026, le ministre avait exigé la mise sous tension des ouvrages concernés au plus tard en juin. Sur le chantier d’Ebombè, dans le Littoral, il restait alors cinq pylônes à monter et 75 km de câbles à dérouler.
Le 7 octobre, la ligne 400 kV Nyom 2–Nkolkoumou–Edéa s’est vu fixer novembre comme nouvelle échéance. Cette infrastructure, longue de plusieurs centaines de kilomètres et composée de 397 pylônes, doit porter la capacité de transit entre Yaoundé et le Littoral à 1 500 MW.
Au poste d’Edéa-Béon, les travaux affichent un taux d’exécution de 95 %. L’échéance de fin octobre a pourtant été repoussée au 15 novembre 2026, notamment à cause de la livraison tardive d’un câble principal. Le ministre a été clair : « On ne peut pas dépasser novembre. »
150 MW de demande industrielle et 4 milliards FCFA par mois en jeu
Douala concentre une part importante des activités industrielles du pays. Selon les estimations du ministère, les investissements dans le transport et les postes électriques doivent permettre d’y satisfaire plus de 150 MW de demande industrielle supplémentaire. La Banque mondiale reprend cette estimation dans un document de restructuration du Projet de transport d’électricité et de réforme du secteur (P152755), daté du 30 juin 2025. Elle précise que cette demande pourrait être couverte grâce à l’arrivée de l’électricité de Nachtigal par la ligne 400 kV, combinée aux autres investissements engagés sur le réseau.
Sur le plan financier, le ministère évalue à près de 4 milliards FCFA par mois les recettes commerciales supplémentaires attendues de ces nouvelles consommations. Cela représenterait environ 48 milliards FCFA par an, selon les calculs de la rédaction, si ce niveau mensuel était maintenu sur douze mois. Attention toutefois : il s’agit de recettes prévisionnelles, pas d’un bénéfice net, et les hypothèses de consommation et de tarification n’ont pas été précisées.
Le retard a aussi un coût de production. Dans son rapport de juin 2025, la Banque mondiale indiquait qu’en l’absence de la ligne 400 kV, le Littoral devrait continuer à mobiliser des centrales thermiques plus coûteuses. Le bailleur évoquait également des restrictions de consommation liées aux limites du réseau, malgré la disponibilité d’une production hydroélectrique moins chère.
Indemnisations, marchés publics, engins de levage : les causes des retards
Ces difficultés ne datent pas d’hier. Dans son document du 30 juin 2025, la Banque mondiale relevait déjà la lenteur des procédures de passation des marchés, les retards dans la préparation des plans de réinstallation, les délais d’expropriation et les difficultés d’indemnisation des populations affectées. Le document faisait aussi état de surcoûts, de réclamations foncières et de problèmes techniques sur plusieurs chantiers. Au 5 mai 2025, 195 réclamations étaient encore actives dans le mécanisme de gestion des plaintes du projet.
Ces blocages avaient conduit le bailleur à prolonger d’un an la date de clôture du projet, du 30 juin 2025 au 30 juin 2026. La Banque mondiale prévoyait alors l’achèvement du tronçon Nkolkoumou–Edéa au 30 octobre 2025. Près d’un an après cette prévision, les travaux se poursuivent.
Lors de la visite du 7 octobre 2026, les retards signalés concernent entre autres la livraison de certains équipements. Sur la liaison Edéa-Béon–Piti-Dibamba, les équipes évoquent aussi des difficultés d’accès en saison des pluies et une insuffisance d’engins de levage.
Les responsables du ministère de l’Eau et de l’Énergie et de la SONATREL n’ont pas apporté de précisions complémentaires sur les causes des reports successifs.
Le 30 novembre 2026, une autre date qui compte
Le calendrier financier du programme a lui aussi été révisé à plusieurs reprises. En juin 2026, la Banque mondiale a accordé un financement additionnel de 50 millions de dollars au Projet de transport d’électricité et de réforme du secteur. Ses documents financiers fixent désormais au 30 novembre 2026 la date de clôture du financement concerné, soit quelques semaines après les nouvelles échéances annoncées pour les ouvrages.
Cette date ne correspond pas forcément à la réception définitive de tous les chantiers. Elle resserre néanmoins le calendrier des opérations encore financées dans le cadre du programme.
Nachtigal ne doit plus dépendre d’une seule ligne
La Banque mondiale avait aussi alerté sur la dépendance de Nachtigal à sa première ligne d’évacuation, la liaison 225 kV Nyom 2–Oyomabang, par laquelle transite l’électricité des sept groupes de la centrale. Le deuxième corridor doit diversifier les possibilités d’acheminement et augmenter les capacités de transit vers Douala.
Certains ouvrages relèvent d’autres programmes. C’est le cas de la liaison 225 kV Edéa-Béon–Piti-Dibamba, associée au Projet d’interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad (PIRECT), soutenu notamment par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. L’interconnexion régionale reste soumise à l’achèvement d’autres infrastructures au Cameroun et au Tchad.
Ce qu’il faut retenir
Le prochain rendez-vous est fixé au 15 novembre 2026 pour le poste d’Edéa-Béon, et le gouvernement attend l’achèvement des ouvrages concernés en novembre. La mise sous tension effective des équipements, elle, reste à confirmer après les essais techniques. Pour les industriels du Littoral comme pour les finances du secteur, le compte à rebours est lancé.
Nachtigal Is Producing, but Douala Is Still Waiting: Power Line Delays Pushed to November
Nachtigal delivers 420 MW, but the 400 kV line to Douala is still late. New deadline: November 2026. 150 MW and CFA 4 billion a month at stake.
Cameroon’s economic capital is waiting for Nachtigal’s electricity. The hydropower plant has all of its 420 MW installed capacity, yet the infrastructure meant to carry more power to the Littoral region is still behind schedule. After June 2026, the government is now betting on November.
On one side, a dam that delivers. On the other, a transmission grid that has not kept pace. In between, an estimated 150 MW of additional industrial demand is left waiting.
A new field visit, a new deadline
On October 7, 2026, Water and Energy Minister Gaston Eloundou Essomba visited the construction sites of Nachtigal’s second power evacuation corridor. He left with a new schedule: contractors must finish the work in November, after several postponements.
The visit came the day after he toured the Nachtigal plant itself, whose seven 60 MW units have been operational since March 2025. The facility has produced more than 4 TWh since its first units came online in 2024.
The bottleneck is downstream. The transmission network, managed by the national electricity transmission company SONATREL, has not moved at the same pace as generation.
June, then October, then November
During an earlier mission in March 2026, the minister had demanded that the works be energized by June at the latest. At the Ebombè site in the Littoral region, five pylons were still to be erected and 75 km of cable still to be laid.
On October 7, November was set as the new deadline for the 400 kV Nyom 2–Nkolkoumou–Edéa line. The line, several hundred kilometers long and made up of 397 pylons, is meant to raise transmission capacity between Yaoundé and the Littoral to 1,500 MW.
At the Edéa-Béon substation, works are 95% complete. Still, the end-of-October deadline has been pushed back to November 15, 2026, notably because of the late delivery of a main cable. The minister was blunt: “We cannot go beyond November.”
150 MW of industrial demand and CFA 4 billion a month at stake
Douala concentrates a large share of the country’s industrial activity. According to the Ministry of Water and Energy, investments in transmission and substations should make it possible to meet more than 150 MW of additional industrial demand there. The World Bank repeats this estimate in a restructuring document for the Electricity Transmission and Sector Reform Project (P152755), dated June 30, 2025. It states that this demand could be met once Nachtigal’s power arrives via the 400 kV line, combined with other grid investments.
Financially, the ministry estimates the additional commercial revenue from this new consumption at nearly CFA 4 billion per month. That would amount to about CFA 48 billion a year, by this newsroom’s calculation, if the monthly figure held for twelve months. A caveat: these are projected revenues, not net profit, and the consumption and pricing assumptions behind the estimate have not been disclosed.
The delay also affects production costs. In its June 2025 report, the World Bank noted that without the 400 kV line, the Littoral would have to keep relying on more expensive thermal plants. The lender also mentioned consumption restrictions caused by grid limits, despite the availability of cheaper hydropower.
Compensation, procurement, lifting equipment: why the delays
These problems are not new. In its June 30, 2025 document, the World Bank already pointed to slow procurement procedures, delays in preparing resettlement plans, expropriation delays and difficulties compensating affected communities. It also reported cost overruns, land claims and technical difficulties at several sites. As of May 5, 2025, 195 complaints were still active in the project’s grievance mechanism.
These obstacles led the lender to extend the project’s closing date by one year, from June 30, 2025 to June 30, 2026. The World Bank then expected the Nkolkoumou–Edéa section to be completed by October 30, 2025. Nearly a year after that forecast, work continues.
During the October 7, 2026 visit, the delays cited included late delivery of some equipment. On the Edéa-Béon–Piti-Dibamba link, crews also reported access difficulties during the rainy season and a shortage of lifting equipment.
Officials at the Ministry of Water and Energy and SONATREL gave no further details on the causes of the repeated postponements.
November 30, 2026: another date that matters
The program’s financial timetable has also been revised several times. In June 2026, the World Bank approved additional financing of $50 million for the Electricity Transmission and Sector Reform Project. Its financial documents now set November 30, 2026 as the closing date for that financing, just weeks after the new deadlines announced for the corridor works.
That date does not necessarily mean all sites will be formally accepted by then. It does, however, tighten the schedule for operations still funded under the program.
Nachtigal should not depend on a single line
The World Bank had also warned of Nachtigal’s dependence on its first evacuation line, the 225 kV Nyom 2–Oyomabang link, through which the output of all seven units flows. The second corridor is meant to diversify delivery routes and raise transmission capacity toward Douala.
Some works belong to other programs. This is the case of the 225 kV Edéa-Béon–Piti-Dibamba link, tied to the Cameroon–Chad Power Grid Interconnection Project (PIRECT), backed notably by the World Bank and the African Development Bank. The regional interconnection still depends on the completion of other infrastructure in Cameroon and Chad.
Key takeaways
The next precise deadline is November 15, 2026 for the Edéa-Béon substation, and the government expects the works to be completed in November. Actual energization remains to be confirmed after technical tests. For Littoral industry and for the sector’s finances alike, the countdown is on.
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