Le swahili veut entrer dans la cour des grandes : la Tanzanie défie l'UIP, le Ghana frappe à la porte des BRICS… et l'Afrique redessine les règles du jeu mondial

Le swahili veut entrer dans la cour des grandes : la Tanzanie défie l'UIP, le Ghana frappe à la porte des BRICS… et l'Afrique redessine les règles du jeu mondial

Swahili à l'UIP, Ghana vers les BRICS, Ebola en RDC, Kenya Airways, Kamaz au Mali : l'Afrique bouge, parle, commerce et s'affirme. Décryptage d'une semaine qui change la donne sur la scène mondiale

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L'Afrique ne demande plus la parole : elle la prend


Cette semaine, le continent noir a envoyé un message clair à la planète : l'Afrique ne veut plus être spectatrice de la mondialisation, elle veut en écrire les règles. De Arusha à Accra, de Bamako à Nairobi, les décisions tombent, les alliances se tissent, et les grandes institutions internationales sont sommées de s'adapter. Récit d'une actualité qui secoue l'ordre établi.


La Tanzanie met le swahili sur la table de l'UIP


C'est une revendication qui a des allures de déclaration d'indépendance linguistique. À Arusha, où se tient la 153? Assemblée de l'Union interparlementaire (UIP), la Tanzanie a officiellement proposé que le swahili devienne langue de travail officielle de l'organisation.


« L'inclusion commence par la langue du peuple. La Tanzanie appelle à nouveau à reconnaître le swahili comme langue de travail officielle de l'UIP », a lancé Damas Ndumbaro, président du groupe parlementaire tanzanien auprès de l'UIP, cité par le journal The Citizen.


Et les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 200 millions de personnes parlent swahili à travers le monde. Une langue qui n'a plus rien d'une affaire purement est-africaine. Pourtant, l'UIP ne reconnaît aujourd'hui que l'anglais et le français comme langues officielles, l'arabe et l'espagnol étant utilisés lors des grands événements.


Ce qu'il faut retenir : Cette requête n'est pas un caprice diplomatique. C'est un bras de fer symbolique. Pendant que plus de 2 000 délégués venus de 184 pays discutent à Arusha du 5 au 9 octobre, la Tanzanie rappelle que l'Afrique représente une force démographique et culturelle que les institutions internationales ne peuvent plus ignorer. Le swahili, langue de commerce, de culture et de résistance, frappe à la porte des grandes instances. Reste à savoir qui osera lui ouvrir.


Le Ghana dit oui aux BRICS et assume son virage


Pendant ce temps, à Accra, le gouvernement ne fait pas dans la dentelle. Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a annoncé que le cabinet ghanéen avait approuvé l'adhésion du pays aux BRICS.


« L'administration du président John Dramani Mahama estime que les BRICS offrent une opportunité incroyable, qui correspond à sa vision du développement économique. Nous passons de la stabilisation à des transformations économiques. Nous devons diversifier notre coopération internationale », a-t-il déclaré, cité par le Daily Graphic.


Le diplomate se dit confiant : le Ghana peut compter sur le soutien du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud, avec lesquels il entretient d'excellentes relations.


Ce n'est pas un simple ralliement. C'est un signal géopolitique fort. Le Ghana, longtemps aligné sur les partenaires occidentaux, choisit de diversifier ses alliances. Les BRICS, qui représentent déjà près de 40 % de la population mondiale et une part croissante du PIB global, apparaissent comme une alternative crédible. Accra ne tourne pas le dos à l'Occident : elle ouvre grand la porte à d'autres. Une stratégie d'équilibre qui pourrait faire des émules sur le continent.


Ebola : l'OMS joue la carte de la raison face à la panique


Alors que la psychose gagne du terrain, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) refuse de céder à la peur. Elle estime qu'il ne faut pas imposer de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo (RDC), le Kenya et l'Ouganda, malgré l'épidémie de fièvre Ebola.


Le Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique indique toutefois « continuer de suivre attentivement la situation » et appelle à « soutenir les mesures de riposte dans les pays touchés ».


Un premier cas d'infection a été détecté au Kenya la veille. Et le tableau est sombre : l'épidémie actuelle en RDC, provoquée par le virus Bundibugyo — contre lequel il n'existe ni vaccin ni traitement spécifique — est déjà la plus grande jamais enregistrée dans l'histoire du pays.


Selon les règles de l'OMS, la détection d'un seul cas d'Ebola suffit à déclarer automatiquement un épicentre. Le virus, transmis à l'homme par des animaux infectés, provoque fièvre, vomissements, maux de tête et de gorge, avant d'attaquer les reins et le foie, avec parfois des saignements internes et externes. L'OMS mise sur la coordination plutôt que sur l'isolement. Une position courageuse, mais qui exige une vigilance de tous les instants.


Drame à bord d'un Nairobi-Lagos : la police nigériane enquête


Le ciel africain a été le théâtre d'un drame. La police nigériane a ouvert une enquête sur la mort d'un passager à bord d'un vol Kenya Airways reliant Nairobi à Lagos, rapporte le journal Punch, citant la police de l'aéroport Murtala-Muhammed.


Les faits, survenus le 6 octobre, glacent le sang. Selon Michael Achimugu, porte-parole de l'administration de l'aviation civile du Nigeria, l'homme s'est montré agressif en plein vol, tentant de pénétrer dans la cabine de pilotage et d'ouvrir la porte arrière de l'appareil. Pour le maîtriser, ses mains ont été attachées.


Environ 20 minutes avant l'atterrissage, le passager se calme… puis fait un malaise respiratoire. L'équipage lui prodigue les premiers secours. Mais à l'arrivée à Lagos, les médecins ne peuvent que constater le décès. La police a recueilli les témoignages de l'équipage, y compris du commandant de bord. La cause de la mort n'est pas encore établie. Kenya Airways a confirmé l'urgence médicale et le décès, sans révéler l'identité ni la nationalité du passager.


Ce que ça pose : Au-delà du drame humain, cette affaire relance le débat sur la gestion des incidents psychiatriques ou comportementaux en vol. Comment former les équipages ? Quels protocoles pour contenir un passager dangereux sans mettre sa vie en danger ? Des questions que l'aviation civile africaine devra tôt ou tard trancher.


Kamaz au Mali : 45,7 millions d'euros pour rouler vers la souveraineté


Le Mali ne fait pas dans la demi-mesure. La société de transport SMTL-SA a signé avec le géant russe Kamaz un contrat portant sur la livraison de camions pour un montant de plus de 30 milliards de francs CFA (45,7 millions d'euros). La cérémonie s'est tenue à Bamako, en présence des ministres de l'Économie et des Finances, ainsi que des Transports et des Infrastructures.


Conclu dans le cadre d'un accord intergouvernemental Mali-Russie, ce contrat vise à développer le potentiel de transport et logistique du pays, crucial pour l'approvisionnement en produits alimentaires et industriels.


Et ce n'est pas tout : Des ateliers de réparation et d'entretien verront le jour à Bamako, ainsi que des capacités d'assemblage de camions. Livraison de pièces détachées, transfert de technologies et formation de spécialistes maliens sont également prévus.


Le décryptage : Bamako diversifie ses partenariats et mise sur la Russie pour renforcer son autonomie logistique. Une manière de desserrer l'étau des sanctions et de s'affranchir de certaines dépendances. Le message est clair : le Mali veut rouler, et il choisit ses garages.


Kenya : 2,34 milliards d'euros pour transformer l'économie


Le Fonds national d'infrastructure (NIF) du Kenya passe à la vitesse supérieure. Il déploie un capital initial de 340 milliards de shillings kényans (environ 2,34 milliards d'euros) et prévoit notamment d'acquérir une participation dans la raffinerie de pétrole du groupe Dangote, en construction dans le comté de Lamu.


L'information a été confiée à Reuters par le directeur général du NIF, James Mworia. Le fonds a commencé à acquérir des obligations d'État kényanes dès juillet, avec l'objectif de déployer la totalité du capital avant juin 2027.


« Cela donnera un coup de pouce à la liquidité du reste du marché », assure-t-il. Le portefeuille obligataire devrait générer environ 42 milliards de shillings (289 millions d'euros) par an.


La vision : Le NIF veut utiliser ces fonds pour attirer des investissements privés dans l'énergie, les transports, la logistique, les TIC, l'eau et l'agriculture. Sur dix ans, il ambitionne de mobiliser 3 600 milliards de shillings (24,7 milliards d'euros), grâce à des co-investisseurs et à l'emprunt. Un plan Marshall kényan qui pourrait repositionner le pays comme hub économique de l'Afrique de l'Est.


Éthiopie-Érythrée : le Tigré au bord du gouffre


La tension monte d'un cran dans la Corne de l'Afrique. Les autorités éthiopiennes ont exigé de l'Érythrée le retrait immédiat de ses militaires de la région du Tigré.


« Toutes les forces militaires étrangères opérant sur notre territoire souverain doivent se retirer immédiatement. En particulier, les forces érythréennes présentes au Tigré doivent quitter sans délai le territoire éthiopien », a déclaré Enatalem Melese, ministre du Service de communication du gouvernement éthiopien, citée par Horn Review.


Les affrontements qui ont repris le 22 septembre entre les forces gouvernementales éthiopiennes et les rebelles constituent la plus grave escalade depuis la fin de la guerre civile de 2020-2022. Au cours du week-end, l'armée, avec l'appui de mouvements alliés, a pris le contrôle de Mekele, capitale administrative du Tigré. Les forces du Front de libération du peuple du Tigré (FPLT) ont quitté la ville sans combattre.


Pourquoi c'est grave : Ce regain de violence menace de replonger l'Éthiopie dans un conflit dévastateur. La présence érythréenne au Tigré, dénoncée depuis des mois, pourrait devenir le détonateur d'une guerre régionale. La communauté internationale, déjà mobilisée sur d'autres fronts, ne peut pas se permettre de détourner le regard.




Africa Doesn't Ask for a Seat Anymore — It Takes One


From Arusha to Accra, from Bamako to Nairobi, the continent is rewriting the rules of the global game.


This week, Africa sent a clear message to the world: it will no longer be a spectator in globalization — it wants to write the rules. From Arusha to Accra, from Bamako to Nairobi, decisions are falling, alliances are being forged, and international institutions are being summoned to adapt. Here's the story of a week that shakes the established order.


Tanzania Puts Swahili on the UIP Table


It's a demand that looks like a declaration of linguistic independence. In Arusha, where the 153rd Assembly of the Inter-Parliamentary Union (IPU) is being held, Tanzania has officially proposed that Swahili become an official working language of the organization.


"Inclusion begins with the language of the people. Tanzania calls again for Swahili to be recognized as an official working language of the IPU," declared Damas Ndumbaro, head of the Tanzanian parliamentary group at the IPU, quoted by The Citizen.


And the numbers speak for themselves: more than 200 million people speak Swahili worldwide. Yet the IPU currently recognizes only English and French as official languages, with Arabic and Spanish used at major events.


Key takeaway: This is not a diplomatic whim. It's a symbolic showdown. While over 2,000 delegates from 184 countries meet in Arusha from October 5 to 9, Tanzania reminds the world that Africa represents a demographic and cultural force that institutions can no longer ignore.


Ghana Says Yes to BRICS


In Accra, the government is not mincing words. Foreign Minister Samuel Okudzeto Ablakwa announced that Ghana's cabinet has approved the country's accession to BRICS.


"President John Dramani Mahama's administration believes BRICS offers an incredible opportunity that matches his vision for economic development. We must diversify our international cooperation," he said, quoted by the Daily Graphic.


The analysis: This is a strong geopolitical signal. Ghana, long aligned with Western partners, is choosing to diversify its alliances. A balancing strategy that could inspire others across the continent.


Ebola: WHO Chooses Reason Over Panic


The World Health Organization (WHO) refuses to give in to fear. It says no travel or trade restrictions should be imposed on the Democratic Republic of Congo (DRC), Kenya, and Uganda, despite the Ebola outbreak.


The current outbreak in the DRC, caused by the Bundibugyo virus — for which there is no vaccine or specific treatment — is already the largest ever recorded in the country's history.


Drama on a Nairobi-Lagos Flight: Nigerian Police Investigate


Nigerian police have opened an investigation into the death of a passenger aboard a Kenya Airways flight from Nairobi to Lagos, according to Punch.


The man became aggressive, tried to enter the cockpit and open the rear door. His hands were tied. About 20 minutes before landing, he calmed down, then suffered breathing problems. He was pronounced dead upon arrival. The cause of death has not yet been established.


Kamaz in Mali: €45.7 Million to Drive Toward Sovereignty


Malian transport company SMTL-SA signed a contract with Russian giant Kamaz for the delivery of trucks worth over 30 billion CFA francs (€45.7 million). Repair workshops and truck assembly capacities will be created in Bamako.


Kenya: €2.34 Billion to Transform the Economy


Kenya's National Infrastructure Fund (NIF) is deploying an initial capital of 340 billion Kenyan shillings (about €2.34 billion) and plans to acquire a stake in the Dangote Group's oil refinery in Lamu County.


Ethiopia-Eritrea: Tigray on the Brink


Ethiopian authorities have demanded the immediate withdrawal of Eritrean troops from the Tigray region. Clashes that resumed on September 22 are the worst escalation since the 2020-2022 civil war.


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Mouahna Divine

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