Cameroun, Gabon, Tchad… : l'Afrique centrale submergée par les faux médicaments, jusqu'à 267 000 morts par an

Cameroun, Gabon, Tchad… : l'Afrique centrale submergée par les faux médicaments, jusqu'à 267 000 morts par an

Faux médicaments en Afrique centrale : 251 tonnes saisies dans la CEMAC en 2025. Antipaludiques, antibiotiques, tramadol… ce que révèle le rapport ONU-OMS-CEMAC.

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Faux médicaments en Afrique centrale : 251 tonnes saisies en 2025, l'alerte de l'ONU, de l'OMS et de la CEMAC


Yaoundé. Dans les pharmacies de rue comme sur les étals des marchés, des comprimés qui ne soignent pas, voire qui empoisonnent, circulent librement. Selon un rapport conjoint de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), les médicaments contrefaits ont littéralement inondé la sous-région. Le document, relayé notamment par Africa News, tire la sonnette d'alarme : le danger concerne autant les malades que les systèmes nationaux de santé.


251 tonnes saisies dans les six pays de la CEMAC


Le chiffre donne le vertige. En 2025, 251 tonnes de médicaments de qualité inférieure ont été saisies dans les États membres de la CEMAC : le Gabon, le Cameroun, la République du Congo, la Centrafrique, le Tchad et la Guinée équatoriale.


Les produits interceptés ne relèvent pas de la marginalité. On y trouve des antibiotiques, des antipaludiques, des analgésiques et des anti-inflammatoires, c'est-à-dire les traitements les plus courants des familles africaines. Les enquêteurs ont aussi identifié des substances psychoactives, notamment le tramadol et la prégabaline, dont l'usage non médical nourrit les risques d'addiction.


Des morts qui auraient pu être évitées


Le rapport est sans détour : « Le trafic illicite de médicaments constitue une menace sérieuse pour la santé publique, entraînant l'inefficacité des traitements, des intoxications et des décès qui auraient pu être évités. »


Les estimations citées par les trois institutions sont glaçantes :



  • les antipaludiques contrefaits ou de qualité inférieure pourraient être à l'origine de 72 000 à 267 000 décès par an en Afrique subsaharienne ;

  • l'usage d'antibiotiques de qualité inférieure contre la pneumonie de l'enfant pourrait provoquer jusqu'à 169 200 décès par an.


Concrètement, un enfant fiévreux traité avec un comprimé sous-dosé ou sans principe actif ne guérit pas. Pire, un traitement inefficace ou mal dosé peut aussi favoriser la résistance des agents pathogènes aux médicaments.


Les prix élevés, carburant du marché noir


Pourquoi ce trafic prospère-t-il ? Le rapport désigne une cause structurelle : « La prolifération des faux médicaments et le développement du marché illégal des produits médicaux sont alimentés par les prix élevés des médicaments sous licence dans les pays africains. »


Autrement dit, quand le médicament homologué est hors de portée du budget familial, le produit bradé du vendeur ambulant devient une option, au péril de la vie du patient.


Ports, fleuves, aéroports : les routes du trafic


Selon le rapport, la majeure partie des médicaments illicites entre dans la région par les ports maritimes et fluviaux, ou est introduite en contrebande par voie aérienne. Des points d'entrée stratégiques que les États doivent sécuriser, au prix d'une coordination renforcée entre douanes, autorités sanitaires et forces de sécurité.


Un enjeu qui dépasse la santé


Les auteurs soulignent que le phénomène n'est pas seulement sanitaire. « Le commerce illicite de médicaments alimente le crime organisé, affaiblit les institutions étatiques et favorise l'usage non médical de substances psychoactives addictives. » Le trafic de faux médicaments est donc aussi un enjeu de sécurité et de gouvernance.


Que retenir et comment se protéger ?


Sans se substituer à l'avis d'un professionnel de santé, quelques réflexes simples s'imposent, conformément aux recommandations habituelles des autorités sanitaires :



  • acheter uniquement en pharmacie agréée, jamais sur les marchés ou auprès de vendeurs ambulants ;

  • se méfier des prix anormalement bas et des emballages douteux ;

  • ne jamais prendre d'antibiotiques sans prescription ;

  • signaler toute vente suspecte aux autorités compétentes (ministère de la Santé publique, ordre des pharmaciens).


L'alerte lancée par l'ONUDC, l'OMS et la CEMAC est claire : sans réponse concertée, les faux médicaments continueront de fragiliser les systèmes de santé de la sous-région et de coûter des vies.




Fake Medicines in Central Africa: 251 Tonnes Seized in 2025, a Deadly Threat to Patients


Yaoundé. In street pharmacies and open-air markets alike, pills that do not heal, and sometimes poison, circulate freely. According to a joint report by the United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), the World Health Organization (WHO) and the Economic and Monetary Community of Central Africa (CEMAC), counterfeit medicines have flooded the sub-region. The report, relayed by Africa News, warns that the danger threatens both patients and national health systems.


251 tonnes seized across the six CEMAC countries


In 2025, 251 tonnes of substandard medicines were seized in CEMAC member states: Gabon, Cameroon, the Republic of Congo, the Central African Republic, Chad and Equatorial Guinea.


The seized products include antibiotics, antimalarials, painkillers and anti-inflammatories, the most common treatments in African households. Investigators also found psychoactive substances, notably tramadol and pregabalin, whose non-medical use fuels addiction risks.


Preventable deaths


The report is blunt: "Illicit drug trafficking is a serious threat to public health, leading to ineffective treatments, poisonings and deaths that could have been avoided."


The estimates are chilling:



  • counterfeit or substandard antimalarials could cause 72,000 to 267,000 deaths per year in sub-Saharan Africa;

  • substandard antibiotics used to treat childhood pneumonia could cause up to 169,200 deaths per year.


High prices fuel the black market


The report identifies a structural cause: the spread of fake medicines and the growth of the illegal market for medical products are driven by the high prices of licensed medicines in African countries. When approved drugs are out of reach for families, cheap street alternatives become tempting, at the risk of patients' lives.


Ports, rivers, airports: the trafficking routes


Most illicit medicines enter the region through seaports and river ports, or are smuggled in by air. These strategic entry points require stronger coordination between customs, health authorities and security forces.


A challenge beyond health


The authors stress that illicit medicine trade fuels organized crime, weakens state institutions and encourages the non-medical use of addictive psychoactive substances. Fake medicine trafficking is therefore also a security and governance issue.


How to protect yourself


Without replacing the advice of a health professional, simple precautions apply, in line with standard health-authority recommendations:



  • buy only from licensed pharmacies, never from street vendors;

  • beware of unusually low prices and suspicious packaging;

  • never take antibiotics without a prescription;

  • report suspicious sales to the competent authorities.


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Didier Cebas K.

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