Poulets et œufs au Cameroun : du mercure, du plomb et d’autres métaux lourds détectés dans des élevages

Poulets et œufs au Cameroun : du mercure, du plomb et d’autres métaux lourds détectés dans des élevages

Une étude menée au Cameroun détecte plusieurs métaux lourds dans des poulets et des œufs. Les chercheurs appellent à renforcer les contrôles, sans conclure à une contamination générale.

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Poulets et œufs au Cameroun : des métaux lourds détectés dans des échantillons


Une étude publiée le 1er septembre 2026 met en évidence la présence de plomb, de nickel, d’arsenic, de cadmium, de chrome et de mercure dans des échantillons de poulets de chair et d’œufs prélevés au Cameroun. Mais les chercheurs ne concluent pas à une contamination généralisée de la filière avicole.


Un signal sanitaire qui pourrait avoir des implications pour toute la chaîne avicole camerounaise. Des chercheurs de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM) ont détecté plusieurs métaux lourds dans des échantillons de poulets de chair et d’œufs provenant des régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest.


Les résultats, publiés le 1er septembre 2026 dans une étude conduite par Fabrice De Paul Tatfo Keutchatang, attirent particulièrement l’attention sur les concentrations de mercure relevées dans les foies de poulets.


Mais une précision est essentielle : ces travaux mettent en évidence la présence de contaminants dans les échantillons analysés. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d'affirmer que les élevages camerounais ou les produits avicoles commercialisés dans le pays sont contaminés de manière généralisée.


Des prélèvements dans trois grands bassins avicoles


Les chercheurs ont réalisé leurs prélèvements dans 12 élevages, à raison de quatre exploitations dans chacune des trois régions étudiées.


Au total, 48 poulets et 180 œufs ont été collectés. Pour les analyses chimiques, les chercheurs ont constitué 18 échantillons composites : six provenant des muscles, six des foies et six des œufs.


Cette distinction méthodologique est importante. La taille de l'échantillon analysé permet d'identifier la présence de plusieurs éléments métalliques dans les prélèvements, mais elle ne permet pas de calculer la proportion d'élevages contaminés dans le Centre, le Littoral ou l'Ouest.


Encore moins de tirer une conclusion statistique sur l'ensemble de la production avicole camerounaise.


Le mercure particulièrement élevé dans les foies


Parmi les résultats les plus marquants figure la concentration de mercure dans les foies de poulets.


Les valeurs mesurées vont de 798,3 à 845,5 microgrammes par kilogramme (µg/kg). À titre de comparaison interne, les concentrations observées dans les muscles sont nettement plus faibles, entre 1,4 et 2,3 µg/kg, tandis que celles relevées dans les œufs se situent entre 3,3 et 3,6 µg/kg.


D'autres métaux ont également été détectés.


Pour le chrome, les concentrations atteignent 53,7 à 60,4 µg/kg dans les muscles, contre 13,7 à 15 µg/kg dans les foies.


Concernant le cadmium, les chercheurs rapportent des niveaux de 27,3 à 29,6 µg/kg dans les muscles, de 2,6 à 3,9 µg/kg dans les foies et de 9,2 à 9,9 µg/kg dans les œufs.


Du plomb, du nickel et de l'arsenic ont également été recherchés dans les prélèvements.


Des dépassements importants par rapport aux seuils retenus dans l'étude


L'étude compare certaines concentrations aux valeurs maximales retenues par ses auteurs.


Selon ces comparaisons, les concentrations mesurées peuvent atteindre jusqu'à 2,96 fois la valeur de référence retenue pour le cadmium dans les muscles, 30,2 fois celle utilisée pour le chrome et jusqu'à 281,8 fois celle retenue pour le mercure dans les foies.


Dans les œufs, les concentrations de mercure, comprises entre 3,3 et 3,6 µg/kg, dépassent de 10 à 20 % la valeur de 3 µg/kg utilisée dans l'étude.


Ces chiffres sont spectaculaires, mais ils doivent être interprétés avec prudence.


Un dépassement d'une valeur de référence utilisée dans une étude scientifique ne signifie pas automatiquement qu'un produit constitue une infraction à la réglementation camerounaise. L'origine réglementaire de plusieurs seuils utilisés dans l'article n'est notamment pas explicitée de manière suffisamment précise.


Le référentiel européen nuance le résultat sur le cadmium


La comparaison avec d'autres référentiels permet également de relativiser certains résultats.


Pour le cadmium dans la viande de volaille, la réglementation européenne retient une limite maximale de 50 µg/kg, alors que le référentiel utilisé par les chercheurs dans leur analyse est de 10 µg/kg.


Les concentrations de cadmium mesurées dans les muscles des poulets, comprises entre 27,3 et 29,6 µg/kg, seraient donc inférieures à cette valeur européenne.


La question des normes applicables au Cameroun reste toutefois centrale. La norme NC 45:2001-20 porte sur les contaminants alimentaires, mais les limites détaillées applicables aux différents produits avicoles ne sont pas accessibles dans le catalogue public de l'Agence des normes et de la qualité (ANOR).


Il convient donc d'éviter de transformer directement les résultats scientifiques en constat d'infraction réglementaire.


Une filière économiquement stratégique


Au-delà de la dimension sanitaire, le sujet possède une véritable dimension économique.


Le Cameroun dispose d'une filière avicole importante, qui alimente à la fois les marchés urbains et ruraux en viande et en œufs.


Selon le rapport statistique 2023 du ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales, la production camerounaise atteignait cette année-là environ 65 000 tonnes de viande de volaille et 123 000 tonnes d'œufs de table.


Dans ce contexte, la confirmation de problèmes de contamination sur des échantillons plus larges pourrait avoir des conséquences sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur : fabricants et distributeurs de provendes, éleveurs, vétérinaires, laboratoires, services de contrôle, distributeurs et consommateurs.


Elle pourrait également poser des questions de traçabilité et de surveillance des matières premières utilisées dans l'alimentation animale.


Mais à ce stade, l'étude ne permet pas d'estimer les volumes éventuellement concernés, les pertes économiques potentielles ou le coût d'une éventuelle mise en conformité.


Les provendes constituent une piste, pas une preuve


Une précédente étude menée par la même équipe fournit toutefois une piste qui mérite d'être examinée.


Des chercheurs avaient analysé en 2019 15 échantillons d'aliments destinés aux volailles. Ils avaient notamment mesuré des concentrations de plomb pouvant atteindre 995,8 µg/kg et d'arsenic jusqu'à 2 819,4 µg/kg.


Ces résultats justifient un contrôle approfondi des aliments pour volailles, mais ils ne démontrent pas que les métaux lourds retrouvés dans les poulets et les œufs étudiés en 2026 proviennent effectivement des provendes.


Les deux recherches ne portent d'ailleurs pas nécessairement sur les mêmes élevages.


D'autres sources doivent donc être envisagées : eau d'abreuvement, sols, matières premières utilisées dans les aliments, équipements, environnement des exploitations ou encore autres voies d'exposition.


Des interrogations méthodologiques à vérifier


L'étude présente également plusieurs éléments qui méritent une vérification scientifique avant toute extrapolation à l'ensemble de la population.


Pour calculer l'exposition au poulet, les auteurs utilisent notamment une moyenne entre les concentrations relevées dans le muscle et le foie. Or, cette approche donne un poids identique aux deux tissus sans distinguer leur niveau réel de consommation.


Cette méthode est particulièrement importante dans le cas du mercure. La concentration exceptionnellement élevée mesurée dans les foies influence fortement la moyenne utilisée pour certains calculs d'exposition.


Le tableau consacré à l'évaluation des risques présente par ailleurs une différence concernant certaines concentrations de nickel. Une valeur de 0,4 µg/kg indiquée dans les résultats analytiques apparaît à 4 µg/kg dans les calculs d'exposition.


Autre point à clarifier : l'article indique que les œufs restent sous les limites recommandées alors que son propre tableau fait apparaître des concentrations de mercure supérieures à la valeur de 3 µg/kg retenue par les auteurs.


Ces incohérences ne permettent pas d'annuler les résultats analytiques, mais elles justifient une lecture prudente des calculs de risque qui en découlent.


Chrome : la forme chimique compte


La question du chrome appelle également une précision scientifique.


Les analyses portent sur le chrome total et ne permettent pas de distinguer les différentes formes chimiques du métal.


Or, la toxicité varie fortement selon sa forme, notamment entre le chrome trivalent et le chrome hexavalent. Cette distinction est donc importante lorsqu'il s'agit d'évaluer précisément le risque sanitaire associé à l'exposition alimentaire.


Une concentration de chrome total ne permet ainsi pas, à elle seule, de déterminer le niveau de risque correspondant à une forme chimique particulière.


Des contrôles complémentaires désormais nécessaires


L'étude constitue avant tout un signal appelant des investigations complémentaires.


Pour confirmer ou infirmer l'ampleur du phénomène, il serait nécessaire d'élargir les prélèvements à davantage d'élevages et de régions, tout en analysant séparément les différentes matrices : viande, foie, œufs, eau, sols et aliments pour animaux.


Une surveillance des provendes apparaît également pertinente, notamment au regard des résultats obtenus par la même équipe en 2019.


L'objectif serait de déterminer si les métaux détectés dans les produits avicoles peuvent être reliés à une source identifiable ou s'ils résultent de plusieurs voies d'exposition.


Pour une filière qui produit des dizaines de milliers de tonnes de viande et plus de 100 000 tonnes d'œufs par an, la question dépasse donc largement le seul cadre académique.


Elle touche à la sécurité alimentaire, à la protection du consommateur, à la compétitivité de l'aviculture camerounaise et à la confiance dans les produits locaux.


À ce stade, une conclusion s'impose surtout : la présence de plusieurs métaux lourds est établie dans les échantillons étudiés, mais l'ampleur de leur présence dans la production avicole camerounaise reste à déterminer.


Il faudra donc davantage de prélèvements, des référentiels réglementaires clairement documentés et des analyses complémentaires avant de pouvoir mesurer précisément le risque pour les consommateurs et ses éventuelles conséquences économiques.




Cameroon Poultry: Heavy Metals Detected in Chicken and Egg Samples


A study conducted in Cameroon has detected lead, nickel, arsenic, cadmium, chromium and mercury in samples of broiler chickens and eggs collected in three major poultry-producing regions. However, the researchers do not conclude that the country's poultry production is generally contaminated.


A new scientific study is raising questions about food safety and monitoring within Cameroon's poultry sector.


Researchers from the University of Yaoundé I and the Institute of Medical Research and Medicinal Plants Studies (IMPM) detected several heavy metals in broiler chicken and egg samples collected in the Centre, Littoral and West regions.


The study, led by Fabrice De Paul Tatfo Keutchatang and published on September 1, 2026, draws particular attention to mercury concentrations found in chicken livers.


However, the scope of the findings needs to be clearly defined. The study demonstrates the presence of heavy metals in the samples tested, but it does not establish that poultry farms or poultry products across Cameroon are generally contaminated.


Samples collected from three major poultry-producing regions


Researchers collected 48 chickens and 180 eggs from 12 farms, with four farms selected in each of the three regions.


Chemical analyses were conducted on 18 composite samples: six muscle samples, six liver samples and six egg samples.


This sampling design is sufficient to identify the presence of contaminants in the tested material. It is not sufficient, however, to estimate the percentage of contaminated farms or poultry products in the three regions, let alone across Cameroon as a whole.


Mercury levels particularly high in chicken livers


One of the most striking findings concerns mercury in chicken livers.


Concentrations ranged from 798.3 to 845.5 micrograms per kilogram (µg/kg). By comparison, levels in muscle were much lower, at between 1.4 and 2.3 µg/kg, while egg samples contained between 3.3 and 3.6 µg/kg.


Other metals were also detected.


For chromium, concentrations ranged from 53.7 to 60.4 µg/kg in muscle, compared with 13.7 to 15 µg/kg in liver.


For cadmium, the researchers reported levels of 27.3 to 29.6 µg/kg in muscle, 2.6 to 3.9 µg/kg in liver and 9.2 to 9.9 µg/kg in eggs.


Lead, nickel and arsenic were also investigated.


Some concentrations exceeded the reference values used by the researchers


According to the study's own reference values, some concentrations were substantially higher than the selected limits.


The reported results reached up to 2.96 times the reference value for cadmium in muscle, 30.2 times the value used for chromium, and as much as 281.8 times the reference value for mercury in liver.


In eggs, mercury concentrations were between 3.3 and 3.6 µg/kg, representing a 10% to 20% exceedance of the 3 µg/kg value used in the study.


These findings should nevertheless be interpreted carefully.


Exceeding a reference value used in a scientific paper does not automatically mean that a product violates Cameroonian regulations. The regulatory origin of several of the thresholds used in the study is not clearly documented.


European standards provide additional context


International comparisons also put some of the findings into perspective.


For cadmium in poultry meat, the European regulatory limit is 50 µg/kg, while the reference value used by the researchers was 10 µg/kg.


The muscle concentrations measured in the Cameroonian study, therefore, remained below the European comparator.


The regulatory situation in Cameroon remains an important issue. Standard NC 45:2001-20 addresses contaminants in food, but the detailed limits applicable to poultry products are not publicly available through the catalogue of Cameroon's Agency for Standards and Quality (ANOR).


The study's results should therefore not automatically be presented as evidence of regulatory violations.


An economically important poultry sector


The findings also have an economic dimension.


Cameroon has a substantial poultry industry supplying both urban and rural markets with meat and eggs.


According to the 2023 statistical report of the Ministry of Livestock, Fisheries and Animal Industries, Cameroon produced approximately 65,000 tonnes of poultry meat and 123,000 tonnes of table eggs that year.


If the findings were confirmed through a representative national sampling programme, the implications could extend beyond public health.


They could affect feed manufacturers and suppliers, poultry farmers, veterinary services, laboratories, regulators, distributors and consumers.


Questions of traceability and monitoring of raw materials used in animal feed would also become increasingly important.


At this stage, however, the study does not provide an estimate of potentially affected production volumes, economic losses or compliance costs.


Poultry feed is a possible lead, not proof of the source


A previous study by the same research team provides a potential avenue for further investigation.


In 2019, researchers analysed 15 poultry-feed samples and found lead concentrations of up to 995.8 µg/kg and arsenic levels of up to 2,819.4 µg/kg.


These results make poultry feed an important area for additional monitoring. They do not, however, prove that the metals detected in the new chicken and egg samples came from animal feed.


The two studies do not necessarily involve the same farms.


Other potential sources should therefore also be examined, including drinking water, soil, feed ingredients, farm equipment and the surrounding environment.


Several methodological issues require verification


The risk assessment presented in the study also contains several points that warrant further examination before the results are generalized.


For poultry exposure estimates, the researchers calculate an average between concentrations measured in muscle and liver. This approach gives the two tissues equal weight without distinguishing their actual consumption patterns.


This is particularly relevant for mercury because the very high concentration found in liver strongly affects the resulting average.


The study's risk-assessment table also contains a discrepancy concerning some nickel values. A concentration of 0.4 µg/kg reported in the analytical results appears as 4 µg/kg in the exposure calculations.


Another point concerns eggs. The article states that egg concentrations remain below recommended limits, while its own table shows mercury concentrations above the 3 µg/kg value used by the researchers.


These inconsistencies do not invalidate the analytical findings, but they warrant caution when interpreting the resulting risk calculations.


Total chromium does not tell the whole story


The chromium results also require careful interpretation.


The analyses measured total chromium and did not distinguish between different chemical forms.


This distinction matters because toxicity differs significantly between trivalent chromium and hexavalent chromium. A total-chromium measurement therefore cannot, by itself, determine the health risk associated with a particular chemical form.


Further speciation would be useful for a more precise risk assessment.


More monitoring is needed


The study should primarily be viewed as a signal requiring further investigation.


Confirming the scale of the issue would require a much larger sampling programme covering more farms and regions, while separately analysing meat, liver, eggs, drinking water, soil and poultry feed.


Monitoring animal feed would be particularly relevant given the findings of the team's earlier research.


The objective would be to determine whether the metals detected in poultry products can be linked to a specific source or whether several exposure pathways are involved.


For a sector producing tens of thousands of tonnes of poultry meat and more than 100,000 tonnes of eggs annually, the issue extends beyond academia.


It involves food safety, consumer protection, the competitiveness of Cameroon's poultry industry and public confidence in locally produced food.


For now, the evidence supports a measured conclusion: several heavy metals were detected in the samples analysed, but the scale of their presence across Cameroon's poultry industry remains unknown.


Further sampling, clearly documented regulatory benchmarks and additional laboratory analyses will be needed before the potential health and economic consequences can be properly quantified.


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Mouahna Divine

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