Grands travaux dans l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord : les Chinois prennent 306 milliards, les Camerounais regardent

Grands travaux dans l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord : les Chinois prennent 306 milliards, les Camerounais regardent

Découvrez comment les entreprises chinoises ont décroché 306 milliards de FCFA de marchés routiers dans l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord, soit 66 % des grands travaux. Pourtant, plusieurs chantiers affichent moins de 5 % d'exécution. Le ministère des Travaux publics menace de résilier. Analyse complète.

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BTP au Cameroun : 306 milliards de FCFA dans les mains chinoises, mais les chantiers du Nord patinent


Ils ont raflé 10 des 16 marchés routiers recensés dans l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord. Les entreprises chinoises concentrent près de 306 milliards de FCFA sur les quelque 465 milliards de FCFA de grands travaux actuellement en cours dans cette partie du pays. Soit environ 66 % de la valeur cumulée. Un poids écrasant. Mais derrière les chiffres qui donnent le vertige, une réalité beaucoup moins reluisante : plusieurs chantiers avancent à pas de tortue, et le ministère des Travaux publics sort déjà le bâton.


Une domination chinoise sans partage


L'information est revelée dans un document du ministère des Travaux publics. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur les 16 marchés de grands travaux routiers répertoriés dans les trois régions du Grand Nord, les entreprises chinoises en exécutent 10. Dix marchés qui pèsent près de 306 milliards de FCFA.


Quatre programmes structurent cette mainmise :



  • La reconstruction de la route Ngaoundéré-Garoua

  • L'aménagement de la route Maroua-Bogo-Pouss

  • La réhabilitation des axes Maroua-Moutourwa et Magada-Yagoua dans le cadre du Projet d'aménagement territorial de l'Extrême-Nord (PAT)

  • La réhabilitation de la route Mora-Kousseri


Des travaux financés notamment par la Banque africaine de développement (BAD), l'Union européenne et la Banque mondiale, avec des contreparties de l'État camerounais. Des milliards qui pleuvent, donc. Mais qui ne se transforment pas toujours en bitume.


Le paradoxe qui fâche : 5 % d'exécution sur Ngaoundéré-Garoua


C'est le dossier qui fait grincer des dents. Sur la route Ngaoundéré-Garoua, les cinq lots — tous confiés à des entreprises chinoises — affichent moins de 5 % d'exécution dix mois après le démarrage des travaux. Dix mois. Moins de 5 %. La calculatrice ne ment pas.


Sur l'axe Magada-Yagoua, le groupement Sinohydro/Stecol — deux filiales de PowerChina — se situe entre 14 % et 19 % d'avancement. Sauf que plus de 80 % des délais contractuels ont déjà été consommés. Traduction : le temps presse, et le retard est déjà là.


À Mora-Kousseri, Zhonglin International Construction a été purement et simplement mis en demeure le 2 septembre 2026 pour insuffisance du personnel d'encadrement. Le ministère des Travaux publics menace de résilier le marché si l'entreprise ne remédie pas rapidement aux défaillances relevées. Le ton est donné.


CCCC, le géant qui concentre près de 88 milliards


Parmi les groupes chinois présents, un nom se détache : China Communications Construction Company (CCCC). À travers deux filiales, le géant chinois dispose du portefeuille le plus important.



  • China First Highway Engineering Company (CFHEC) exécute deux lots de Ngaoundéré-Garoua pour environ 58,8 milliards de FCFA

  • China Harbour Engineering Company (CHEC) détient un autre lot de 29,2 milliards de FCFA


L'ensemble représente près de 88 milliards de FCFA. Un mastodonte.


Derrière, le groupement Sinohydro/Stecol totalise 68,6 milliards de FCFA sur les sections Magada-Guidiguis et Guidiguis-Yagoua du PAT. CGCOC Group détient environ 63,3 milliards de FCFA de contrats entre Ngaoundéré-Garoua et Maroua-Bogo-Pouss. China International Water & Electric intervient sur Ngaoundéré-Garoua avec un marché de 26,1 milliards de FCFA. Xinjiang Communications Construction Group détient 24,1 milliards sur Maroua-Bogo-Pouss. Et Zhonglin International Construction, 35,5 milliards sur Mora-Kousseri.


Sotcocog, l'exception tchadienne qui avance


Face à cette déferlante chinoise, le portefeuille non chinois est plus fragmenté. Mais une entreprise tire son épingle du jeu : Sotcocog. La société tchadienne, implantée au Cameroun depuis 2011, intervient dans trois marchés, notamment en groupement avec STAPORT, pour environ 75 milliards de FCFA. Elle est présente sur Maroua-Moutourwa et sur deux lots de Mora-Kousseri.


Ses performances ? Contrastées, elles aussi. Le groupement Sotcocog/STAPORT a été mis en demeure le 21 septembre 2026 sur Maroua-Moutourwa. Mais en revanche, Sotcocog approche de la livraison de la section Mora-Tchakamari de la route Mora-Kousseri, dont le taux d'exécution avoisine 93 %. Comme quoi, quand on veut, on peut.


Deux autres groupements interviennent sur Mora-Kousseri : SOMAF associé au turc Metag ?n?aat, pour environ 38 milliards de FCFA HT, et le consortium nigérian AA Hatlad Construction-JFA Construction, pour environ 47 milliards de FCFA HT.


Et les entreprises camerounaises ?


C'est la question qui taraude. Dans ce portefeuille de grands travaux financés avec l'appui des bailleurs internationaux, les entreprises camerounaises occupent une place limitée comme titulaires principaux des marchés. Une portion congrue. Alors que les milliards circulent, les opérateurs nationaux regardent passer les camions.


Le constat est là, cru : domination chinoise écrasante, retards criards sur plusieurs chantiers, mises en demeure qui pleuvent, et une présence camerounaise qui reste marginale à la table des grands contrats. Le ministère des Travaux publics, lui, serre la vis. Reste à savoir si les menaces de résiliation suffiront à accélérer les pelleteuses. Dans le Grand Nord, les populations attendent. Les routes, elles, attendent encore plus.




Cameroon's Construction Sector: Chinese Firms Hold CFA306 Billion in Northern Road Contracts, But Projects Stall


They've secured 10 of the 16 road contracts recorded in the Adamawa, North, and Far North regions. Chinese companies now control nearly CFA306 billion out of the approximately CFA465 billion in major roadworks currently underway in that part of the country — roughly 66% of the combined value. An overwhelming dominance. But behind the dizzying figures lies a far less glamorous reality: several projects are crawling along, and the Ministry of Public Works is already brandishing the stick.


Unshakeable Chinese Dominance


It's a document from the Ministry of Public Works that reveal information and the figures speak for themselves. Of the 16 major road contracts listed across the three northern regions, Chinese companies are executing 10. Ten contracts worth nearly CFA306 billion.


Four programmes underpin this stranglehold:



  • The reconstruction of the Ngaoundéré-Garoua road

  • The development of the Maroua-Bogo-Pouss road

  • The rehabilitation of the Maroua-Moutourwa and Magada-Yagoua corridors under the Far North Territorial Development Project (PAT)

  • The rehabilitation of the Mora-Kousseri road


These works are financed notably by the African Development Bank (AfDB), the European Union, and the World Bank, with counterpart funding from the Cameroonian State. Billions are pouring in. But they don't always translate into asphalt.


The Frustrating Paradox: Less Than 5% Completion on Ngaoundéré-Garoua


This is the file that's raising eyebrows. On the Ngaoundéré-Garoua road, all five lots — awarded entirely to Chinese companies — show less than 5% completion ten months after works began. Ten months. Less than 5%. The math doesn't lie.


On the Magada-Yagoua corridor, the Sinohydro/Stecol consortium — two PowerChina subsidiaries — stands between 14% and 19% completion. Yet more than 80% of the contractual deadlines have already elapsed. Translation: time is running out, and the delay is already here.


At Mora-Kousseri, Zhonglin International Construction was formally served notice on 2 September 2026 for insufficient supervisory staff. The Ministry of Public Works is threatening to terminate the contract if the company fails to promptly remedy the identified shortcomings. The message is clear.


CCCC: The Giant Holding Nearly CFA88 Billion


Among the Chinese groups present, one name stands out: China Communications Construction Company (CCCC). Through two subsidiaries, the Chinese giant holds the largest portfolio.



  • China First Highway Engineering Company (CFHEC) is executing two Ngaoundéré-Garoua lots for approximately CFA58.8 billion

  • China Harbour Engineering Company (CHEC) holds another lot worth CFA29.2 billion


Together, that's nearly CFA88 billion. A mammoth.


Behind them, the Sinohydro/Stecol consortium totals CFA68.6 billion on the Magada-Guidiguis and Guidiguis-Yagoua sections of the PAT. CGCOC Group holds approximately CFA63.3 billion in contracts spanning Ngaoundéré-Garoua and Maroua-Bogo-Pouss. China International Water & Electric is involved in Ngaoundéré-Garoua with a CFA26.1 billion contract. Xinjiang Communications Construction Group holds CFA24.1 billion on Maroua-Bogo-Pouss. And Zhonglin International Construction holds CFA35.5 billion on Mora-Kousseri.


Sotcocog: The Chadian Exception That's Delivering


Facing this Chinese wave, the non-Chinese portfolio is more fragmented. But one company is standing out: Sotcocog. The Chadian firm, established in Cameroon since 2011, is involved in three contracts — notably in a consortium with STAPORT — worth approximately CFA75 billion. It operates on Maroua-Moutourwa and two Mora-Kousseri lots.


Its performance? Also mixed. The Sotcocog/STAPORT consortium was served notice on 21 September 2026 on Maroua-Moutourwa. However, Sotcocog is nearing delivery of the Mora-Tchakamari section of the Mora-Kousseri road, with a completion rate approaching 93%. Proof that where there's a will, there's a way.


Two other consortia are involved in Mora-Kousseri: SOMAF partnered with Turkish firm Metag ?n?aat, for approximately CFA38 billion excl. VAT, and the Nigerian consortium AA Hatlad Construction-JFA Construction, for approximately CFA47 billion excl. VAT.


What About Cameroonian Companies?


That's the burning question. In this portfolio of major works financed with support from international donors, Cameroonian companies occupy a limited place as principal contract holders. A paltry share. While billions circulate, national operators watch the trucks go by.


The verdict is stark: overwhelming Chinese dominance, glaring delays on several sites, termination notices raining down, and a Cameroonian presence that remains marginal at the table of major contracts. The Ministry of Public Works is tightening the screws. Whether threats of termination will be enough to speed up the excavators remains to be seen. In the Far North, the people are waiting. The roads, even more so.



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Moussa Nassourou

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