Banane, cacao : les chiffres qui révèlent les nouvelles tensions dans l’agriculture camerounaise

Banane, cacao : les chiffres qui révèlent les nouvelles tensions dans l’agriculture camerounaise

PHP cumule 10,4 milliards FCFA de pertes en deux ans malgré sa domination dans la banane. Dans le cacao, les prix reculent à 2 600 FCFA le kilo.

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Agriculture : PHP dans le rouge, les prix du cacao reculent au Cameroun


Les signaux sont contrastés dans deux filières majeures de l’agriculture camerounaise. D’un côté, les Plantations du Haut Penja (PHP), principale filiale camerounaise de Compagnie Fruitière, ont accumulé plus de 10 milliards de FCFA de pertes en 2024 et 2025, avec un chiffre d’affaires en forte baisse. De l’autre, le cacao continue d’offrir aux producteurs camerounais des niveaux de rémunération nettement supérieurs à ceux observés en Côte d’Ivoire et au Ghana, malgré un récent repli des prix.


Le secteur agricole camerounais affiche des trajectoires pour le moins contrastées. Alors que les producteurs de cacao continuent de bénéficier d’un niveau de prix relativement élevé sur le marché intérieur, le principal opérateur de la banane dessert une importante dégradation de ses résultats financiers.


Les comptes de Compagnie Fruitière Import font apparaître une situation particulièrement tendue pour les Plantations du Haut Penja (PHP). La filiale camerounaise a enregistré une perte de 8,80 millions d’euros en 2025, soit environ 5,78 milliards de FCFA, après une perte de 7,04 millions d’euros en 2024, équivalant à environ 4,62 milliards de FCFA.


Sur deux exercices, le déficit cumulé atteint ainsi 10,4 milliards de FCFA. Et loin de se résorber, la perte s’est aggravée d’environ 25 % en un an.


Le chiffre d’affaires de PHP chute de 32,4 %


La dégradation apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe l’évolution du chiffre d’affaires.


En 2024, PHP avait réalisé 129,25 millions d’euros de revenus. Un an plus tard, ce montant est tombé à 87,39 millions d’euros, soit une contraction de 32,4 %.


Au taux fixe de 655,957 FCFA pour un euro, le chiffre d’affaires est ainsi passé d’environ 84,8 milliards de FCFA à 57,3 milliards de FCFA. En valeur absolue, cela représente une diminution de près de 27,5 milliards de FCFA en une seule année.


Une évolution difficile à relier directement aux seules performances de la banane.


En effet, les volumes exportés par PHP n'ont pas connu une chute comparable.


PHP conserve sa domination sur la banane camerounaise


En 2025, les Plantations du Haut Penja ont exporté 151 713 tonnes de bananes, contre 153 258 tonnes en 2024.


Le recul est donc limité à environ 1 %, très loin de la baisse de 32,4 % du chiffre d’affaires enregistrée sur la même période.


Avec ses 151 713 tonnes, PHP a représenté environ 67,3 % des 225 345 tonnes de bananes exportées par le Cameroun et suivies par l’Association bananière du Cameroun.


Cette comparaison met en évidence une donnée importante : la chute des revenus de PHP ne peut pas être expliquée par la seule diminution des volumes de bananes exportés.


Les comptes disponibles ne permettent cependant pas d'aller plus loin dans l'analyse. Compagnie Fruitière Import ne détaille notamment pas les ventes de PHP par activité ni la structure précise de ses charges.


Il n'est donc pas possible, à partir des seuls éléments publiés, de déterminer quelle proportion de la baisse des revenus provient de la banane, de l’ananas ou d’autres activités, pas plus que d’identifier avec certitude les postes ayant contribué à l’aggravation du déficit.


Un renforcement du capital de 18,37 milliards de FCFA


La détérioration des comptes intervient après une importante opération de renforcement des fonds propres.


En 2024, Compagnie Fruitière Import a souscrit 1 836 679 actions nouvelles de PHP, d’une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune. L’opération représente ainsi 18,37 milliards de FCFA.


À son issue, la maison mère détenait 99,90 % du capital des Plantations du Haut Penja.


Les comptes de 2025 font désormais apparaître une participation de 100 %.


La maison mère a également accordé à PHP des prêts et avances. Leur montant atteignait 17,09 millions d’euros en 2025, soit environ 11,2 milliards de FCFA, contre 19,25 millions d’euros en 2024.


L’encours a donc diminué d'environ 1,4 milliard de FCFA en un an.


Dans ses comptes, Compagnie Fruitière Import inscrit par ailleurs les titres PHP pour une valeur brute de 44,31 millions d’euros, soit environ 29,1 milliards de FCFA. Il s’agit de la valeur comptable de la participation détenue par la maison mère dans sa filiale camerounaise.


PHP élargit son périmètre avec la reprise de Mbonjo


La situation financière difficile n'empêche pas le groupe de renforcer sa présence dans la filière bananière camerounaise.


À la fin de 2025, PHP a repris la plantation de Mbonjo, précédemment détenue par Boh Plantations.


Dans le même mouvement, la Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), autre filiale camerounaise de Compagnie Fruitière, a repris le site de Missaka.


L’incidence financière de la reprise de Mbonjo reste toutefois à documenter. Les informations disponibles ne précisent pas le coût de l’opération pour PHP, les investissements nécessaires à la remise à niveau des actifs ou encore leur rentabilité.


Le groupe se retrouve donc avec un périmètre agricole élargi alors que sa principale filiale camerounaise vient de traverser deux exercices déficitaires.


Cacao : le prix recule après avoir frôlé 3 000 FCFA


Dans la filière cacao, le tableau est différent.


Après une envolée des prix au début de la campagne 2026-2027, les producteurs camerounais ont commencé à subir un repli des rémunérations au cours du mois de septembre.


Entre le 31 août et le 21 septembre 2026, les données du Système d’information des filières (SIF), dispositif d’alerte sur les prix piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), font apparaître une baisse de 150 à 200 FCFA par kilogramme.


Le prix minimum est ainsi passé de 2 750 à 2 600 FCFA le kilogramme.


Dans le même temps, les producteurs les mieux rémunérés ont vu leur prix passer de 2 900 à 2 700 FCFA, soit une diminution de 200 FCFA par kilogramme en seulement trois semaines.


Cette évolution intervient alors que la nouvelle campagne cacaoyère avait démarré le 6 août 2026 à Yaoundé.


Les pluies pourraient peser sur les prix


Le SIF ne précise pas la cause de cette baisse dans les données considérées.


Une explication possible tient toutefois aux conditions climatiques et logistiques observées en septembre dans les bassins de production.


Les périodes de fortes pluies sont traditionnellement susceptibles de provoquer des décotes appliquées par certains acheteurs. L’état des routes et les difficultés d’évacuation des fèves depuis les zones de production peuvent en effet augmenter les coûts logistiques et peser sur les prix proposés aux producteurs.


Cette hypothèse doit toutefois être distinguée d’une causalité établie : les données disponibles ne permettent pas, à elles seules, d'attribuer formellement le recul des prix à ce seul facteur.


Le Cameroun conserve un avantage de prix sur ses voisins


Malgré le récent repli, les niveaux de rémunération observés au Cameroun restent nettement supérieurs à ceux annoncés pour la Côte d’Ivoire et le Ghana au titre de la campagne 2026-2027.


En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, le prix fixé pour le kilogramme de fèves s’établit à 1 200 FCFA.


Au Ghana, deuxième producteur mondial, le producteur reçoit 2 100 FCFA le kilogramme selon les données considérées.


Au Cameroun, le prix minimum relevé le 21 septembre atteignait 2 600 FCFA.


L’écart est donc de 1 400 FCFA par kilogramme avec la Côte d’Ivoire et de 500 FCFA avec le Ghana.


Ces différences s'expliquent notamment par les mécanismes de formation des prix propres à chaque pays.


La libéralisation donne aux producteurs camerounais une marge de négociation


Depuis la fin des années 1990, le marché camerounais du cacao fonctionne dans un environnement libéralisé. À l'inverse, les prix sont administrés par les pouvoirs publics en Côte d’Ivoire et au Ghana.


Au Cameroun, le producteur peut donc négocier davantage directement le prix avec les acheteurs, notamment grâce à la disponibilité d’informations actualisées sur les niveaux de prix.


Le Système d’information des filières (SIF) joue à ce titre un rôle important en diffusant les données disponibles dans les bassins de production.


Cette transparence relative sur les prix peut renforcer la capacité de négociation du producteur face aux acheteurs.


À l’inverse, les acteurs des filières ivoirienne et ghanéenne dénoncent régulièrement la présence de nombreux intermédiaires entre producteurs et acheteurs, un mécanisme susceptible de réduire la part revenant au producteur.


Deux filières, deux réalités économiques


Les chiffres disponibles dessinent finalement deux situations très différentes.


Dans la banane, PHP conserve une position dominante avec plus des deux tiers des volumes exportés par le Cameroun, mais cette puissance commerciale ne se traduit pas, sur les exercices 2024 et 2025, par une amélioration de ses résultats financiers. Le chiffre d’affaires s'est effondré de 32,4 % tandis que les pertes cumulées dépassent 10 milliards de FCFA.


Dans le cacao, le producteur camerounais bénéficie encore de prix particulièrement élevés par rapport à ceux annoncés dans les deux principaux pays producteurs voisins, même si la rémunération a commencé à reculer en septembre.


Pour PHP comme pour les cacaoculteurs, les prochains mois seront donc déterminants. D'un côté, l'évolution des revenus, des charges et des investissements devra permettre de comprendre les ressorts de la dégradation financière de la filiale de Compagnie Fruitière. De l'autre, l'évolution des cours et des conditions d'évacuation des fèves permettra de mesurer la capacité du marché camerounais à maintenir des niveaux de rémunération élevés pour les producteurs.




Cameroon Agriculture: PHP Losses Deepen as Cocoa Prices Fall


Cameroon’s agricultural sector is showing contrasting trends. Plantations du Haut Penja (PHP), the main Cameroonian subsidiary of Compagnie Fruitière, accumulated losses of CFAF 10.4 billion in 2024 and 2025, while its revenue fell by nearly one-third in one year. Meanwhile, cocoa farmers continue to receive prices significantly above those reported in Côte d’Ivoire and Ghana, although local prices have declined sharply in recent weeks.


The financial situation of Plantations du Haut Penja (PHP) has deteriorated significantly over the past two financial years.


According to the accounts of Compagnie Fruitière Import, PHP recorded a loss of €8.80 million in 2025, equivalent to approximately CFAF 5.78 billion, compared with a loss of €7.04 million, or about CFAF 4.62 billion, in 2024.


The cumulative loss over the two years therefore reached approximately CFAF 10.4 billion.


The deficit worsened by around 25% in one year.


Revenue falls by 32.4%


PHP's revenue dropped from €129.25 million in 2024 to €87.39 million in 2025, a decline of 32.4%.


At the fixed exchange rate of CFAF 655.957 per euro, revenue fell from approximately CFAF 84.8 billion to CFAF 57.3 billion.


That represents a decline of around CFAF 27.5 billion in one year.


The magnitude of the revenue decline is striking when compared with PHP's banana export volumes.


In 2025, PHP exported 151,713 tonnes of bananas, compared with 153,258 tonnes in 2024. The decline was therefore only around 1%.


With 151,713 tonnes out of 225,345 tonnes exported by Cameroon, according to volumes monitored by the Cameroonian Banana Association, PHP accounted for approximately 67.3% of the sector's tracked exports.


The company's 32.4% revenue decline therefore cannot be explained by the reduction in banana export volumes alone.


The available accounts do not provide a breakdown of PHP's sales by activity or a detailed structure of its operating costs. It is therefore not possible to determine precisely how much of the revenue decline came from bananas, pineapples or other activities, nor which expense items were responsible for the worsening loss.


CFAF 18.37 billion capital increase


The deterioration came after a major capital strengthening operation.


In 2024, Compagnie Fruitière Import subscribed to 1,836,679 new PHP shares, with a nominal value of CFAF 10,000 each, representing a total nominal amount of CFAF 18.37 billion.


Following the transaction, the parent company held 99.90% of PHP's capital.


The 2025 accounts now show a 100% ownership stake.


Compagnie Fruitière Import also provided PHP with loans and advances. These stood at €17.09 million in 2025, or approximately CFAF 11.2 billion, compared with €19.25 million one year earlier.


The outstanding amount therefore decreased by around CFAF 1.4 billion.


The parent company also records its PHP shares at a gross book value of €44.31 million, equivalent to approximately CFAF 29.1 billion.


PHP expands its footprint with Mbonjo


Despite the financial deterioration, Compagnie Fruitière has continued to expand its presence in Cameroon's banana industry.


At the end of 2025, PHP took over the Mbonjo plantation, previously operated by Boh Plantations.


Another Cameroonian subsidiary, Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), took over the Missaka site.


The financial impact of the Mbonjo transaction has not yet been fully documented. Available information does not specify the acquisition cost, the additional investment required or the profitability of the assets transferred to PHP.


Cocoa prices fall after approaching CFAF 3,000


The cocoa sector is showing a different trend.


After reaching particularly high levels early in the 2026-2027 cocoa season, producer prices have declined during September.


Data from the Système d'information des filières (SIF), a price-monitoring and alert mechanism operated by the National Cocoa and Coffee Office (ONCC), show that minimum prices fell from CFAF 2,750 to CFAF 2,600 per kilogram between August 31 and September 21, 2026.


The best-paid producers saw prices decline from CFAF 2,900 to CFAF 2,700 per kilogram, representing a loss of CFAF 200 per kilogram in three weeks.


The decline comes just weeks after the official launch of the 2026-2027 cocoa season on August 6 in Yaoundé.


Heavy rains may weigh on prices


The SIF data do not identify the precise cause of the decline.


However, worsening rainfall and transport conditions in production areas could contribute to lower farm-gate prices.


Periods of heavy rain are traditionally associated with discounts imposed by some buyers to compensate for difficult road conditions and higher costs of transporting cocoa beans from production zones.


This remains an explanatory hypothesis rather than an established causal finding based solely on the available SIF data.


Cameroon still offers higher producer prices


Despite the recent decline, cocoa producers in Cameroon continue to receive prices significantly above those reported in Côte d’Ivoire and Ghana for the 2026-2027 season.


In Côte d’Ivoire, the world's largest cocoa producer, the farm-gate price has been set at CFAF 1,200 per kilogram.


In Ghana, the world's second-largest producer, the price reported for farmers is CFAF 2,100 per kilogram.


Cameroon's minimum reported price of CFAF 2,600 therefore remains CFAF 1,400 above Côte d'Ivoire and CFAF 500 above Ghana.


The differences reflect the distinct price-setting mechanisms used by the three countries.


A liberalized cocoa market


Cameroon's cocoa market has operated under a liberalized pricing system since the late 1990s, unlike Côte d'Ivoire and Ghana, where producer prices are administratively determined.


This gives Cameroonian farmers greater room to negotiate with buyers, particularly when market information is readily available.


The SIF plays an important role by providing price information from production areas.


Access to this information can strengthen farmers' negotiating position and make it easier for them to assess offers made by buyers.


By contrast, stakeholders in Côte d'Ivoire and Ghana have raised concerns about the number of intermediaries operating between farmers and buyers, which can affect the share of the final value received by producers.


Two agricultural sectors facing different challenges


The available figures highlight two very different realities.


In the banana industry, PHP remains the dominant exporter, accounting for more than two-thirds of Cameroon's monitored banana exports, but its financial performance deteriorated sharply in 2024 and 2025. Revenue fell by 32.4%, while cumulative losses exceeded CFAF 10 billion.


In cocoa, Cameroonian farmers continue to benefit from comparatively high producer prices despite the recent decline.


The coming months will therefore be closely watched. For PHP, the evolution of revenue, costs and investment will be key to understanding the causes of its deteriorating financial performance. For cocoa farmers, market prices, rainfall and transport conditions will determine whether the recent decline remains temporary or becomes a more lasting trend.


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Mouahna Divine

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