Cameroun : il manque des hommes, et les chiffres le prouvent noir sur blanc
Yaoundé, Douala, Bafoussam, Garoua : dans les salons, sur les réseaux sociaux et jusque dans les mariages traditionnels, la même phrase revient de plus en plus souvent. « Les hommes se font rares. » Ce n'est pas qu'une impression de tantines pressées de marier leurs filles. C'est une réalité démographique confirmée par les institutions officielles, et elle a des conséquences bien concrètes sur la vie de millions de Camerounaises.
Ce que disent vraiment les chiffres
Selon le Bureau central des recensements et des études de population (BUCREP), les femmes représentent depuis plusieurs décennies une légère majorité de la population camerounaise. Le troisième Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH3) confirme cette tendance, avec les femmes situées autour de 50,6 % de la population totale.
Le déséquilibre s'accentue avec l'âge. Le BUCREP a publié une brochure intitulée « Un Cameroun de 13,2 millions de femmes : capturer le dividende démographique dans une perspective genre », qui évaluait la population féminine à 13,2 millions contre 12,8 millions d'hommes. L'écart, encore modeste chez les jeunes, se creuse nettement passé un certain âge, notamment à cause d'une mortalité masculine plus élevée liée aux accidents, à certaines maladies et à l'exode vers les zones à risque pour le travail.
Pourquoi cette situation interpelle autant
Ce n'est pas qu'une statistique froide dans un rapport administratif. Sur le terrain, ce déséquilibre alimente des débats sans fin : difficulté croissante pour certaines femmes à trouver un compagnon, hausse des unions polygames dans certaines régions, pression sociale accrue sur le mariage, et un discours de plus en plus assumé sur l'indépendance financière et affective des femmes camerounaises.
Dans les grandes villes comme Douala et Yaoundé, de nombreuses femmes actives évoquent ouvertement la difficulté de « trouver un homme sérieux » à leur niveau d'éducation ou de réussite professionnelle. Un phénomène renforcé par l'émigration : une part importante des jeunes hommes camerounais quittent le pays pour étudier ou travailler à l'étranger, laissant derrière eux un vivier local encore plus restreint.
Les femmes, moteur discret de l'économie
Le paradoxe est frappant : alors qu'elles sont majoritaires en nombre, les femmes camerounaises restent minoritaires aux postes de décision et dans l'accès aux ressources économiques. Un rapport relayé par des médias panafricains rappelle qu'une majorité de Camerounais considère le manque de femmes à des postes d'influence comme un défi de société majeur, et que seule une minorité de femmes déclare décider elle-même de la gestion de ses revenus, contre une proportion bien plus élevée chez les hommes.
Autrement dit : plus nombreuses, mais pas encore plus puissantes. C'est tout l'enjeu du fameux « dividende démographique féminin » que les experts appellent de leurs vœux, entre scolarisation des filles, accès à l'emploi et participation à la vie publique.
Un phénomène loin d'être isolé
Le Cameroun n'est pas un cas à part. Plusieurs pays d'Afrique subsaharienne connaissent une tendance démographique similaire, accentuée par les conflits, l'émigration masculine et des écarts d'espérance de vie entre les sexes. Mais dans le contexte camerounais, la question prend une résonance particulière : elle touche à la fois aux traditions matrimoniales, à la place des femmes dans l'économie informelle (le fameux « bayam-sellam ») et aux nouveaux modèles familiaux qui émergent dans les grandes villes.
Ce qu'il faut retenir
- Les femmes représentent une légère majorité de la population camerounaise, autour de 50,6 %.
- L'écart démographique se creuse avec l'âge, en défaveur du nombre d'hommes.
- Ce déséquilibre influence le marché du mariage, la structure des ménages et les dynamiques sociales.
- Malgré leur poids démographique, les femmes restent sous-représentées dans les postes de décision et l'autonomie économique.
Une chose est sûre : derrière ce chiffre qui fait jaser dans les familles et sur les réseaux, se cache un vrai sujet de société que le Cameroun ne peut plus ignorer.
Cameroon: Why the Country Has More Women Than Men
Across Cameroon's living rooms, social media feeds and even traditional weddings, one sentence keeps coming up: "Men are becoming scarce." It's not just anxious relatives rushing to marry off their daughters — it's a demographic reality confirmed by official data, and it's reshaping the lives of millions of Cameroonian women.
What the numbers actually show
According to Cameroon's Central Bureau of Census and Population Studies (BUCREP), women have made up a slight majority of the national population for decades. The country's third general population census (RGPH3) confirms the trend, putting women at roughly 50.6% of the total population.
The gap widens with age. A BUCREP report titled "A Cameroon of 13.2 Million Women: Capturing the Demographic Dividend Through a Gender Lens" estimated the female population at 13.2 million against 12.8 million men. The imbalance, still modest among young people, grows sharply in older age brackets — driven partly by higher male mortality linked to accidents, certain illnesses, and migration to riskier job markets.
Why it matters so much
This isn't just a cold statistic buried in an administrative report. On the ground, the imbalance fuels endless debate: growing difficulty for some women to find a partner, a rise in polygamous unions in certain regions, heightened social pressure around marriage, and an increasingly open conversation about Cameroonian women's financial and emotional independence.
In major cities like Douala and Yaoundé, many working women openly describe struggling to find a "serious" partner who matches their education or career level — a challenge amplified by emigration, as a significant share of young Cameroonian men leave the country to study or work abroad, shrinking the local pool even further.
Women: the economy's quiet engine
The paradox is striking: despite outnumbering men, Cameroonian women remain underrepresented in decision-making roles and economic resources. Reports circulated by pan-African outlets note that most Cameroonians see the shortage of women in influential government positions as a major societal challenge, and that only a minority of women say they control their own income, compared to a much larger share of men.
In short: more numerous, but not yet more powerful. That's the heart of the so-called "female demographic dividend" that experts are pushing for — through girls' education, access to employment, and participation in public life.
Not a uniquely Cameroonian story
Cameroon isn't alone. Several sub-Saharan African countries show similar demographic patterns, amplified by conflict, male emigration, and life-expectancy gaps between the sexes. But in Cameroon's context, the issue carries particular weight — touching marriage traditions, women's role in the informal economy (the famous "bayam-sellam" traders), and the new family models emerging in big cities.
Key takeaways
- Women make up a slight majority of Cameroon's population, around 50.6%.
- The demographic gap widens with age, in men's disfavor.
- The imbalance is reshaping marriage patterns, household structures, and social dynamics.
- Despite their numbers, women remain underrepresented in leadership and economic autonomy.
One thing is certain: behind this number that keeps families and social media talking lies a real societal issue Cameroon can no longer ignore.
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Ange NGO
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