Cameroun – BID : 27,5 milliards FCFA signés pour le Dja, mais attention aux chiffres qui trompent

Cameroun – BID : 27,5 milliards FCFA signés pour le Dja, mais attention aux chiffres qui trompent

Cameroun-BID : 41,92 M€ signés le 14 septembre 2026 pour le PDRI-Dja. Décryptage d’un financement attendu depuis 2022, entre 250 000 bénéficiaires et 253 milliards FCFA d’annonces à vérifier.

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Le Cameroun et la Banque islamique de développement ont paraphé, le 14 septembre 2026 à Yaoundé, trois accords de financement d’un montant cumulé de 41,92 millions d’euros, soit environ 27,5 milliards de FCFA, pour le Projet de développement rural intégré du Dja (PDRI-Dja). Mais derrière l’annonce, une réalité : ce n’est pas une nouvelle enveloppe. Le principe de ce financement avait déjà été approuvé par le conseil d’administration de la BID le 7 février 2024, et un décret présidentiel du 30 juillet 2026 avait habilité le ministre de l’Économie à signer ces trois accords. Autrement dit, la signature du 14 septembre matérialise un engagement ancien, elle ne l’augmente pas.


Un projet pensé depuis 2022


L’histoire du PDRI-Dja remonte à plusieurs années. Selon une note consacrée au dossier, le gouvernement camerounais avait officiellement sollicité l’appui de la BID le 6 juin 2022. Après les études techniques, économiques, financières et institutionnelles, le conseil d’administration de la Banque avait donné son accord en février 2024 pour une contribution de 41,92 millions d’euros. À cela s’ajoute une contrepartie camerounaise de 4,51 millions d’euros, soit environ 3 milliards de FCFA. En additionnant cette contribution nationale au financement de la BID, le coût correspondant à ce volet atteindrait environ 46,43 millions d’euros, soit près de 30,5 milliards de FCFA.


Mais attention : cette somme ne doit pas être confondue avec le coût global du PADI-Dja, programme plus large qui comprend d’autres projets et d’autres bailleurs. La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) finance notamment une partie importante du volet routier, avec un accord de prêt de 99,85 milliards de FCFA signé le 12 août 2025. Les marchés programmés en 2026 comprennent plusieurs tronçons routiers dans les régions de l’Est et du Sud. Le PADI-Dja bénéficie par ailleurs déjà de crédits budgétaires de l’État : le plan d’investissement 2026 du MINEPAT prévoit 800 millions de FCFA d’appui au programme et 1,5 milliard de FCFA pour le paiement de décomptes en instance.


Ce que le PDRI-Dja doit changer sur le terrain


Le projet vise à développer les activités agro-pastorales et à améliorer l’accès aux infrastructures dans une zone couvrant notamment des localités des régions de l’Est et du Sud. Environ 250 000 personnes doivent en bénéficier. Parmi les réalisations annoncées : l’aménagement de 420 hectares de terres agricoles, la réhabilitation d’environ 300 km de routes rurales, ainsi que la construction ou l’amélioration d’ouvrages d’approvisionnement en eau, d’écoles et de centres de santé. Une partie des interventions doit cibler les femmes et les jeunes vulnérables, notamment à travers le développement des chaînes de valeur agricoles et le renforcement des capacités des communautés.


253 milliards FCFA annoncés : un chiffre à manipuler avec précaution


Le même jour, le Groupe de la Banque islamique de développement prévoit la signature de plusieurs accords de financement et lettres d’intention d’un montant cumulé de 385,85 millions d’euros, soit 253,1 milliards de FCFA au taux fixe de 655,957 FCFA pour un euro. Mais cette enveloppe ne peut pas encore être présentée comme 253 milliards de FCFA de ressources nouvelles déjà disponibles pour l’économie camerounaise. Elle additionne des accords de financement et des lettres d’intention, qui n’ont pas la même portée. Elle peut également réunir des prêts à l’État, des lignes destinées aux banques ou aux entreprises, des financements du commerce et des mécanismes d’assurance. Le calendrier des décaissements, les maturités, les coûts et les éventuelles garanties ne sont pas précisés.


Deux dossiers publics déjà avancés méritent d’être suivis. Le principal financement public connu concerne la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam. Le conseil d’administration de la BID a approuvé, le 19 mai 2025, une contribution de 212,35 millions d’euros, soit environ 139,3 milliards de FCFA, pour cet axe de 218,9 km. Les procédures de préqualification des entreprises ont déjà été engagées, selon les avis de marchés publiés par la banque. L’approbation accordée en 2025 ne valait toutefois ni signature de l’accord avec le Cameroun ni décaissement. À lui seul, ce financement équivaut à 55 % des 385,85 millions d’euros annoncés pour la journée de Yaoundé, mais les informations disponibles ne confirment pas encore qu’il entre dans ce total.


Un autre dossier concerne le PDRI-Dja. Rapportés arithmétiquement l’un à l’autre, les financements de la route Douala-Bafoussam et du projet du Dja atteignent 254,27 millions d’euros, soit 166,8 milliards de FCFA. Ils représenteraient 65,9 % de l’enveloppe annoncée s’ils figurent parmi les documents prévus le 14 septembre.


Le secteur privé dans le viseur


La rencontre doit aussi rapprocher les entreprises et établissements financiers camerounais des différentes composantes du Groupe. La Société islamique pour le développement du secteur privé finance les entreprises et les intermédiaires financiers, l’ITFC intervient dans le financement du commerce et l’ICIEC couvre certains risques liés aux investissements et aux exportations. Les échanges annoncés portent sur l’accès des PME aux ressources de moyen et long terme, les partenariats public-privé, les énergies renouvelables, les infrastructures vertes et le capital humain. L’Institut de la BID, la plateforme d’affaires THIQAH et le Fonds Lives and Livelihoods doivent également présenter leurs dispositifs.


La portée de ces annonces dépendra néanmoins de la nature des documents signés. Une lettre d’intention ouvre généralement une phase de négociation ou de structuration. Elle ne garantit pas, à elle seule, la mise à disposition des fonds.


Un cadre de coopération encore en préparation


La journée de Yaoundé doit enfin lancer la préparation du Country Engagement Framework, ou Cadre d’engagement pays. Ce document est appelé à fixer les priorités de la coopération entre le Cameroun et les différentes institutions du Groupe. Il ne constitue pas, en lui-même, un accord de financement.


En juin 2026, le ministère camerounais de l’Économie évaluait le portefeuille actif de la BID dans le pays à près d’un milliard de dollars. Il annonçait également un accord de principe pour élaborer un cadre de partenariat triennal couvrant notamment la santé, les infrastructures, l’énergie, l’éducation et l’agriculture, sans publier d’enveloppe pour la période à venir. Le compte rendu du MINEPAT ne détaillait pas non plus l’état des décaissements du portefeuille existant.


Rami Ahmad, vice-président chargé des opérations de la BID et chef de la délégation attendue à Yaoundé, présente le futur cadre comme un moyen de regrouper les interventions publiques, privées et commerciales autour d’une programmation commune.


Ce qu’il faut retenir


La signature du 14 septembre 2026 constitue une étape dans la mise en œuvre financière du PDRI-Dja, plutôt qu’une augmentation de l’enveloppe annoncée depuis 2024. Le prochain indicateur à suivre sera le rythme effectif des décaissements et le démarrage des infrastructures prévues dans les deux régions. La liste exhaustive des documents signés, leur valeur individuelle, leurs bénéficiaires, leurs conditions financières et leur calendrier de décaissement permettront de déterminer quelle part des 253,1 milliards de FCFA correspond à de nouveaux financements fermes et quelle part relève encore d’opérations à négocier.




Cameroon – IsDB: €41.92 Million Signed for Dja Rural Project, But Beware of Misleading Figures


Cameroon-IsDB: €41.92M signed on September 14, 2026 for the PDRI-Dja. Decoding a financing expected since 2022, between 250,000 beneficiaries and CFAF 253 billion in announcements to verify.


Cameroon and the Islamic Development Bank signed, on September 14, 2026 in Yaoundé, three financing agreements totaling €41.92 million, or about CFAF 27.5 billion, for the Integrated Rural Development Project of Dja (PDRI-Dja). But behind the announcement lies a reality: this is not a new envelope. The principle of this financing had already been approved by the IsDB Board of Directors on February 7, 2024, and a presidential decree of July 30, 2026 had authorized the Minister of Economy to sign these three agreements. In other words, the September 14 signature materializes an old commitment; it does not increase it.


A project conceived since 2022


The history of PDRI-Dja goes back several years. According to a note dedicated to the project, the Cameroonian government officially requested IsDB support on June 6, 2022. After technical, economic, financial and institutional studies, the Bank’s Board of Directors gave its approval in February 2024 for a contribution of €41.92 million. To this is added a Cameroonian counterpart of €4.51 million, or about CFAF 3 billion. By adding this national contribution to the IsDB financing, the cost corresponding to this component would reach about €46.43 million, or nearly CFAF 30.5 billion.


But be careful: this sum should not be confused with the overall cost of PADI-Dja, a broader program that includes other projects and other donors. The Development Bank of Central African States (BDEAC) is financing a significant part of the road component, with a loan agreement of CFAF 99.85 billion signed on August 12, 2025. Contracts programmed for 2026 include several road sections in the East and South regions. PADI-Dja also already benefits from State budget credits: the 2026 investment plan of MINEPAT provides CFAF 800 million in support for the program and CFAF 1.5 billion for the payment of pending claims.


What PDRI-Dja should change on the ground


The project aims to develop agro-pastoral activities and improve access to infrastructure in an area covering localities in the East and South regions. About 250,000 people are expected to benefit. Among the announced achievements: development of 420 hectares of agricultural land, rehabilitation of about 300 km of rural roads, as well as construction or improvement of water supply facilities, schools and health centers. Some interventions are also intended to target vulnerable women and youth, particularly through the development of agricultural value chains and community capacity building.


CFAF 253 billion announced: a figure to handle with caution


On the same day, the Islamic Development Bank Group plans to sign several financing agreements and letters of intent totaling €385.85 million, or CFAF 253.1 billion at the fixed rate of CFAF 655.957 per euro. But this envelope cannot yet be presented as CFAF 253 billion in new resources already available to the Cameroonian economy. It adds financing agreements and letters of intent, which do not have the same scope. It may also bring together loans to the State, lines intended for banks or businesses, trade financing and insurance mechanisms. The disbursement schedule, maturities, costs and possible guarantees are not specified.


Two public files already advanced deserve monitoring. The main known public financing concerns the rehabilitation of the Douala-Bafoussam road. The IsDB Board of Directors approved, on May 19, 2025, a contribution of €212.35 million, or about CFAF 139.3 billion, for this 218.9 km axis. Pre-qualification procedures for companies have already been launched, according to tender notices published by the bank. The approval granted in 2025 was, however, neither the signing of the agreement with Cameroon nor a disbursement. Alone, this financing equals 55% of the €385.85 million announced for the Yaoundé day, but available information does not yet confirm that it is included in this total.


Another file concerns the PDRI-Dja. Arithmetically compared, the financings for the Douala-Bafoussam road and the Dja project reach €254.27 million, or CFAF 166.8 billion. They would represent 65.9% of the announced envelope if they are among the documents planned for September 14.


The private sector in the crosshairs


The meeting should also bring Cameroonian companies and financial institutions closer to the different components of the Group. The Islamic Corporation for the Development of the Private Sector finances companies and financial intermediaries, ITFC intervenes in trade financing and ICIEC covers certain risks related to investments and exports. The announced exchanges focus on access for SMEs to medium- and long-term resources, public-private partnerships, renewable energies, green infrastructure and human capital. The IsDB Institute, the THIQAH business platform and the Lives and Livelihoods Fund are also expected to present their mechanisms.


The scope of these announcements will nevertheless depend on the nature of the documents signed. A letter of intent generally opens a negotiation or structuring phase. It does not, by itself, guarantee the availability of funds.


A cooperation framework still being prepared


The Yaoundé day should finally launch the preparation of the Country Engagement Framework. This document is intended to set the priorities for cooperation between Cameroon and the various institutions of the Group. It does not constitute, in itself, a financing agreement.


In June 2026, the Cameroonian Ministry of Economy estimated the active IsDB portfolio in the country at nearly one billion dollars. It also announced an agreement in principle to develop a three-year partnership framework covering health, infrastructure, energy, education and agriculture, without publishing an envelope for the coming period. The MINEPAT report also did not detail the disbursement status of the existing portfolio.


Rami Ahmad, IsDB Vice-President for Operations and head of the delegation expected in Yaoundé, presents the future framework as a means of grouping public, private and commercial interventions around a common program.


What to remember


The September 14, 2026 signature constitutes a step in the financial implementation of PDRI-Dja, rather than an increase in the envelope announced since 2024. The next indicator to follow will be the actual pace of disbursements and the start of infrastructure planned in the two regions. The exhaustive list of documents signed, their individual value, their beneficiaries, their financial conditions and their disbursement schedule will make it possible to determine what share of CFAF 253.1 billion corresponds to new firm financing and what share still relates to operations to be negotiated.


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Mouahna Divine

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