Nachtigal, Lom Pangar... le Cameroun gagne 764 MW en cinq ans, mais reste sous le seuil fixé par l'État

Nachtigal, Lom Pangar... le Cameroun gagne 764 MW en cinq ans, mais reste sous le seuil fixé par l'État

Cameroun : la capacité électrique installée grimpe à 2 280 MW en 2025 grâce à Nachtigal et Lom Pangar. Mais 1 220 MW manquent encore pour atteindre l'objectif fixé par le gouvernement. Décryptage.

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Électricité : le Cameroun franchit un cap, mais reste loin de son objectif


Le Cameroun a considérablement renforcé son parc de production électrique ces cinq dernières années. Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029, la capacité installée est passée de 1 516 mégawatts (MW) en 2020 à environ 2 280 MW à fin 2025. Une progression de 764 MW, soit une hausse de plus de 50 % en cinq ans.


Un chiffre en apparence flatteur, mais qui masque une réalité plus nuancée : le pays reste encore à 1 220 MW de la cible intermédiaire de 3 500 MW que s'était fixée le gouvernement.


Nachtigal, la locomotive de la production nationale


Cette embellie, le gouvernement la doit avant tout à l'arrivée de nouvelles infrastructures hydroélectriques. En première ligne : le barrage de Nachtigal, sur la Sanaga, dont les sept groupes de production de 60 MW chacun ont achevé leur mise en service en mars 2025, pour une puissance totale de 420 MW.


Désormais pleinement opérationnel, l'ouvrage injecte son électricité dans le Réseau interconnecté Sud (RIS) et représente à lui seul près d'un cinquième de toute la capacité installée du pays.


À ses côtés, l'usine de pied du barrage de Lom Pangar, d'une capacité plus modeste de 30 MW, alimente le Réseau interconnecté Est (RIE) depuis mai 2023. Ensemble, ces deux ouvrages totalisent 450 MW, soit l'essentiel — mais pas la totalité — des capacités nouvelles enregistrées depuis 2020.


Un déficit structurel encore loin d'être comblé


Malgré ces avancées, le compte n'y est pas. Avec 2 280 MW installés, le Cameroun n'a atteint qu'environ 65 % de sa cible intermédiaire de 3 500 MW. Le DPEB lui-même reconnaît la persistance d'un « déficit structurel de l'offre électrique », aggravé par les pertes sur les réseaux et l'accumulation des impayés.


Ces fragilités financières interviennent alors que l'État a repris le plein contrôle d'Eneo. Le 4 mai 2026, l'entreprise a été transformée en Société camerounaise d'électricité (SOCADEL), une société à capital 100 % public. Une reprise en main présentée par le gouvernement comme un levier de redressement financier et d'amélioration du service, alors que la modernisation des réseaux de transport et de distribution se poursuit, notamment pour sécuriser l'alimentation des zones industrielles de Kribi et de Douala-Bassa.


Plus de 1 600 MW de projets en portefeuille, mais à long terme


Pour espérer combler l'écart, le gouvernement mise sur plusieurs grands chantiers hydroélectriques : Kikot (500 MW), Minkouma (300 MW), Chollet (600 MW), Bini à Warak (90 MW) et Mbakaou. Autant de projets inscrits dans la programmation 2027-2029, mais dont la mise en service reste lointaine.


Selon le calendrier du Programme d'investissement prioritaire, Kikot n'entrerait en service qu'entre 2028 et 2032, Bini à Warak entre 2029 et 2033, Minkouma entre 2029 et 2034, et Chollet pas avant 2036.


Le gouvernement prévoit par ailleurs de renforcer les lignes d'évacuation de l'énergie, avec les projets 225 kV Ebolowa-Kribi, 90 kV Mbalmayo-Mekin, 400 kV Nachtigal-Bafoussam et 225 kV KPDC-Port autonome de Kribi. S'y ajoutent 5 000 km de lignes rurales de distribution triphasée et un programme d'électrification solaire dans 200 localités.


L'équation ne se limite plus à produire


Le message du DPEB est clair : produire davantage de mégawatts ne suffira pas. Pour que la hausse de 50 % enregistrée depuis 2020 se traduise réellement dans le quotidien des ménages et des entreprises, elle devra désormais s'accompagner d'un réseau de transport et de distribution à la hauteur, ainsi que d'un redressement financier durable de la filière électrique.




Cameroon's power capacity tops 2,280 MW, but the government's target is still far off


Cameroon has significantly expanded its electricity generation capacity over the past five years. According to the 2027-2029 Medium-Term Economic and Budgetary Programming Document (DPEB), installed capacity rose from 1,516 megawatts (MW) in 2020 to an estimated 2,280 MW by the end of 2025 — an increase of 764 MW, or over 50%.


The figure looks encouraging, but it hides a more complicated picture: the country remains 1,220 MW short of the government's intermediate target of 3,500 MW.


Nachtigal leads the charge


Much of the increase is due to new hydroelectric infrastructure. Chief among them is the Nachtigal dam on the Sanaga River, whose seven 60 MW turbines completed commissioning in March 2025, bringing 420 MW online. Now fully operational, it feeds the Southern Interconnected Grid (RIS) and alone accounts for nearly a fifth of the country's total installed capacity.


Alongside it, the smaller 30 MW powerhouse at the Lom Pangar dam has supplied the Eastern Interconnected Grid (RIE) since May 2023. Combined, the two projects add up to 450 MW — the bulk, though not all, of the new capacity added since 2020.


A structural shortfall persists


Despite the gains, Cameroon has only reached about 65% of its 3,500 MW intermediate target. The DPEB itself acknowledges a "structural electricity supply deficit," compounded by network losses and unpaid bills.


These financial strains come as the state has taken full control of Eneo. On May 4, 2026, the company was converted into the Cameroonian Electricity Company (SOCADEL), a wholly state-owned entity — a move the government presents as a lever for financial recovery and improved service, alongside continued grid modernization aimed at securing power supply to the industrial zones of Kribi and Douala-Bassa.


Over 1,600 MW of projects still years away


To close the gap, the government is banking on several major hydro projects: Kikot (500 MW), Minkouma (300 MW), Chollet (600 MW), Bini à Warak (90 MW) and Mbakaou. All are listed in the 2027-2029 program, but none will come online soon. Kikot is scheduled for 2028-2032, Bini à Warak for 2029-2033, Minkouma for 2029-2034, and Chollet not before 2036.


The government also plans new transmission lines — including Ebolowa-Kribi (225 kV), Mbalmayo-Mekin (90 kV), Nachtigal-Bafoussam (400 kV) and KPDC-Port of Kribi (225 kV) — plus 5,000 km of rural distribution lines and a solar electrification program for 200 localities.


Production alone won't solve it


The DPEB's message is clear: adding megawatts isn't enough. For the 50% capacity growth since 2020 to translate into real improvements for households and businesses, it must be matched by adequate transmission and distribution networks — and a lasting financial turnaround for the sector.


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Christ Ndiffong (Stagiaire)


 

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