Mobilité à Douala : un coup de pouce fiscal pour sauver le BRT de la version light
Face à un trou de 104,6 milliards de FCFA, le gouvernement camerounais a sorti le chéquier fiscal. En acceptant de prendre en charge la TVA sur les achats liés au Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD), l’État offre une bouffée d’oxygène au futur Bus Rapid Transit (BRT). Une décision cruciale à quelques jours d’une revue de restructuration avec la Banque mondiale, alors que le spectre d’un BRT "allégé" plane toujours sur la capitale économique.
C’est un coup de pouce qui tombe à pic, à quelques semaines d’un rendez-vous crucial. Alors que le projet du BRT de Douala fait face à un déficit de financement colossal de 104,6 milliards de FCFA , l’État camerounais a décidé de prendre en charge une partie de la facture. Selon des informations de source autorisée au ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), le ministre Alamine Ousmane Mey a notifié au maire de Douala, Roger Mbassa Ndiné, la prise en charge par l’État de la TVA sur les biens et services nécessaires au projet .
La mesure, qui sera imputée sur la ligne budgétaire dédiée aux contributions de l’État aux projets d’habitat et de développement urbain, ne fait pas disparaître le déficit d’un coup de baguette magique. Mais elle modifie en profondeur l’équation financière en allégeant la pression sur le budget du projet, à hauteur de près de 59 milliards de FCFA .
Un déficit né de l’ambition
Pour comprendre l’importance de cette décision, il faut revenir sur la genèse du trou. Initialement, l’enveloppe disponible pour le projet était de 260,8 milliards de FCFA . Mais l’intégration de 66,8 km supplémentaires de voies de rabattement autour du corridor pilote du BRT a considérablement alourdi la facture. Sans ces travaux, le coût hors taxes du projet était estimé à 226 milliards de FCFA. Avec, il grimpe à 306,4 milliards de FCFA, soit une augmentation de 35,6 %. Ajoutez à cela environ 58,9 milliards de FCFA de TVA, et le coût total TTC atteint la somme vertigineuse de 365,4 milliards de FCFA .
Le déficit à combler est donc de 104,6 milliards de FCFA, soit plus de 40 % du budget initial. La prise en charge de la TVA par l’État permet donc de réduire ce besoin de financement à un peu plus de 45 milliards de FCFA. Une avancée significative qui offre une meilleure assise au gouvernement pour négocier avec ses partenaires financiers.
Le spectre d’un BTR "allégé"
Ce soutien fiscal arrive à un moment critique. À la fin du mois de septembre 2026, une revue de restructuration est prévue avec la Banque mondiale, le principal bailleur du projet via la BIRD et l’IDA . L’enjeu est de taille : faute de ressources suffisantes, le format même du BRT pourrait être revu à la baisse.
Le scénario redouté est celui d’un système "allégé" (light BRT), une solution moins coûteuse mais aussi moins performante. Là où la version ambitieuse du projet vise une vitesse commerciale moyenne de 35 km/h pour transporter 535 000 passagers par jour avec un parc de 251 bus, la version light verrait cette vitesse chuter entre 18 et 25 km/h . Un tel changement obligerait à revoir entièrement les objectifs d’exploitation et le modèle économique du projet.
"Cette revue de restructuration se tiendra bien en fin septembre 2026, et c’est précisément le moment prévu pour ce type d’ajustement technico-financier", avait d’ailleurs déclaré le maire de Douala, Roger Mbassa Ndiné, dans une interview récente . Le coup de pouce de l’État améliorera donc le rapport de force de la Communauté urbaine de Douala lors de ces discussions cruciales.
Edéa-Kribi : le chantier s’active
Pendant que le casse-tête financier du BRT se résout à Douala, un autre chantier majeur du pays s’active. À peine un mois après avoir remporté le lot 1 de la reconstruction de la route Edéa-Kribi, l’entreprise chinoise China First Highway Engineering Co. Ltd. (CFHEC) est déjà en ordre de marche. Le 3 septembre 2026, elle a lancé depuis la Chine un appel d’offres pour l’acquisition d’additifs à haut module et d’émulsifiants, des produits essentiels pour la fabrication des enrobés bitumineux .
Attribué pour un montant de 43,8 milliards de FCFA TTC, le marché porte sur la reconstruction de 57 km entre le carrefour Edéa/Kribi et le pont de Bivouba . Ce premier indice de mobilisation est un signal fort. Il montre que le chantier, qui s’étend sur 24 mois, est entré dans une phase active, avec le début de la structuration de la chaîne d’approvisionnement.
La reconstruction complète des 110,05 km de l’axe Edéa-Kribi est un projet stratégique pour le désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi (PARZIK) et est cofinancé par la Banque africaine de développement .
L’enjeu : Pour Douala, le compte à rebours est lancé. Avec une date de clôture du projet fixée au 16 juin 2028 et certains sites de maintenance encore à sécuriser, chaque jour compte . La décision du gouvernement est un signal fort. Reste à savoir si elle sera suffisante pour convaincre la Banque mondiale de maintenir le cap sur la version la plus ambitieuse du BRT, un projet qui changera durablement le visage de la capitale économique camerounaise.
Cameroon: Government Steps In with Tax Relief to Keep Douala's Ambitious BRT on Track
Facing a CFAF104.6 billion funding gap for the Douala Urban Mobility Project (PMUD), the Cameroonian government has decided to shoulder the VAT on certain project purchases. This financial boost comes just weeks before crucial restructuring talks with the World Bank, as the specter of a less efficient "light" BRT looms over the city.
In a move that provides significant breathing room, the State's takeover of the VAT—estimated at nearly CFAF59 billion—does not erase the deficit but fundamentally alters the project's financial equation . The cost overrun stemmed from the addition of 66.8 km of feeder roads around the BRT corridor, inflating the total tax-inclusive cost of the project to a staggering CFAF365.4 billion compared to an initial budget of CFAF260.8 billion .
The decision is a strategic one, aimed at shoring up the project's finances ahead of a major restructuring review scheduled with the World Bank for the end of September 2026 . Without this tax relief, the PMUD risked being forced to adopt a "light" BRT system. This cheaper alternative would see the average commercial speed drop from 35 km/h to just 18-25 km/h and require a complete overhaul of operational targets, which currently include 535,000 passengers per day with a fleet of 251 buses .
The Douala Urban Community's main objective is to retain enough resources to avoid a budget-driven performance downgrade. While the VAT waiver is a powerful tool, it doesn't solve everything. A financing gap of over CFAF45 billion remains, and some sites for operations and maintenance centers are still not secured before the project's closure date of June 16, 2028 . The State's commitment will, however, strengthen the city's position in its negotiations with the World Bank.
Meanwhile, on another key infrastructure front: China First Highway Engineering Co. Ltd. (CFHEC) has already started mobilizing resources for its CFAF43.8 billion contract to rebuild 57 km of the Edéa-Kribi road. A month after being awarded the contract, the company launched a tender in China for high-modulus additives and emulsifiers, a clear sign that the major project is swiftly moving into the execution phase .
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Didier Cebas K.
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