Afrique : Ramaphosa joue son avenir politique devant la justice, le Ghana réclame un siège à l’ONU et Ebola fait plus de 3 000 morts en RDC
Le continent africain est traversé par plusieurs fronts majeurs. En Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa tente de faire tomber la base juridique de la procédure de destitution qui le vise dans l’affaire Phala Phala. Au Ghana, John Dramani Mahama exige une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU. Pendant ce temps, la RDC fait face à une flambée meurtrière d’Ebola, avec plus de 3 000 décès recensés.
Ramaphosa retourne devant la justice pour sauver sa présidence
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa joue une nouvelle manche décisive dans l’affaire Phala Phala. La Haute Cour du Cap-Occidental a commencé à examiner son recours contre les conclusions d’une commission parlementaire indépendante d’experts, conclusions qui avaient ouvert la voie à une procédure de destitution.
L’audience, retransmise en direct par SABC News, se tient devant une formation de trois juges. Les débats doivent se poursuivre jusqu’au 4 septembre.
Le chef de l’État demande l’annulation intégrale du rapport de la commission et souhaite que ses conclusions soient déclarées juridiquement sans effet.
Pour Cyril Ramaphosa, les experts ont mal interprété la législation, dépassé leur mandat et tiré des conclusions insuffisamment fondées en estimant qu’il pouvait avoir violé la Constitution, son serment présidentiel et les lois sud-africaines anticorruption.
L’enjeu est considérable : si le rapport est entièrement invalidé, le Parlement pourrait perdre la base juridique sur laquelle repose la procédure de destitution actuellement engagée contre le président.
L’affaire oppose notamment Cyril Ramaphosa à la présidente de l’Assemblée nationale, Thoko Didiza, ainsi qu’à Makashule Gana, président de la commission parlementaire chargée de la procédure de destitution.
Phala Phala, une affaire qui poursuit Ramaphosa depuis 2022
Le dossier remonte à 2022. L’ancien directeur de l’Agence sud-africaine de sécurité de l’État, Arthur Fraser, avait accusé Cyril Ramaphosa d’avoir dissimulé les circonstances du cambriolage survenu en février 2020 dans sa ferme privée de Phala Phala.
Selon les accusations formulées à l’époque, environ 4 millions de dollars auraient été volés. Ramaphosa reconnaît, pour sa part, que 580 000 dollars en espèces ont effectivement été dérobés.
Le président explique que cet argent, caché sous les coussins d’un canapé, correspondait au paiement de taureaux élevés dans sa ferme et vendus à un homme d’affaires soudanais.
Arthur Fraser avait également évoqué de possibles infractions pénales, notamment un enlèvement et une entrave à la justice.
Cyril Ramaphosa rejette ces accusations et soutient n’avoir violé ni la Constitution, ni son serment présidentiel, ni la législation anticorruption.
Des conclusions officielles qui alimentent pourtant le bras de fer
L’affaire est devenue particulièrement sensible parce que plusieurs institutions ont livré des conclusions qui ne vont pas toutes dans le même sens.
Une enquête du Protecteur public sud-africain sur le vol des espèces avait conclu que Ramaphosa n’avait enfreint ni la Constitution ni la législation en vigueur.
La Banque de réserve sud-africaine, la banque centrale du pays, avait également estimé que le président n’avait pas violé la réglementation nationale des changes.
La commission indépendante créée par le Parlement en septembre 2022 avait toutefois adopté une approche différente. Dans son rapport remis fin novembre, elle avait estimé qu’il existait des éléments prima facie — c’est-à-dire des éléments suffisants à première vue — laissant penser que le président avait pu commettre de graves violations constitutionnelles et légales.
Elle avait ainsi considéré que les éléments disponibles justifiaient une enquête parlementaire et l’ouverture d’une procédure prévue par l’article 89 de la Constitution sud-africaine.
L’Assemblée nationale avait initialement refusé d’aller plus loin.
Mais le dossier a rebondi en mai 2026, lorsque la Cour constitutionnelle sud-africaine, saisie par l’opposition, a ordonné au Parlement de reprendre l’examen de la procédure de destitution.
Le Parlement a ensuite constitué une commission chargée de conduire cette procédure. Une grande partie du travail préparatoire a déjà été effectuée.
Tout pourrait désormais dépendre de la décision de la Haute Cour du Cap-Occidental.
Le Ghana veut briser le plafond de verre au Conseil de sécurité
Pendant que Pretoria se débat dans une bataille institutionnelle, Accra pousse un autre combat sur la scène internationale.
Le président ghanéen John Dramani Mahama a déclaré à Belgrade que l’Afrique ne pouvait plus rester privée d’une représentation permanente au Conseil de sécurité des Nations unies.
Le chef de l’État s’exprimait lors d’une réunion consacrée au 65e anniversaire de la première conférence du Mouvement des non-alignés.
Pour Mahama, la composition actuelle du Conseil de sécurité ne correspond plus aux réalités du monde contemporain.
L’absence de l’Afrique parmi les membres permanents est, selon lui, « plus admissible ».
Le président ghanéen lie directement la légitimité du Conseil de sécurité à sa capacité à représenter les différentes régions du monde.
Son message est également stratégique : le Mouvement des non-alignés, qui rassemble une grande partie de la population mondiale, doit préserver son autonomie stratégique et transformer son poids démographique en influence géopolitique réelle.
Cette revendication s’inscrit dans le débat de longue date sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, alors que l’Afrique réclame une place correspondant à son poids démographique, économique et politique.
Égypte : au moins 16 morts dans un accident de bus dans le Sinaï
Autre drame sur le continent : au moins 16 personnes ont perdu la vie dans un accident impliquant un bus de transport de passagers dans la péninsule du Sinaï, en Égypte.
Le ministère égyptien de la Santé indique que les victimes sont mortes sur les lieux.
Vingt-huit personnes ont été blessées et transportées vers des établissements hospitaliers.
L’accident s’est produit mercredi matin près de la localité d’Al-Saada, dans le gouvernorat du Sinaï du Sud.
Face à l’ampleur de l’accident, 20 ambulances ont été dépêchées sur place.
Les causes exactes du drame restent inconnues. Une enquête policière a été ouverte afin de déterminer les circonstances de l’accident.
Ebola : la RDC franchit le seuil des 3 000 morts
La situation sanitaire est particulièrement préoccupante en République démocratique du Congo.
Selon le ministère congolais de la Communication et des Médias, 3 007 décès dus à Ebola ont désormais été recensés. Le bilan s'est alourdi de 57 morts en seulement 24 heures.
Le nombre de cas confirmés en laboratoire atteint désormais 6 186, soit 86 cas supplémentaires sur la même période.
Le taux de létalité s’établit à 48,6 %.
Par ailleurs, 830 personnes suspectées d’être infectées sont actuellement hospitalisées ou placées dans des centres d’isolement médical.
Le suivi des contacts des personnes infectées atteint 88 %, un indicateur essentiel dans la stratégie de contrôle de la transmission du virus.
L’Ituri au cœur de l’épidémie
L’épidémie, qui a débuté le 15 mai en RDC et en Ouganda, touche actuellement six provinces congolaises.
La province de l’Ituri constitue l’épicentre de la flambée en République démocratique du Congo.
La situation régionale présente toutefois une évolution contrastée. En Ouganda, les autorités avaient annoncé le 28 juillet la fin de l’épidémie, une décision confirmée le 25 août par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
En RDC, en revanche, la situation reste extrêmement préoccupante.
Avec plus de 3 000 décès recensés et un taux de létalité proche de 50 %, l’épidémie s’impose désormais comme l’une des plus meurtrières de l’histoire d’Ebola en Afrique.
Un continent confronté à plusieurs batailles
De Pretoria à Kinshasa, en passant par Accra et Le Caire, l’actualité africaine met en lumière des réalités très différentes mais également des enjeux communs : responsabilité politique, souveraineté, représentation internationale, sécurité et santé publique.
En Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa tente de reprendre l’initiative devant la justice et de neutraliser le rapport qui sert de socle à la procédure de destitution.
Au Ghana, John Dramani Mahama porte une revendication qui dépasse les frontières de son pays : celle d’une Afrique enfin représentée de manière permanente au cœur du système de décision de l’ONU.
Et en RDC, les chiffres d’Ebola rappellent brutalement qu’au-delà des batailles politiques et diplomatiques, le continent reste confronté à des urgences sanitaires capables de faire des milliers de victimes en quelques semaines.
L’Afrique joue donc plusieurs matchs à la fois. Et, dans chacun d’eux, les décisions prises aujourd’hui pourraient peser lourd sur son avenir politique, diplomatique et humain.
Africa: Ramaphosa fights for his political future in court as Ghana demands UN seat and Ebola deaths surpass 3,000 in DR Congo
Africa is facing several major challenges at the same time. In South Africa, President Cyril Ramaphosa is seeking to overturn the legal foundation of the impeachment proceedings against him over the Phala Phala farm scandal. In Ghana, President John Dramani Mahama is demanding permanent African representation on the UN Security Council. Meanwhile, the Democratic Republic of Congo is battling a deadly Ebola outbreak that has claimed more than 3,000 lives.
Ramaphosa takes his battle to court
South African President Cyril Ramaphosa is facing another decisive legal battle over the Phala Phala scandal.
The Western Cape High Court has begun hearing his challenge against the findings of an independent panel of parliamentary experts whose report paved the way for the current impeachment process.
SABC News is broadcasting the proceedings live from the courthouse. The case is being heard by a three-judge panel, with hearings scheduled to continue until September 4.
Ramaphosa is asking the court to set aside the panel's report in its entirety and declare its findings legally ineffective.
The president argues that the panel misinterpreted the law, exceeded its mandate and reached an unfounded conclusion that he may have violated the Constitution, his presidential oath and anti-corruption legislation.
The stakes are extremely high. If the report is completely overturned, Parliament could lose the legal basis for continuing the impeachment proceedings against the sitting president.
The respondents include National Assembly Speaker Thoko Didiza and Makashule Gana, the chairperson of the parliamentary committee handling the impeachment process.
The Phala Phala scandal
The controversy erupted in 2022 after former State Security Agency director Arthur Fraser accused Ramaphosa of concealing the circumstances surrounding the theft of a large amount of cash from his private Phala Phala farm in February 2020.
Fraser alleged that around 4 million US dollars had been stolen and claimed that the president could have committed several criminal offences, including kidnapping and obstruction of justice.
Ramaphosa acknowledges that 580,000 dollars in cash was stolen.
According to the president, the money had been hidden under sofa cushions and represented payment for cattle raised on the farm and sold to a Sudanese businessman.
Ramaphosa has consistently denied violating the Constitution, his presidential oath or South African anti-corruption laws.
Conflicting institutional findings
The case has remained politically explosive partly because different institutions have reached different conclusions.
A subsequent investigation by South Africa's Public Protector concluded that Ramaphosa had not violated the Constitution or any applicable law.
The South African Reserve Bank also found that the president had not breached the country's foreign-exchange regulations.
However, an independent expert panel established by Parliament in September 2022 reached a different conclusion.
In a report submitted in November that year, the panel said there was prima facie evidence suggesting that Ramaphosa may have committed serious constitutional and legal violations.
The panel concluded that the available evidence justified a parliamentary investigation and the initiation of impeachment proceedings under Section 89 of South Africa's Constitution.
The National Assembly initially decided not to proceed.
But the case returned to the political spotlight in May 2026, when South Africa's Constitutional Court, following a challenge by the opposition, ordered Parliament to resume consideration of the impeachment process.
Parliament subsequently established a committee to handle the proceedings.
Much of the preparatory work has already been completed, but the next stage could now depend on the Western Cape High Court's ruling.
Ghana demands permanent African representation at the UN
While South Africa deals with its own institutional battle, Ghana is pushing a broader geopolitical agenda.
Ghanaian President John Dramani Mahama said in Belgrade that Africa can no longer be excluded from permanent representation on the United Nations Security Council.
Mahama was speaking at a meeting marking the 65th anniversary of the first conference of the Non-Aligned Movement.
According to the Ghanaian leader, the current composition of the Security Council no longer reflects the realities of the modern world.
Africa's exclusion from permanent membership is, he argued, no longer acceptable.
Mahama also said that the legitimacy and credibility of the UN Security Council depend on how fairly the world's regions are represented.
He urged the Non-Aligned Movement to preserve its strategic autonomy and turn its demographic weight into real geopolitical influence.
The demand reflects Africa's longstanding call for reform of the UN Security Council and greater representation in global decision-making.
Egypt: at least 16 killed in Sinai bus crash
At least 16 people have died in a passenger bus accident in Egypt's Sinai Peninsula, according to the Egyptian Ministry of Health.
Twenty-eight injured people were transported to hospitals for medical treatment.
The accident occurred on Wednesday morning near Al-Saada in the South Sinai Governorate.
Authorities deployed 20 ambulances to the scene.
The cause of the crash remains unknown, and police have launched an investigation.
Ebola crisis deepens in DR Congo
The most alarming health development is unfolding in the Democratic Republic of Congo.
According to the Congolese Ministry of Communication and Media, 3,007 people have now died from Ebola, including 57 deaths recorded during the previous 24 hours.
The number of laboratory-confirmed cases has reached 6,186, an increase of 86 cases in 24 hours.
The case-fatality rate stands at 48.6%.
A further 830 suspected patients are currently hospitalized or placed in medical isolation centres.
Contact tracing coverage stands at 88%, a crucial indicator in efforts to contain transmission.
Ituri remains the epicentre
The outbreak, which began on May 15 in the Democratic Republic of Congo and Uganda, is currently affecting six Congolese provinces.
Ituri Province remains the epicentre of the outbreak in the DRC.
The regional situation has developed differently in Uganda. Ugandan authorities declared their Ebola outbreak over on July 28, a development confirmed by the World Health Organization on August 25.
In the DRC, however, the crisis remains severe.
With more than 3,000 deaths and a fatality rate approaching 50%, the outbreak has become one of the deadliest Ebola outbreaks in Africa's history.
A continent facing multiple fronts
From Pretoria to Kinshasa, Accra and Cairo, Africa's latest developments highlight very different challenges but also common issues: political accountability, sovereignty, international representation, public safety and health security.
In South Africa, Ramaphosa is attempting to regain the initiative through the courts and dismantle the report underpinning the impeachment process.
In Ghana, Mahama is advancing a demand that goes beyond his own country: permanent African representation at the heart of the United Nations decision-making system.
And in the DRC, the Ebola figures offer a stark reminder that, beyond political and diplomatic battles, the continent continues to face public-health emergencies capable of claiming thousands of lives.
Africa is therefore fighting several battles at once — and the decisions made today could have lasting consequences for its political, diplomatic and humanitarian future.
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Mouahna Divine
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