Il racontait notre histoire depuis 30 ans : le journaliste Ananie Rabier Bindzi est décédé

Il racontait notre histoire depuis 30 ans : le journaliste Ananie Rabier Bindzi est décédé

Le journaliste camerounais Ananie Rabier Bindzi, voix légendaire de « La Tribune de l'Histoire » sur Canal 2 International, est décédé à 86 ans à Douala. Retour sur un destin hors norme.

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Ananie Rabier Bindzi, la mémoire vivante du Cameroun, s'est éteinte à 86 ans


Douala, 25 août 2026 — Le journaliste et historien Ananie Rabier Bindzi est décédé ce lundi 24 août 2026 à son domicile de Bonabéri, à Douala, à l'âge de 86 ans. Ramené de Paris la semaine dernière par son épouse, il s'est éteint entouré des siens, laissant derrière lui un vide immense dans le paysage médiatique camerounais.


Pendant plus de trente ans, sa voix grave et son érudition ont accompagné les dimanches soir des téléspectateurs camerounais à travers « La Tribune de l'Histoire », l'émission qu'il a créée et animée sur Canal 2 International. Un rendez-vous devenu, pour des générations de familles, un véritable rituel : celui de se réapproprier une histoire nationale trop souvent occultée.


Un enfant de la rue devenu passeur de mémoire


Né à Douala au tout début des années 1940, Ananie Rabier Bindzi a grandi dans une extrême précarité, au cœur du marché central de la ville, dans le quartier populaire du marché des chèvres. Septième enfant d'une mère qui avait perdu tous les autres, il se décrivait lui-même sans détour comme un « enfant de la rue ». Cette enfance rude ne l'empêchera pourtant pas de tracer un parcours singulier : le prestigieux Collège Libermann, pépinière d'élites camerounaises, puis l'école militaire de Brazzaville, où il embarque à bord du navire Jean Mermoz en 1956.


Direction ensuite la France, où il se forme au journalisme et à la communication à l'EFAP, avant de rejoindre les rangs encore restreints des journalistes africains dans la presse internationale. Sa signature traversera trente années de publications de référence : Jeune Afrique, Africa International, Afrique-Asie, où il documente inlassablement l'actualité et l'histoire du continent.


« La Tribune de l'Histoire », une œuvre de mémoire collective


C'est toutefois à la télévision que Ananie Rabier Bindzi accomplira son œuvre la plus marquante. Sur le plateau de Canal 2 International, « La Tribune de l'Histoire » devient rapidement un événement national, une première dans l'audiovisuel camerounais : chaque semaine, il invitait des témoins de la décolonisation et des premières années de l'indépendance à raconter, de première main, des pans entiers d'une histoire longtemps restée dans l'ombre.


Doté d'une mémoire hors du commun, surnommée « mémoire d'éléphant » par ses proches, il était considéré comme une véritable bibliothèque vivante du Cameroun contemporain. Certaines de ses émissions, abordant des sujets sensibles, ont pu susciter la controverse, mais son rôle dans la réconciliation des Camerounais avec leur propre histoire est aujourd'hui largement salué.


Un hommage unanime


L'écrivain Arol Ketch, très ému, a rendu un vibrant hommage au disparu, saluant un homme qui aura consacré sa vie à honorer la mémoire de centaines de figures oubliées de l'histoire camerounaise. Il a adressé ses condoléances à l'épouse du défunt, décrite comme son pilier jusqu'au bout, ainsi qu'à l'ensemble de la corporation des journalistes camerounais.


La disparition d'Ananie Rabier Bindzi laisse un héritage considérable : celui d'un homme qui, de l'enfance la plus modeste aux plateaux de télévision les plus suivis du pays, n'aura eu de cesse de transmettre. À sa famille et à ses proches, toute la rédaction présente ses condoléances les plus sincères.




Ananie Rabier Bindzi, Cameroon's Living Memory, Dies at 86


Legendary Cameroonian journalist Ananie Rabier Bindzi, host of "La Tribune de l'Histoire" on Canal 2 International, has died at 86 in Douala. A look back at an extraordinary life.


Douala, August 25, 2026 — Cameroonian journalist and historian Ananie Rabier Bindzi died on Monday, August 24, 2026, at his home in Bonabéri, Douala, at the age of 86. Brought back from Paris the previous week by his wife, he passed away surrounded by loved ones, leaving a profound void in Cameroon's media landscape.


For more than three decades, his deep voice and scholarly insight defined Sunday evenings for Cameroonian television audiences through "La Tribune de l'Histoire" ("The History Tribune"), the program he created and hosted on Canal 2 International. For generations of families, it became a genuine ritual — a weekly reclaiming of a national history too often left untold.


From Street Child to Guardian of Memory


Born in Douala in the early 1940s, Ananie Rabier Bindzi grew up in extreme poverty at the heart of the city's central market, in the working-class Marché des Chèvres neighborhood. The seventh child of a mother who had lost all her other children, he openly described himself as a "child of the street." Yet this difficult childhood did not stop him from forging a remarkable path: the prestigious Collège Libermann, a training ground for Cameroon's elite, followed by the military academy in Brazzaville, which he reached aboard the ship Jean Mermoz in 1956.


He then moved to France, where he studied journalism and communications at EFAP, before joining the still-small circle of African journalists working in the international press. His byline would appear for thirty years in leading publications such as Jeune Afrique, Africa International, and Afrique-Asie, where he tirelessly documented the continent's current affairs and history.


"La Tribune de l'Histoire": A Work of Collective Memory


It was on television, however, that Bindzi achieved his most significant work. On Canal 2 International, "La Tribune de l'Histoire" quickly became a national event — a first for Cameroonian broadcasting. Each week, he invited witnesses of decolonization and the early years of independence to recount, firsthand, chapters of history that had long remained obscured.


Renowned among colleagues for an extraordinary memory — an "elephant's memory," as those close to him described it — he was widely regarded as a living library of contemporary Cameroon. Some of his broadcasts, tackling sensitive subjects, sparked controversy, but his role in reconciling Cameroonians with their own history is now widely recognized.


A Unanimous Tribute


Writer Arol Ketch paid moving tribute to the late journalist, honoring a man who devoted his life to celebrating the memory of hundreds of forgotten figures from Cameroonian history. He extended his condolences to Bindzi's wife, described as his steadfast pillar until the end, as well as to the entire community of Cameroonian journalists.


Ananie Rabier Bindzi's passing leaves a considerable legacy — that of a man who, from the humblest of childhoods to the country's most-watched television programs, never stopped passing on knowledge. To his family and loved ones, our sincerest condolences.


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Viviane GEMELE

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