Cobalt, nickel, rutile : pourquoi la Sonamines vient de recaler tous les candidats sur ses deux plus gros gisements
La Société nationale des mines (Sonamines) change son fusil d'épaule pour tenter de relancer deux des plus vieux dossiers miniers du Cameroun. Dans deux communiqués datés du 18 août 2026, l'entreprise publique a purement et simplement déclaré infructueux les appels internationaux à manifestation d'intérêt lancés pour dénicher des partenaires technico-financiers sur le gisement de cobalt, nickel et manganèse de Lomié-Nkamouna (Est) et le bloc rutilifère d'Akonolinga (Centre). Verdict identique dans les deux procédures : aucune candidature n'a satisfait aux critères de sélection. La Sonamines se dit désormais prête à négocier directement avec des investisseurs disposant de l'expertise et des capacités financières requises.
Six candidats, zéro élu
Ce double échec ne traduit pourtant pas un désintérêt du marché. Selon des sources internes à la Sonamines, six entreprises ou consortiums venus des États-Unis, d'Australie, du Royaume-Uni, du Canada et de Chine ont manifesté un intérêt pour les deux projets — trois consortiums et trois entreprises, dont plusieurs ont visé les deux gisements à la fois. La Sonamines n'a toutefois publié ni le nombre exact de dossiers reçus, ni celui des dossiers réellement évalués. Une candidature chinoise serait même arrivée après l'expiration du délai, sans que l'on sache si elle entre dans le décompte des six.
Des dossiers recalés sur la forme comme sur le fond
D'après les mêmes sources, plusieurs postulants ont buté sur des dossiers administratifs incomplets ou truffés de documents non signés — un motif pourtant éliminatoire dès le départ. D'autres n'ont pas convaincu sur leurs capacités techniques et financières, ni sur leurs performances environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Certaines propositions de partenariat, enfin, ne collaient tout simplement pas au schéma que recherchait la Sonamines.
La barre était haute : au moins 70 points sur 100, répartis entre 35 points pour l'expérience technique, 30 pour la capacité financière, 22 pour la proposition technique et le schéma de partenariat, et 10 pour les références ESG. S'y ajoutaient deux prérequis non négociables : au moins quinze ans d'expérience dans le secteur minier et des références d'activité sur le continent africain.
L'ouverture de négociations doit désormais permettre à la Sonamines de discuter directement, projet par projet, des conditions techniques, financières et capitalistiques avec de nouveaux investisseurs. Mais aucun financement n'est acquis pour autant : les communiqués du 18 août ne fixent ni calendrier, ni modèle de partage du capital, ni montant de la contribution attendue du partenaire ou de l'État.
Nkamouna, un gisement toujours sous contentieux
À Lomié-Nkamouna, le futur investisseur héritera d'un projet à l'arrêt depuis plus de vingt ans — et d'une bataille juridique loin d'être close. Le permis d'exploitation n°33 avait été accordé en avril 2003 à Geovic Cameroon, filiale de la nord-américaine Geovic Mining Corporation. Faute de mise en exploitation, il a été retiré par décret présidentiel (n°2025/040 du 12 février 2025), avant que le périmètre ne soit rétrocédé à la Sonamines.
Geovic Cameroon conteste cette décision. Dans un avis de litige daté du 16 janvier 2026, la société — représentée par Chris Serin, présenté comme président de Geocam — affirme que le permis et la convention minière restent juridiquement valides et pleinement en vigueur. Une revendication de l'entreprise, à ce stade, et non une décision de justice tranchant la question.
Le poids financier du dossier n'arrange rien. Les dernières études créditent Nkamouna d'environ 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées, avec des teneurs moyennes de 0,23 % de cobalt, 0,65 % de nickel et 1,35 % de manganèse. Le chiffre de 300 milliards de FCFA souvent cité provient toutefois de l'étude de faisabilité de 2011, qui évaluait alors l'investissement initial à 617 millions de dollars — une estimation aujourd'hui datée, ce qui explique pourquoi l'actualisation de cette étude et de l'évaluation environnementale figure parmi les missions confiées au futur partenaire.
Akonolinga, l'équation impossible laissée par Eramet
À Akonolinga, le défi est d'une autre nature. Le groupe français Eramet, titulaire de permis de recherche depuis 2019, s'est retiré en octobre 2023 après quatre ans d'exploration, expliquant que les études de faisabilité avaient révélé des « rationnels économiques » insuffisants pour soutenir un projet industriel responsable et rentable. En cause : la faible teneur du gisement, sa faible épaisseur exploitable, et le coût de la gestion des eaux et des particules ultrafines, avec des risques jugés trop élevés pour les écosystèmes et les populations riveraines.
Loïse Tamalgo, alors administratrice générale d'Eramet Cameroun, avait résumé la situation sans détour : aucun investisseur n'était prêt à injecter 180 millions d'euros (environ 118 milliards de FCFA) dans un projet pour n'en récupérer que 30 millions (environ 19,7 milliards de FCFA) en cinq ou six ans.
Les termes de référence publiés en 2026 par la Sonamines affichent un potentiel supérieur à 500 000 tonnes de rutile pour la seule zone d'Akonolinga, et environ 2,85 millions de tonnes pour un périmètre élargi incluant Nanga-Eboko et le Haut-Mfoumou, avec une teneur moyenne estimée à 1,05 %. La société publique présente cet ensemble comme la deuxième ressource mondiale de rutile derrière la Sierra Leone — un chiffre issu d'une compilation de travaux anciens et récents que la Sonamines reconnaît elle-même incomplète, l'exploration devant encore être achevée et les données techniques actualisées avant toute mise en exploitation.
Un intérêt réel, mais un filtre trop serré
Le double échec des appels à manifestation d'intérêt ne raconte donc pas une histoire de désintérêt, mais celle d'un écart entre l'appétit des investisseurs et leur capacité à franchir les filtres administratifs, techniques et financiers posés par la Sonamines. Les négociations désormais ouvertes pourront assouplir la recherche de partenaires. Elles ne suffiront cependant pas, à elles seules, à trancher le contentieux qui plane sur Nkamouna, ni à changer l'équation économique et environnementale qui avait poussé Eramet à quitter Akonolinga.
Cobalt, Nickel, Rutile: Why Cameroon's Sonamines Just Rejected Every Bidder for Its Two Flagship Mining Projects
Cameroon's state mining company, Sonamines, is changing tack to try to revive two of the country's oldest mining projects. In two statements dated August 18, 2026, the state-owned firm declared unsuccessful the international expressions of interest it had launched to select technical and financial partners for the Lomié-Nkamouna cobalt-nickel-manganese deposit in the East region, and the Akonolinga rutile block in the Centre region. In both cases, the company said, no application met the selection criteria. Sonamines says it is now open to direct negotiations with investors that have the required expertise and financial capacity.
Six bidders, none selected
The setback does not reflect a lack of market interest. According to sources within Sonamines, six companies or consortia from the United States, Australia, the United Kingdom, Canada and China expressed interest in the two projects — three consortia and three companies, several of which targeted both deposits. Sonamines has not disclosed how many applications were formally received or evaluated. A Chinese bid reportedly arrived after the deadline, though it is unclear whether it is included in the count of six.
Applications rejected on form and substance
Sources say several bidders submitted incomplete administrative files or documents that were not properly signed — an automatic disqualifier under the rules. Others failed to provide sufficient evidence of their technical and financial capacity, or of their environmental, social and governance (ESG) track record. Some partnership proposals simply did not match the structure Sonamines was looking for.
The bar was high: candidates needed at least 70 out of 100 points, split between 35 points for technical experience, 30 for financial capacity, 22 for the technical proposal and partnership structure, and 10 for ESG references. Bidders also had to show at least fifteen years of experience in the mining sector and a track record in Africa.
The move to direct negotiations should let Sonamines discuss technical, financial and capital terms project by project with new investors. But it does not guarantee financing: the August 18 statements set no timeline, no capital-sharing model, and no figure for the expected contribution from either the partner or the state.
Nkamouna remains tied up in a legal dispute
At Lomié-Nkamouna, any future investor will inherit a project stalled for more than twenty years — and an unresolved legal fight. Mining permit No. 33 was granted in April 2003 to Geovic Cameroon, a subsidiary of North America's Geovic Mining Corporation. Because the project was never brought into production, the permit was withdrawn by presidential decree in February 2025, and the site was handed back to Sonamines.
Geovic Cameroon disputes that decision. In a notice of dispute dated January 16, 2026, the company — represented by Chris Serin, described as Geocam's president — argues that the permit and mining agreement remain legally valid and fully in force. That is a claim by the company, not a court ruling settling the matter.
The financial scale of the project adds another layer of difficulty. The latest studies credit Nkamouna with roughly 121 million tonnes of measured and indicated resources, at average grades of 0.23% cobalt, 0.65% nickel and 1.35% manganese. The often-cited figure of 300 billion CFA francs, however, comes from a 2011 feasibility study that put initial investment at $617 million — a now-dated estimate, which is why updating that study and the environmental assessment is among the tasks assigned to the future partner.
Akonolinga must solve the equation that drove Eramet away
At Akonolinga, the challenge is different. French group Eramet, which held exploration permits from 2019, withdrew in October 2023 after four years of exploration, saying feasibility studies showed the economics could not support a responsible, profitable industrial project. It cited the deposit's low grade, limited mineable thickness, and the cost of managing water and ultrafine particles, with risks it judged too high for local ecosystems and communities.
Loïse Tamalgo, then Eramet Cameroon's general administrator, put it bluntly: no investor was willing to sink €180 million (about 118 billion CFA francs) into a project to recoup only €30 million (about 19.7 billion CFA francs) over five or six years.
Terms of reference published by Sonamines in 2026 point to potential resources exceeding 500,000 tonnes of rutile in the Akonolinga zone alone, and about 2.85 million tonnes across a wider perimeter including Nanga-Eboko and Haut-Mfoumou, at an estimated average grade of 1.05%. Sonamines presents this combined resource as the world's second-largest rutile deposit after Sierra Leone — a figure drawn from a mix of old and recent studies that the company itself admits is incomplete, with exploration still to be finished and technical data still to be updated before any mining can begin.
Real interest, too narrow a filter
The double failure of these tenders is not a story about lost investor appetite — it is a story about the gap between that appetite and bidders' ability to clear Sonamines' administrative, technical and financial filters. The negotiations now on offer may loosen the search for partners. But on their own, they won't resolve the legal dispute hanging over Nkamouna, nor change the economic and environmental equation that pushed Eramet out of Akonolinga.
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Silognhia Edwige