Des milliards engloutis pour presque rien : l’État camerounais ne touche que 55 milliards de dividendes sur 1 926 milliards investis

Des milliards engloutis pour presque rien : l’État camerounais ne touche que 55 milliards de dividendes sur 1 926 milliards investis

Révélation choc de la Chambre des comptes : en 2024, l’État camerounais n’a perçu que 55,85 milliards de FCFA de dividendes sur un portefeuille de 1 926 milliards. SNH et BEAC raflent 74 %. Un rendement de 2,92 % seulement. Détails et questions qui fâchent.

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Des milliards engloutis pour presque rien : l’État camerounais ne touche que 55 milliards de dividendes sur 1 926 milliards investis


Yaoundé, 8 juillet 2026 – Le constat est brutal et tombe comme un couperet. Dans un rapport technique remis au Parlement en juin 2026, la Chambre des comptes de la Cour suprême démonte sans complaisance la rentabilité financière du vaste portefeuille d’entreprises publiques du Cameroun. Intitulé « Audits des entreprises publiques : cas spécifique de la Société camerounaise d’aluminium (Alucam) », le document révèle une vérité que beaucoup soupçonnaient mais que peu osaient chiffrer aussi clairement : l’État actionnaire gagne très peu d’argent avec ses participations.


En 2024, pour des participations directes évaluées à 1 926,2 milliards de FCFA, l’État n’a perçu que 55,85 milliards de FCFA de dividendes. Un rendement global de seulement 2,92 %. À titre de comparaison, un simple placement de cette somme sur le marché financier à un taux moyen de 6,5 % aurait généré près de 150 milliards de FCFA. L’écart est vertigineux.


Seulement 9 entreprises sur 49 paient des dividendes


La Chambre des comptes recense 38 entreprises contrôlées par l’État (1 534,58 milliards de FCFA) et 12 entreprises non contrôlées (391,64 milliards). Sur ces 49 structures, seules 9 ont reversé des dividendes à l’État en 2024. La concentration est extrême : la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) et la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ont à elles seules fourni 41,43 milliards, soit 74 % du total.


Voici le détail des contributions :


- SNH : 20,875 milliards FCFA  
- BEAC : 20,551 milliards FCFA  
- SCB : 5,201 milliards FCFA  
- SGC : 3,829 milliards FCFA  
- SOCAPALM : 2,221 milliards FCFA  
- DPDC, BGFI, Africa Re et ADC complètent la liste avec des montants plus modestes.


La SNI, plus de dix ans sans reverser un franc à l’État


Autre point noir mis en lumière : la Société Nationale d’Investissement (SNI). Celle-ci détient indirectement, pour le compte de l’État, 36,5 milliards de FCFA dans 38 entreprises. Pourtant, la SNI n’a plus versé de dividendes à son actionnaire principal depuis plus de dix ans, malgré un report à nouveau créditeur de 9,7 milliards FCFA.


La Chambre des comptes pose la question sans détour : « Que gagne l’État en tant qu’actionnaire de la SNI ? » Elle explique que l’entreprise publique finance régulièrement des assistances techniques à l’État sans être remboursée ni comptabiliser de créances. Une situation qui, selon les magistrats, « ne favorise pas la performance financière » de la SNI.


Objectifs stratégiques versus rentabilité financière


Les auteurs du rapport reconnaissent toutefois que les participations publiques ne répondent pas uniquement à une logique de profit. Elles visent aussi le contrôle de secteurs stratégiques, la préservation de l’emploi, l’aménagement du territoire ou la souveraineté économique. Mais sur le strict plan budgétaire, le verdict est sévère : « Il apparaît que sur le plan financier, les prises de participations de l’État au capital des entreprises est très peu rentable. »


Ce rapport relance le débat sur la gouvernance du portefeuille public camerounais : clarification des objectifs, suivi rigoureux de la performance, distinction entre entreprises stratégiques et entreprises à vocation financière. Des réformes profondes semblent nécessaires si l’on veut que l’État actionnaire cesse d’être un contribuable net et devienne enfin un véritable générateur de ressources pour le budget de l’État.


La balle est désormais dans le camp du Parlement et du gouvernement.




Billions Invested, Pennies Returned: Cameroon State Earns Only 55 Billion FCFA in Dividends from 1,926 Billion Portfolio


Yaoundé, July 8, 2026 – The verdict is harsh. In a detailed report submitted to Parliament in June 2026, the Audit Chamber of the Supreme Court has exposed the poor financial performance of Cameroon’s vast public enterprise portfolio.


In 2024, the State received only 55.85 billion FCFA in dividends from direct participations valued at 1,926.2 billion FCFA — a meager return of 2.92%. By comparison, the same amount invested at an average market rate of 6.5% would have generated nearly 150 billion FCFA.


Only 9 out of 49 companies paid dividends


Out of 38 controlled companies (1,534.58 billion FCFA) and 12 non-controlled ones (391.64 billion FCFA), just nine entities transferred dividends. The SNH and BEAC alone accounted for 41.43 billion FCFA, or 74% of the total.


The report highlights the extreme concentration of returns and raises serious questions about the real value of the public portfolio beyond a handful of performers.


SNI: Over ten years without paying dividends to the State


The National Investment Company (SNI) holds 36.5 billion FCFA on behalf of the State but has paid no dividends for more than a decade. The Audit Chamber openly asks: “What does the State gain as shareholder of the SNI?”


The document also notes broader weaknesses in the steering of public participations and calls for clearer objectives, better performance monitoring, and a sharper distinction between strategic and purely financial investments.



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Mouahna Divine

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