Cameroun : la Sonara replonge dans le rouge malgré un chiffre d'affaires qui explose

Cameroun : la Sonara replonge dans le rouge malgré un chiffre d'affaires qui explose

La Sonara affiche une perte record de 76,22 milliards FCFA en 2025 malgré un spectaculaire rebond de son activité. Pendant ce temps, la SNH mise sur le méga-projet gazier Yoyo-Yolanda et neuf nouveaux blocs pétrogaziers pour préparer l'après-Hilli Episeyo.

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Sonara : pertes record malgré un spectaculaire rebond, la SNH dévoile sa stratégie pour sauver le gaz camerounais


Yaoundé – Le secteur énergétique camerounais présente un visage contrasté en 2025. Alors que la Société nationale de raffinage (Sonara) retrouve des couleurs sur le plan opérationnel après plusieurs années de crise, elle termine néanmoins l'exercice avec une perte nette historique de 76,22 milliards de FCFA. Dans le même temps, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) tente de rassurer sur l'avenir du gaz camerounais en dévoilant une stratégie articulée autour du gigantesque projet offshore Yoyo-Yolanda et de nouveaux permis d'exploration.


Ces deux dossiers illustrent les défis majeurs auxquels fait face le Cameroun : reconstruire son industrie pétrolière tout en préparant la prochaine génération de projets gaziers.


Une Sonara plus active... mais toujours déficitaire


Selon les états financiers 2025 consultés par Investir au Cameroun, la Sonara a enregistré une perte nette de 76,22 milliards de FCFA, contre 41,98 milliards un an auparavant, soit une aggravation de 81,6 %.


Ce résultat apparaît paradoxal puisque l'activité commerciale connaît une véritable relance.


Le chiffre d'affaires a plus que doublé en un an, passant de 137,98 milliards à 317,65 milliards de FCFA (+130 %).


Privée de son outil industriel depuis l'incendie du 31 mai 2019, la Sonara poursuit aujourd'hui ses activités autour de l'importation, du stockage et de la commercialisation des produits pétroliers destinés au marché camerounais.


L'exploitation redevient bénéficiaire


Les indicateurs opérationnels témoignent pourtant d'un net redressement.


La marge commerciale progresse de 4,28 à 16,18 milliards de FCFA, tandis que la valeur ajoutée atteint 37,95 milliards, contre seulement 2,43 milliards en 2024.


Plus significatif encore, l'excédent brut d'exploitation redevient positif à 28,37 milliards de FCFA, alors qu'il affichait une perte de 7,21 milliards l'année précédente.


Grâce notamment aux subventions d'exploitation de 84,07 milliards de FCFA, le résultat d'exploitation ressort positif à 19,03 milliards, après une perte de 14,01 milliards en 2024.


Ces chiffres traduisent une amélioration réelle de la performance opérationnelle de la raffinerie.


Une lourde fiscalité fait basculer les comptes


Malgré cette embellie, la rentabilité finale est anéantie par une charge fiscale exceptionnelle.


Le résultat financier reste négatif à -20,05 milliards de FCFA, mais s'améliore par rapport à 2024.


Avant impôts, le résultat des activités ordinaires limite la perte à 1,03 milliard de FCFA, contre 38,76 milliards un an plus tôt.


Toutefois, la ligne "impôts sur le résultat" bondit brutalement à 75,19 milliards de FCFA, contre seulement 3,22 milliards en 2024.


Cette seule charge transforme une quasi-stabilité financière en une perte nette historique de 76,22 milliards de FCFA.


Les documents financiers disponibles ne permettent cependant pas de préciser la nature exacte de cette importante charge fiscale.


Une recapitalisation qui restaure les fonds propres


L'année 2025 est également marquée par une importante opération de recapitalisation.


Le capital social passe de 19,56 milliards à 184,92 milliards de FCFA, permettant aux capitaux propres de redevenir positifs.


Ils passent ainsi de -196,20 milliards fin 2024 à 108,70 milliards de FCFA.


Cependant, les flux de trésorerie ne montrent aucun nouvel apport en capital durant l'exercice, laissant penser qu'il s'agit essentiellement d'un assainissement comptable du bilan plutôt que d'une injection de liquidités.


Les dettes continuent de peser


Le principal sujet d'inquiétude demeure l'ampleur du passif.


Les dettes fiscales et sociales atteignent désormais 477,58 milliards de FCFA, contre 359,83 milliards un an auparavant.


Elles représentent près de 56 % du total du bilan.


Les dettes fournisseurs progressent également fortement, passant de 142,88 milliards à 212,89 milliards de FCFA.


Autrement dit, si la situation comptable s'améliore, la pression financière reste particulièrement élevée.


Une trésorerie en hausse, mais fragile


La trésorerie affiche néanmoins un redressement notable.


Elle passe de -11,19 milliards début 2025 à 53,60 milliards de FCFA fin décembre.


Cette amélioration s'appuie toutefois largement sur l'augmentation du passif circulant, ce qui relativise la solidité de cette évolution.


La reconstruction de la raffinerie constitue désormais le véritable défi.


Le gouvernement évalue désormais ce chantier à 700 milliards de FCFA, contre une estimation initiale de 250 milliards.


Le futur complexe devrait intégrer une unité d'hydrocraquage, accroître les capacités de raffinage à 3,5 millions de tonnes par an et moderniser les infrastructures de stockage dans le cadre d'un partenariat public-privé.


La SNH prépare déjà l'après-Hilli Episeyo


Parallèlement, la Société nationale des hydrocarbures défend sa stratégie gazière après les critiques suscitées par le retrait programmé du navire flottant de liquéfaction Hilli Episeyo, exploité depuis 2018 au large de Kribi.


Selon la SNH, il ne s'agit pas d'un échec, mais d'une transition vers un portefeuille gazier plus diversifié.


L'entreprise mise principalement sur le projet offshore transfrontalier Yoyo-Yolanda, développé avec la Guinée équatoriale.


Signé le 3 février 2026, l'accord d'unitisation ouvre la voie à un projet estimé à près de 4 milliards de dollars, reposant sur des réserves évaluées à environ 2 500 milliards de pieds cubes de gaz.


Le développement devrait être piloté par Chevron, à travers sa filiale Noble Energy.


Neuf nouveaux blocs pour attirer les investisseurs


La SNH met également en avant les résultats de l'appel d'offres international lancé en août 2025.


Sur neuf blocs proposés, cinq sont déjà en cours de négociation.


L'américain Murphy West Africa s'est vu attribuer quatre permis, tandis qu'Octavia Energy obtient le bloc Bolongo.


Pour la compagnie publique, ces investissements témoignent de l'attractivité du bassin pétrolier camerounais.


Néanmoins, ces projets demeurent au stade des négociations et nécessiteront encore plusieurs années avant une éventuelle production commerciale.


Entre reconstruction industrielle et nouveaux projets gaziers


Le secteur énergétique camerounais évolue aujourd'hui sur deux fronts.


La Sonara améliore progressivement ses performances opérationnelles, mais reste fragilisée par une dette élevée et des charges fiscales importantes.


Dans le même temps, la SNH prépare la relève du Hilli Episeyo grâce à de nouveaux projets offshore d'envergure.


Le succès de cette stratégie dépendra désormais de la capacité du Cameroun à transformer ces ambitions en investissements effectifs, en production industrielle durable et en nouvelles recettes pour les finances publiques.




Sonara posts record losses despite strong business rebound as SNH unveils Cameroon’s new gas strategy


Cameroon's energy sector delivered mixed results in 2025. While the National Refining Company (Sonara) significantly improved its operational performance, it still posted a net loss of CFA76.22 billion, compared with CFA41.98 billion in 2024.


The paradox comes as Sonara's revenue more than doubled to CFA317.65 billion, driven by its petroleum import, storage and distribution activities after the destruction of its refinery in the 2019 fire.


Operational indicators improved sharply. Gross operating surplus returned to a positive CFA28.37 billion, while operating profit reached CFA19.03 billion.


However, an exceptional tax charge of CFA75.19 billion pushed the company into a record net loss.


Meanwhile, Sonara completed a major recapitalization that restored shareholders' equity to positive territory, although no fresh cash injection appears in its cash-flow statement.


The company also continues to face heavy liabilities, including CFA477.58 billion in tax and social debts and rising supplier obligations.


At the same time, Cameroon’s National Hydrocarbons Corporation (SNH) defended its gas strategy following criticism over the planned withdrawal of the Hilli Episeyo FLNG.


SNH argues that the country is transitioning toward a more diversified gas portfolio centered on the Yoyo–Yolanda cross-border gas field shared with Equatorial Guinea.


The project, backed by Chevron's Noble Energy, is estimated at $4 billion and contains approximately 2.5 trillion cubic feet of gas.


SNH also highlighted ongoing negotiations for five of the nine exploration blocks offered in the country's latest licensing round, involving companies such as Murphy West Africa and Octavia Energy.


While these projects demonstrate renewed investor interest, they remain at an early stage and will require years before generating production and government revenues.


For Cameroon, the future of its energy sector now depends on two critical challenges: rebuilding Sonara's industrial refining capacity and successfully bringing the next generation of gas projects into production.


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Didier Cebas K.

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