La SIC cache-t-elle un passif de 10 milliards sous un bénéfice en trompe-l'œil ?

La SIC cache-t-elle un passif de 10 milliards sous un bénéfice en trompe-l'œil ?

La SIC affiche un bénéfice en hausse de 48%, mais derrière ce chiffre, le géant camerounais du logement social vacille. Entre 10 milliards d'actifs fonciers non sécurisés, une trésorerie en chute libre et des créances clients qui explosent, plongez dans l'envers du décor financier de la société immobilière publique. Un bilan fragile qui soulève des questions sur sa gouvernance.

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SIC : Bénéfice en hausse, mais le géant immobilier camerounais tangue sur des bases fragiles


La Société immobilière du Cameroun (SIC) a publié des résultats financiers en apparence réjouissants pour l’exercice 2025. Pourtant, derrière le bénéfice net qui frôle le milliard de FCFA, les états financiers Syscohada révèlent un tableau bien plus nuancé, voire inquiétant. Entre actifs fonciers mal documentés, trésorerie qui se tarit et créances clients qui s’accumulent, le redressement de l’entreprise publique est loin d’être acté.


Le numéro un de l’immobilier public au Cameroun est à la croisée des chemins. Les chiffres sont là : un résultat net en progression de 48 %, passant de 592,7 millions FCFA en 2024 à 878,5 millions FCFA en 2025. Un chiffre d’affaires qui bondit à 5,02 milliards FCFA. À première vue, le navire SIC semble avoir redressé la barre après des années de turbulences.


Mais une lecture attentive des documents financiers – que nous avons pu consulter – impose une douche froide. Derrière les paillettes du bénéfice, la réalité opérationnelle est en berne. L’excédent brut d’exploitation (EBE), véritable thermomètre de la performance commerciale, s’effondre de près de 46 %, passant de 1,46 milliard à seulement 786,9 millions FCFA. Pire, la trésorerie nette s’évapore, passant de 7,47 milliards à 2,58 milliards en un an. Autant de signaux d’alarme qui montrent que le bénéfice affiché tient plus de la compta créative et des subventions que d’une santé économique solide.


Le scandale silencieux des terrains fantômes


Le vrai caillou dans la chaussure de la SIC, c’est son patrimoine foncier. Dans le secteur immobilier, le foncier est le nerf de la guerre. Or, les notes annexes au bilan révèlent une situation pour le moins ubuesque : plus de 10,07 milliards de FCFA de terrains sont toujours comptabilisés sans que la SIC ne détienne toute la documentation juridique nécessaire.


Le cas le plus emblématique est celui du terrain de Douala II – Camp Yabassi, valorisé à hauteur de 9,97 milliards FCFA et qui traîne dans les comptes depuis 2010. Imaginez un peu : un actif de près de 10 milliards dort dans les livres comptables, mais la société peine à localiser précisément les parcelles et à retrouver les titres de propriété. La SIC évoque des "recherches en cours" et espère une compensation de l’État en cas d’irrégularité.


Pour un investisseur ou un partenaire financier, cette situation est inacceptable. Comment valoriser une entreprise immobilière dont une partie du patrimoine est virtuelle ? Cette zone d’ombre fragilise tout le bilan et hypothèque la capacité de la SIC à lever des fonds pour ses futurs projets de logements sociaux.


L'État et les particuliers : une double épée de Damoclès


L’équation financière de la SIC est également plombée par un problème récurrent : le recouvrement des créances. Les créances clients ont grimpé de 19 % en un an, atteignant 9,24 milliards FCFA. Ce sont aussi bien les ménages camerounais qui peinent à payer leurs logements que l’État lui-même – à travers les ministères (MINHDU, MINDEF, MINDCAF) – qui accuse un retard chronique dans le règlement de ses factures.


Cette double exposition est dangereuse. D’un côté, la SIC joue les bailleurs sociaux, mais les impayés des particuliers mettent à mal sa trésorerie. De l’autre, elle est la créancière d’un État dont les paieries spécialisées traînent des mois avant de libérer les fonds. Résultat : 851,6 millions de créances sont déjà considérées comme "douteuses", un euphémisme pour des impayés qui risquent de ne jamais être récupérés.


Une gouvernance sous le signe du "c’est pas fini"


Les notes annexes des états financiers de la SIC sont parfois plus éloquentes que les chiffres eux-mêmes. Elles nous apprennent que le contrôle interne a encore montré ses limites. Le poste des "avances au personnel" a bondi de 187 % en 2025, atteignant 1,33 milliard FCFA. Des fonds avancés pour des missions ou des achats, mais sans justificatifs à la clôture de l’exercice.


La direction assure qu’une régularisation est en cours en 2026, et que le solde a été ramené à 378 millions. Soit. Mais ce chiffre est un symptôme : il révèle des faiblesses persistantes dans le suivi des dépenses et la rigueur administrative. Dans une entreprise publique, ce genre de dérive est souvent le prélude à des affaires plus graves.


Le grand écart entre subventions et réalité


La SIC ne pourrait probablement pas survivre sans la main tendue de l’État. Les subventions d’investissement, bien qu’en baisse, restent massives (30,71 milliards FCFA). En 2025, l’État a dû compenser 3,38 milliards FCFA HT pour maintenir les loyers à bas prix, une mesure de régulation qui étrangle financièrement l’entreprise.


Cette relation fusionnelle est une drogue dure pour la SIC. D’un côté, elle l’empêche de sombrer, mais de l’autre, elle l’empêche d’être vraiment autonome. La SIC est devenue une régie financière de l’État, une courroie de transmission de sa politique sociale, plutôt qu’une entreprise rentable cherchant à maximiser ses profits.


Verdict : un redressement à consolider d’urgence


La SIC a beau afficher un bénéfice en hausse, le diagnostic est sans appel. La société reste fragile. Le résultat net, bien que positif, est un trompe-l’œil qui ne reflète pas la dégradation de son exploitation et de ses liquidités.


Pour que l’exercice 2025 ne soit pas qu’un feu de paille, la SIC doit impérativement mettre le paquet sur trois chantiers :



  •     La sécurisation foncière : Il est impératif de régulariser ces 10 milliards d’actifs. Que ces terrains soient perdus, volés ou mal enregistrés, la transparence doit prévaloir.

  •     Le recouvrement : Il faut serrer la vis, y compris auprès des ministères, pour ne pas servir de banque publique.

  •     La gouvernance : Le contrôle interne doit être musclé pour éviter les dérives sur les avances et les délais de paiement.


Le Cameroun a besoin d’une SIC forte pour résoudre la crise du logement. Mais pour cela, il faut une SIC saine, pas une entreprise qui danse sur un volcan.




SIC: Profits Rise, but the Cameroonian Real Estate Giant Wobbles on Fragile Foundations


The Real Estate Company of Cameroon (SIC) has published seemingly encouraging financial results for the 2025 fiscal year. However, behind the net profit nearing one billion FCFA, the Syscohada financial statements reveal a much more nuanced, even worrying, picture. Between poorly documented land assets, shrinking cash flow, and mounting client receivables, the public company's recovery is far from certain.


Cameroon's leading public real estate player is at a crossroads. The figures are there: a 48% increase in net profit, rising from 592.7 million FCFA in 2024 to 878.5 million FCFA in 2025. Turnover jumped to 5.02 billion FCFA. At first glance, the SIC seems to have righted the ship after years of turbulence.


However, a closer reading of the financial documents paints a different picture. Behind the glitter of the profit, the operational reality is struggling. The gross operating surplus, a real thermometer of commercial performance, collapsed by nearly 46%, from 1.46 billion to just 786.9 million FCFA. Worse, net cash flow evaporated, dropping from 7.47 billion to 2.58 billion in one year. These are all warning signs that the declared profit owes more to creative accounting and subsidies than to solid economic health.


The Silent Scandal of Phantom Lands


The real elephant in the room for SIC is its real estate assets. In the real estate sector, land is the key battleground. However, the notes to the accounts reveal a rather absurd situation: more than 10.07 billion FCFA worth of land is still accounted for without SIC holding all the necessary legal documentation.


The most emblematic case is the Douala II – Camp Yabassi land, valued at 9.97 billion FCFA and lingering in the accounts since 2010. Imagine an asset worth nearly 10 billion sitting in the books, yet the company struggles to precisely locate the plots and find the property titles. SIC mentions "ongoing research" and hopes for state compensation in the event of irregularities.


For an investor or financial partner, this situation is unacceptable. How do you value a real estate company where part of its heritage is virtual? This gray area weakens the entire balance sheet and jeopardizes SIC's ability to raise funds for its future social housing projects.


The State and Individuals: A Double-Edged Sword


SIC's financial equation is also hampered by a recurring problem: debt recovery. Client receivables increased by 19% in one year, reaching 9.24 billion FCFA. This includes both Cameroonian households struggling to pay for their homes and the State itself—through various ministries (MINHDU, MINDEF, MINDCAF)—which shows a chronic delay in settling its invoices.


This dual exposure is dangerous. On one hand, SIC acts as a social landlord, but unpaid bills from individuals hurt its cash flow. On the other, it is a creditor of a State whose specialized treasuries take months to release funds. As a result, 851.6 million in receivables are already considered "doubtful," a euphemism for bad debts that may never be recovered.


Governance Under the Sign of "Work in Progress"


The notes to SIC's financial statements are sometimes more revealing than the figures themselves. They tell us that internal control has again shown its limits. The "advances to staff" item jumped by 187% in 2025, reaching 1.33 billion FCFA. Funds advanced for missions or purchases, but without supporting documents at the end of the fiscal year.


Management assures that a regularization process is underway in 2026, and that the balance has been reduced to 378 million. Fine. But this figure is a symptom: it reveals persistent weaknesses in expense tracking and administrative rigor. In a public company, this kind of drift is often a prelude to more serious issues.


The Tightrope Walk Between Subsidies and Reality


SIC probably could not survive without the helping hand of the State. Investment subsidies, although decreasing, remain massive (30.71 billion FCFA). In 2025, the State had to compensate 3.38 billion FCFA to keep rents low, a regulatory measure that financially strangles the company.


This symbiotic relationship is a hard drug for SIC. On one hand, it prevents it from sinking, but on the other, it prevents it from being truly autonomous. SIC has become a financial arm of the State, a conduit for its social policy, rather than a profitable company seeking to maximize profits.


Verdict: A Recovery That Needs Urgent Consolidation


Despite showing an increased profit, the diagnosis is clear. The company remains fragile. The net result, although positive, is a smokescreen that does not reflect the degradation of its operations and liquidity.


For the 2025 exercise not to be a flash in the pan, SIC must urgently focus on three major challenges:



  •     Land Securing: It is imperative to regularize these 10 billion in assets. Whether these lands are lost, stolen, or poorly registered, transparency must prevail.

  •     Debt Recovery: Pressure must be applied, including on ministries, to avoid serving as a state bank.

  •     Governance: Internal control must be strengthened to prevent abuses regarding advances and payment delays.


Cameroon needs a strong SIC to solve the housing crisis. But for that, it needs a sound SIC, not a company dancing on a volcano.


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Silognhia Edwige

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