652 milliards FCFA de la diaspora : le Cameroun passe à l’offensive pour capter l’épargne de ses expatriés

652 milliards FCFA de la diaspora : le Cameroun passe à l’offensive pour capter l’épargne de ses expatriés

La diaspora a envoyé 652 milliards FCFA en 2024. La CDEC lance DIASDEV pour transformer une partie de ces fonds en épargne longue et financer l’économie réelle. Confiance, rendement et transparence : tout ce qu’il faut savoir sur ce projet ambitieux.

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652 milliards FCFA de la diaspora : la CDEC veut transformer l’argent des expatriés en carburant pour l’économie camerounaise


Yaoundé, le 7 juillet 2026 – Ils sont des centaines de milliers à trimer à l’étranger, et leurs transferts représentent aujourd’hui une véritable manne pour le Cameroun. Avec 652 milliards de FCFA reçus en 2024, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente, la diaspora camerounaise s’impose comme un acteur économique majeur. L’État ne veut plus se contenter de constater ces flux : il veut les orienter vers l’investissement productif. C’est tout l’enjeu du projet DIASDEV, dont les conclusions sont restituées ce mardi à Yaoundé.


À l’Hilton Hôtel, la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) organise une conférence de haut niveau sur le thème : « L’épargne nationale au service du financement de l’économie : rôle de la Caisse des Dépôts et Consignations ». L’occasion pour l’institution de présenter les résultats de l’étude de faisabilité DIASDEV, menée avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD) et Expertise France.


Un potentiel énorme, mais pas un trésor en libre-service


Selon les chiffres cités par la CDEC, issus du Rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND 30, ces transferts proviennent principalement de la France, des États-Unis et de la zone CEMAC. Pourtant, une grande partie sert déjà à couvrir les besoins essentiels des familles restées au pays : école, santé, logement, cérémonies et soutien quotidien. L’objectif de DIASDEV n’est donc pas de tout capter, mais de mobiliser une fraction de ces ressources pour les transformer en épargne longue et stable.


La diaspora camerounaise compte officiellement environ 500 000 détenteurs de passeport à l’étranger et jusqu’à 6 millions de personnes dans un périmètre élargi, soit près de 20 % de la population nationale. Un réservoir impressionnant que le pays peine encore à impliquer pleinement dans son développement.


Une Caisse de dépôts, pas une banque de quartier


Contrairement à ce que certains pourraient imaginer, la CDEC ne va pas ouvrir des guichets virtuels pour attirer directement les fonds des particuliers. Ses missions et les règles de la COBAC l’en empêchent. Son rôle sera celui d’architecte institutionnel : définir les règles du jeu, garantir la solidité du dispositif et s’appuyer sur des banques et institutions de microfinance partenaires pour la collecte.


Trois scénarios sont encore sur la table : une épargne bancaire classique de court terme, un dépôt à terme de long terme, ou une épargne financière adossée à des fonds d’investissement. La restitution de ce jour doit permettre de trancher sur le produit le plus adapté, les niveaux de rémunération, les garanties offertes et les secteurs prioritaires d’affectation (infrastructures, PME, industrie, innovation).


Le vrai défi : restaurer la confiance


Le projet DIASDEV, accompagné par le cabinet Onepoint avec l’expertise de FICOM, a associé de nombreux acteurs : ministères des Finances, des Relations extérieures et de l’Économie, BEAC, API, SIC, banques et IMF. Un groupe de travail interne a même été mis en place par le directeur général Richard Evina Obam dès janvier 2026.


Mais au-delà des études et des comités, le succès dépendra d’un seul facteur : la confiance. La diaspora n’est pas captive. Elle ne placera son argent que si le mécanisme est transparent, sécurisé, rentable et assorti d’un reporting clair sur l’utilisation réelle des fonds. Sécurité juridique, liquidité maîtrisée et affectation visible aux projets économiques seront les conditions non négociables.


Pour le Cameroun, DIASDEV représente bien plus qu’un simple produit d’épargne. C’est un test de maturité : saura-t-on convertir une ressource privée, familiale et souvent émotionnelle en véritable levier de financement du développement ? Si le dispositif est crédible, il pourrait marquer un tournant dans la mobilisation de l’épargne nationale. Dans le cas contraire, il restera une étude de plus dans les tiroirs.


L’avenir dira si l’argent de la diaspora finira enfin par irriguer durablement l’économie camerounaise.




652 Billion FCFA from the Diaspora: Cameroon Goes on the Offensive to Channel Expatriates’ Savings


Yaoundé, July 7, 2026 – Hundreds of thousands of Cameroonians work abroad, and their remittances have become a major economic force. With 652 billion FCFA received in 2024 – an 8% increase from the previous year – the Cameroonian diaspora is now a key player. The State no longer wants to simply observe these flows; it intends to channel them toward productive investment. This is the core ambition of the DIASDEV project, whose conclusions are being presented today in Yaoundé.


At the Hilton Hotel, the Cameroonian Deposit and Consignment Fund (CDEC) is holding a high-level conference on “National Savings in the Service of Economic Financing: the Role of the Deposit and Consignment Fund.” The event marks the restitution of the DIASDEV feasibility study, conducted with support from the French Development Agency (AFD) and Expertise France.


Huge potential, but not a ready-to-use windfall


According to figures cited by the CDEC from the mid-term review of the 2020-2030 National Development Strategy, these transfers mainly come from France, the United States, and the CEMAC region. However, a large share already finances families’ daily needs: education, healthcare, housing, and social support. DIASDEV’s realistic goal is therefore to capture a portion of these currently scattered resources and turn them into long-term savings directed toward the economy.


The Cameroonian diaspora officially includes around 500,000 passport holders abroad and up to 6 million people in a broader definition – nearly 20% of the national population.


A Deposit Fund, not a commercial bank


The CDEC will not directly market the product to individuals. Its mandate and COBAC regulations limit its direct involvement in retail banking. Instead, it will act as a reference institution: structuring the framework, defining mechanisms, ensuring consistency, and partnering with banks and microfinance institutions for collection.


Three scenarios are under review: short-term bank savings, long-term time deposits, or financial savings backed by investment funds. Today’s restitution should clarify the chosen product, collection methods, guarantees, expected returns, and target sectors.


The ultimate test: trust


DIASDEV is part of a program supported by AFD and the Forum of Deposit Funds. The study was entrusted to Onepoint with FICOM’s technical expertise, involving multiple ministries, the BEAC, API, SIC, banks, and microfinance institutions.


Yet the real challenge remains trust. The diaspora is not a captive resource. It will only direct part of its savings toward this product if the system offers clear legal security, attractive returns, controlled liquidity, regular reporting, and full transparency on fund usage.


For Cameroon, DIASDEV is more than just a savings product. It is a test of the country’s ability to convert private, often emotional family resources into long-term financing for infrastructure, industry, SMEs, and innovation. If the framework is credible and transparent, it could become a major instrument of national savings mobilization. Otherwise, it will remain yet another feasibility study.



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Mouahna Divine

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