Afrique du Sud : flammes de la xénophobie et ambitions numériques, le pays à la croisée des chemins
Pretoria, 1er juillet 2026 – Pendant que certains Sud-Africains brûlaient les maisons de leurs frères africains, le président Cyril Ramaphosa appelait le continent à prendre la tête de la révolution numérique. Deux réalités d’un même pays, deux visages d’une Afrique qui peine encore à s’unir.
Le bilan est lourd et révoltant. Selon le gouvernement mozambicain, au moins 51 maisons appartenant à des ressortissants mozambicains ont été incendiées dans le quartier de Mamelodi, près de Pretoria. Ces familles ont tout perdu dans un contexte de tensions exacerbées par l’ultimatum du 30 juin lancé par le mouvement anti-migrants March and March. Neuf Mozambicains ont déjà perdu la vie dans ces attaques xénophobes, selon les chiffres officiels de Maputo. Plus de 738 sont déjà rentrés au Mozambique, sur une communauté estimée à environ 300 000 personnes vivant en Afrique du Sud.
Le bureau d’information du gouvernement mozambicain a indiqué que la police sud-africaine a pris en charge les victimes et que des opérations de rapatriement sont en cours. Des actes isolés à caractère xénophobe persistent, même si les autorités assurent que les violences n’ont pas atteint l’ampleur redoutée.
Le 30 juin, journée de tous les dangers
À l’appel de March and March, qui avait fixé un ultimatum au gouvernement sud-africain depuis le 25 mai, des milliers de Sud-Africains sont descendus dans les rues pour exiger l’expulsion des « clandestins » et la suspension des demandes d’asile. Les organisateurs rêvaient d’un million de manifestants et d’une paralysie du pays. Ils n’ont mobilisé que 10 000 à 15 000 personnes, selon la chaîne eNCA.
Jacinta Ngobese-Zuma, l’une des figures de proue du mouvement, a toutefois promis que la lutte continuerait : « Nous ne lâcherons rien. »
La police n’a pas chômé. Plus de 900 personnes ont été interpellées à travers le pays, selon la commissaire adjointe Tebello Mosikili et le lieutenant-général Puleng Dimpane. La plupart sont des étrangers en situation irrégulière accusés de pillage, certains pour participation à des émeutes ou hébergement de clandestins. Les forces de l’ordre ont maintenu l’ordre, même si des témoignages font état de traques d’étrangers dans les rues le lendemain.
Dans la province du KwaZulu-Natal, le ministre de l’Intérieur Leon Schreiber a annoncé le rapatriement de plus de 30 000 migrants irréguliers ces dernières semaines, une opération qualifiée « d’ampleur sans précédent ». Des milliers d’autres sont encore en cours de traitement, notamment dans le grand camp de Musina à la frontière zimbabwéenne.
Remaniement ministériel chez les alliés de l’AD
Dans un autre registre, le président Cyril Ramaphosa a procédé à un remaniement au sein de la coalition. John Steenhuisen (Alliance démocratique) quitte le ministère de l’Agriculture pour devenir vice-ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence. Willem Aucamp le remplace à l’Agriculture. Ces ajustements concernent exclusivement les cadres de l’AD, partenaire du gouvernement d’unité nationale.
Ramaphosa : « L’Afrique peut prendre la tête de sa propre révolution »
Au même moment, à Johannesburg, le chef de l’État sud-africain inaugurait le premier sommet régional Google Cloud en Afrique. Dans un discours fort, Ramaphosa a martelé que le continent ne doit plus courir derrière les autres, mais mener la danse du cloud et de l’intelligence artificielle.
« Pendant trop longtemps, l’Afrique a rattrapé. Aujourd’hui, nous avons l’opportunité unique de prendre la tête de notre propre industrialisation », a-t-il déclaré. Comparant l’IA et le cloud à l’électricité ou à internet, il a souligné que l’Afrique du Sud concentre déjà 70 % des capacités des centres de données du continent et attire massivement les investissements dans les start-ups.
Un rapport McKinsey 2024 cité par le président indique que l’adoption du cloud par les grandes entreprises africaines rivalise, voire dépasse, celle de l’Amérique du Nord et de la Chine dans certains cas.
Entre colère populaire et vision futuriste
L’Afrique du Sud reste aujourd’hui un pays paradoxal : terre d’opportunités technologiques et de frustrations sociales profondes. La xénophobie qui resurgit régulièrement révèle les fractures d’une nation qui accueille encore des centaines de milliers de frères du continent tout en peinant à offrir à ses propres citoyens emploi, logement et dignité.
La lutte contre l’immigration irrégulière est légitime. Les débordements xénophobes, l’incendie de maisons et la chasse à l’homme ne le sont pas. Ils ternissent l’image d’une Afrique du Sud qui aspire à être le moteur économique et numérique du continent.
L’histoire ne s’arrêtera pas au 30 juin. Les marches du jeudi annoncées par March and March et les opérations de rapatriement se poursuivent. Pendant ce temps, à Johannesburg, on parle déjà de leadership africain dans l’IA.
L’Afrique regarde dans deux directions à la fois : vers ses plaies et vers les étoiles numériques. Saura-t-elle réconcilier les deux ?
South Africa: 51 Mozambican Homes Burnt as Xenophobia Flares Despite Calls for Calm
Pretoria, July 1, 2026– While some South Africans were burning the homes of fellow Africans, President Cyril Ramaphosa was calling on the continent to lead the digital revolution. Two realities, one country.
According to the Mozambican government, at least 51 homes belonging to Mozambican nationals were set ablaze in Mamelodi, Pretoria. Nine Mozambicans have lost their lives in recent attacks. Over 738 have already been repatriated.
The June 30 national protest called by the March and March movement failed to draw the expected one million participants, with turnout estimated at 10,000-15,000. Organiser Jacinta Ngobese-Zuma vowed the struggle would continue.
Police arrested over 900 people, mostly irregular migrants accused of looting. More than 30,000 irregular migrants have been repatriated from KwaZulu-Natal alone in recent weeks.
In a separate development, President Ramaphosa reshuffled ministers from the Democratic Alliance, while delivering a powerful speech at the first Google Cloud regional summit in Johannesburg, positioning Africa – and South Africa in particular – as a potential leader in AI and cloud technologies.
The country remains caught between deep social frustrations and ambitious digital aspirations.
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Didier Cebas K.