Cameroun – Agro-industrie : La banane chute, l’huile de palme s’épuise, le pays à la croisée des chemins
La pluie tarde, les devises fondent. Mai 2026 restera un mois noir pour la Société des plantations du Haut Penja (PHP), premier exportateur de bananes du Cameroun. Selon les dernières données de l’Association bananière du Cameroun (Assobacam), la filiale du géant français Compagnie fruitière de Marseille n’a expédié que 9 207 tonnes à l’international en mai dernier. Son plus bas niveau depuis janvier 2026.
« C’est un coup de frein brutal », souffle un opérateur économique à Douala. Et pour cause : en janvier, la PHP dépassait encore les 20 000 tonnes. Mais depuis, la courbe s’effondre : 17 000 tonnes en février, autant en mars, puis 11 687 tonnes en avril, avant le creux de mai. En cause ? La sécheresse qui étrangle les rendements agricoles dans plusieurs bassins de production.
La PHP n’est pas seule. Avec sa consœur Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM) — seulement 1 975 tonnes en mai — le groupe français contrôle près de 80 % du marché camerounais de la banane. Or, ce fruit est l’un des principaux pourvoyeurs de devises du pays. En 2025, ses exportations ont généré 67,7 milliards de FCFA, soit une hausse spectaculaire de 84,7 % selon l’Institut national de la statistique (INS). Une manne aujourd’hui menacée par le ciel capricieux.
Huile de palme : quand le marché intérieur suffoque
Pendant que la banane perd son souffle à l’export, c’est l’huile de palme qui manque cruellement à l’intérieur. Réunis le 2 juin 2026 au ministère du Commerce, sous la houlette du ministre Luc Magloire Mbarga Atangana, producteurs, industriels et représentants de l’interprofession ont tiré la sonnette d’alarme.
Les disponibilités nationales sont tombées sous le seuil critique de 10 000 tonnes. Pourtant, la demande des ménages, des raffineries, des savonneries et autres industries utilisatrices ne faiblit pas.
Solution immédiate : importer. Mais au pire moment. Les cours mondiaux flambent, portés par la demande en biodiesel et les tensions sur les huiles végétales. L’analyste Dorab Mistry (Godrej International) anticipe un pic autour de 5 200 ringgits malaisiens la tonne mi-juillet.
Pour le Cameroun, l’addition s’annonce salée. Rien qu’entre 2024 et 2025, les importations d’huiles brutes ou raffinées ont presque doublé en volume (de 69 719 à 130 564 tonnes) et bondi de 84,8 % en valeur, passant de 49,9 à 92,2 milliards de FCFA.
Un défi structurel : 300 000 tonnes de manque chaque année
Ce n’est pas une crise passagère. Selon les acteurs du secteur, le Cameroun accuse un déficit structurel estimé entre 200 000 et 300 000 tonnes d’huile de palme par an. Ce trou pénalise l’industrie locale, contrainte de tourner à capacité réduite.
L’État a pourtant engagé des solutions. En décembre 2025, la société Opalm a signé un programme d’investissement de 45 milliards de FCFA pour construire cinq unités de production. Objectif : 108 000 tonnes supplémentaires par an, soit un peu plus du tiers du déficit. Mais ces unités ne sortiront pas de terre demain.
D’ici là, le Cameroun reste sous la menace d’une rupture d’approvisionnement, d’une flambée des prix à la consommation et d’une facture extérieure toujours plus lourde. Le commerce informel de l’huile en vrac, qui échappe à toute traçabilité, aggrave encore le casse-tête des autorités.
L’heure des choix
Entre la baisse des exportations bananières due à la sécheresse et la dépendance croissante à l’huile de palme importée, l’agriculture camerounaise révèle ses fragilités. Des comités techniques ont été mis en place pour mieux coordonner la filière. Mais les attentes sont immenses. Pour le consommateur comme pour l’industriel, l’urgence est de produire plus, mieux et plus résilient. Avant que la prochaine saison sèche ne dicte sa loi.
Cameroon – Agribusiness: Banana exports slump, palm oil runs dry, the country at a crossroads
May 2026 will go down as a dark month for the Société des plantations du Haut Penja (PHP) , Cameroon’s leading banana exporter. According to the latest data from the Cameroon Banana Association (Assobacam), the subsidiary of France’s Compagnie fruitière de Marseille shipped only 9,207 tonnes overseas — its lowest monthly volume since January 2026.
After a strong start at 20,037 tonnes in January, exports fell sharply to around 17,000 tonnes in February and March, then to 11,687 tonnes in April before the May slump. The culprit: drought, which is crushing agricultural yields across several production zones.
PHP and its sister company CDBM (1,975 tonnes in May) control nearly 80% of Cameroon’s banana market. Yet bananas are a key foreign exchange earner for the country. In 2025, banana exports generated 67.7 billion FCFA — an 84.7% year-on-year increase, according to the National Institute of Statistics (INS).
Palm oil: domestic market on the brink
While bananas struggle abroad, palm oil is running dangerously low at home. On June 2, 2026, Trade Minister Luc Magloire Mbarga Atangana chaired an emergency meeting with producers, industrialists and the inter-professional body.
National stocks have fallen below 10,000 tonnes, while demand from households, refineries, soap makers and other industries remains high.
Immediate solution: import. But global prices are soaring, driven by biodiesel demand and vegetable oil market tensions. Analyst Dorab Mistry predicts a peak of around 5,200 Malaysian ringgit per tonne by mid-July.
Between 2024 and 2025, Cameroon’s imports of crude or refined oils nearly doubled in volume (from 69,719 to 130,564 tonnes) and surged 84.8% in value, from 49.9 to 92.2 billion FCFA.
A structural deficit: 200,000–300,000 tonnes per year
Industry players estimate Cameroon’s structural palm oil deficit at 200,000 to 300,000 tonnes annually. This shortfall forces local refineries and soap makers to operate below capacity.
In December 2025, the company Opalm signed a 45 billion FCFA investment deal with the state to build five production units, aiming to add 108,000 tonnes per year — just over a third of the deficit. But these units are not yet operational.
Until then, Cameroon remains vulnerable to supply disruptions, consumer price spikes and a growing import bill. Informal bulk oil trade, which escapes all traceability, adds to the government’s headache.
Time for tough choices
From drought-hit banana exports to rising palm oil import dependency, Cameroonian agriculture is showing its weaknesses. Technical committees have been set up to improve coordination. But the real challenge remains: produce more, better and with greater resilience — before the next dry season takes control.
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Mouahna Divine