Électricité : Eneo devient Socadel, l’État camerounais désormais seul maître à bord
Le tournant est historique. Plus de deux mois après le paiement de 78 milliards de FCFA au fonds britannique Actis pour le rachat de ses 51 % de parts dans Eneo, le président de la République, Paul Biya, a signé, le 4 mai 2026, un décret actant la transformation de l’électricien en société à capital public. Une décision qui scelle la fin d’un long cycle de privatisation entamé il y a plus de deux décennies.
Désormais, Eneo change d’identité et devient la Société camerounaise d’électricité (Socadel). Selon le décret présidentiel, cette nouvelle entité est détenue à 100 % par l’État du Cameroun, marquant ainsi une reprise en main totale du principal opérateur du secteur électrique national.
De la prise de contrôle à la refondation juridique
L’opération de rachat, finalisée en février 2026, avait déjà porté la participation de l’État à 95 % du capital, les 5 % restants étant destinés aux employés. Mais avec la transformation juridique opérée le 4 mai, une nouvelle étape est franchie : Socadel devient une société publique à actionnaire unique, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière.
Son siège est fixé à Douala, avec possibilité de transfert sur l’ensemble du territoire national. Le capital social est arrêté à 43,9 milliards de FCFA, selon les statuts validés le même jour.
Autre fait notable : la société n’est pas soumise au Code des marchés publics, bien qu’elle reste encadrée par les règles applicables aux entreprises publiques. Une disposition qui pourrait accélérer certains projets, mais qui interroge aussi sur les mécanismes de gouvernance et de transparence.
Une mutation à forte portée politique et institutionnelle
Au-delà du simple changement de nom, la création de Socadel consacre la fin de la cohabitation entre capitaux publics et privés dans la gestion de l’électricité au Cameroun. L’entreprise tourne définitivement la page de SONEL, d’AES Cameroon (2001), puis d’Eneo (2014), pour revenir sous contrôle exclusif de l’État en 2026.
Toutefois, cette renationalisation ne signifie pas un retour immédiat à un monopole public intégral. Le secteur reste structuré autour de plusieurs acteurs publics, notamment Sonatrel (transport) et EDC (production), appelés à jouer un rôle clé au sein du futur conseil d’administration.
Gouvernance : une nouvelle architecture en place
Un second décret présidentiel, signé le même jour, a nommé les membres du conseil d’administration de Socadel pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois. On y retrouve :
- un représentant de la Présidence de la République
- un représentant des Services du Premier ministre
- plusieurs représentants des ministères sectoriels (Énergie, Finances, Économie)
- les directeurs généraux de Sonatrel et d’EDC
Le représentant du personnel reste attendu, preuve que la structuration interne de la nouvelle entité est encore en cours.
Défis majeurs : performance, dette et investissements
Si l’État contrôle désormais intégralement l’opérateur, les défis restent considérables. La transformation en Socadel ne règle pas, à elle seule, les difficultés structurelles du secteur.
Avant même son rachat, Eneo faisait face à un endettement massif, à des contraintes de financement et à des dysfonctionnements persistants dans la chaîne de production et de distribution de l’électricité. Autant de fragilités qui pèsent sur la qualité du service et la stabilité de l’approvisionnement.
La question du management s’annonce également décisive. Les statuts prévoient que le directeur général et son adjoint seront nommés par le conseil d’administration, sur proposition de l’État. Un choix stratégique, à l’heure où la performance opérationnelle est plus que jamais attendue.
Une reprise en main aux enjeux stratégiques
En reprenant le contrôle total de l’ex-Eneo, l’État camerounais engage sa responsabilité sur un secteur vital pour l’économie nationale. Entre attentes sociales fortes, impératifs d’investissement et exigences de performance, Socadel démarre sous haute pression.
Cette refondation marque peut-être le début d’un nouveau cycle. Reste à savoir si elle permettra, enfin, de stabiliser durablement le secteur électrique camerounais.
Cameroon Power Sector Overhaul: Eneo Becomes Socadel, State Takes Full Control
In a landmark move, Cameroon’s President Paul Biya signed a decree on May 4, 2026, transforming electricity provider Eneo into a fully state-owned company, now renamed Société camerounaise d’électricité (Socadel).
This follows the February 2026 payment of 78 billion FCFA to British fund Actis for the acquisition of its 51% stake, bringing the State’s ownership to near total before the final legal transition.
Socadel is now 100% state-owned, with legal personality and financial autonomy. Its headquarters is in Douala, and its share capital stands at 43.9 billion FCFA.
This shift marks the end of over two decades of public-private partnership in Cameroon’s electricity sector, which evolved from SONEL to AES Cameroon (2001), then Eneo (2014), and now Socadel.
Despite the renationalization, the sector remains multi-actor, with key public entities like Sonatrel (transmission) and EDC (generation) playing central roles.
A newly appointed board includes representatives from the Presidency, Prime Minister’s Office, and key ministries, alongside heads of Sonatrel and EDC.
However, challenges remain significant. Prior to the takeover, Eneo faced heavy debt, infrastructure constraints, and operational inefficiencies. The transition to Socadel does not automatically resolve these structural issues.
Leadership appointments will be critical, as the board will designate the CEO and deputy CEO. The State now bears full responsibility for the company’s performance and strategic direction.
This reform represents a major institutional and political shift. Whether it will translate into improved electricity supply and sector stability remains to be seen.
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Ange NGO