Sucre au Cameroun : exportations massives (8 047 tonnes) alors que le pays manque de sucre – la pilule amère

Sucre au Cameroun : exportations massives (8 047 tonnes) alors que le pays manque de sucre – la pilule amère

Cameroun : 8 047 tonnes de sucre exportées en 2025 contre 512 tonnes en 2024. Une hausse spectaculaire qui interroge, alors que la production locale ne couvre que la moitié des besoins nationaux. Décryptage.

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Cameroun – Sucre : comment expliquer que le pays exporte massivement alors qu'il manque de sucre sur le marché local ?


C'est un chiffre qui fait tousser. En 2025, le Cameroun a officiellement exporté 8 047 tonnes de sucre, selon l'Institut national de la statistique (INS). L'année précédente, en 2024, le pays n'avait expédié que 512 tonnes à l'étranger. Soit une multiplication par près de 16 en un an.


À première vue, on pourrait saluer le dynamisme d'une filière qui prend son envol. Sauf que la réalité du terrain est tout autre.


Un marché local sous tension permanente


Car il faut rappeler une évidence : le Cameroun manque cruellement de sucre. Avec une production annuelle oscillant entre 120 000 et 160 000 tonnes, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) – quasiment l'unique producteur national – peine à satisfaire une demande locale estimée à près de 300 000 tonnes par an. Autrement dit, le pays ne produit que la moitié de ce qu'il consomme.


Pour colmater les brèches, l'État est régulièrement contraint d'autoriser des importations de sucre, afin d'éviter les pénuries et la flambée des prix sur les marchés.


Alors pourquoi exporter quand on importe déjà ?


C'est là que le bât blesse. Dans un contexte de déficit structurel, l'envolée des exportations interroge moins sur la performance de la filière que sur les arbitrages des opérateurs économiques.


Explication probable : les commerçants camerounais préfèrent écouler leur sucre vers les marchés voisins où les prix sont plus rémunérateurs. Une pratique bien connue des autorités, qui avaient déjà dû sévir par le passé.


Un précédent édifiant en 2022


Souvenez-vous. En 2022, le gouvernement avait suspendu les exportations vers la République centrafricaine de plusieurs produits de première nécessité : sucre, huile, ciment. Objectif affiché : empêcher les sorties de denrées vers un marché plus lucratif, alors même que des pénuries étaient observées sur le territoire camerounais.


La mesure avait été drastique. Mais force est de constater que, trois ans plus tard, la tentation reste grande pour les acteurs du secteur.


Exportation ou fuite de produits ?


Les 8 047 tonnes de sucre officiellement exportées en 2025 ne disent pas tout. Derrière ce chiffre, c'est la question de la régulation du marché qui se pose. Quand le pays importe pour couvrir ses besoins, voir le sucre repartir massivement à l'étranger a tout d'une aberration économique.


Pour l'heure, l'INS ne précise pas les destinations de ces exportations. Mais les regards se tournent naturellement vers les pays voisins d'Afrique centrale, où le prix du sucre peut être plus attractif.


Ce qu'il faut retenir


Le Cameroun exporte plus de sucre, certes. Mais dans un pays où le produit manque sur les étals, cette "bonne nouvelle" statistique a tout d'une alerte. Les autorités sauront-elles cette fois anticiper pour éviter que les camions ne partent à l'étranger pendant que les ménages camerounais font la queue ? L'avenir le dira. En attendant, l'addition sucrée risque d'être salée pour le consommateur local.




Cameroon – Sugar: How to Explain Massive Exports Amid Local Shortages?


Cameroon exported 8,047 tonnes of sugar in 2025, according to the National Institute of Statistics (INS). This marks a dramatic jump from just 512 tonnes exported in 2024 – a nearly 16-fold increase in one year.


On the surface, this looks like a success story. But the reality on the ground tells a different tale.


Cameroon faces a structural sugar deficit. Annual production by the country's main producer, Sosucam, ranges between 120,000 and 160,000 tonnes – covering barely half of national demand estimated at nearly 300,000 tonnes per year. The government regularly has to authorize imports to avoid shortages and price spikes.


So why the export surge? The answer likely lies in commercial arbitrage. Traders may be redirecting sugar to neighboring markets where prices are more attractive. This isn't new: in 2022, the government suspended exports to the Central African Republic of several essential goods, including sugar, oil, and cement, to prevent shortages at home.


The 8,047 tonnes exported in 2025 raise uncomfortable questions. While the INS does not specify destinations, eyes turn to neighboring Central African countries. For a nation already struggling to feed its own population, watching sugar leave in large quantities feels like a bitter pill to swallow.


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Mouahna Divine

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