Corridor Douala-N'Djamena : le Cameroun numérise le fret et veut en finir avec l'asphyxie logistique

Corridor Douala-N'Djamena : le Cameroun numérise le fret et veut en finir avec l'asphyxie logistique

Le Cameroun enclenche une r?forme stratégique pour son économie et celle de toute la sous-r?gion. Le Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT) a officiellement lancé la d?mat?rialisation des proc?dures de d?livrance de la lettre de voiture obligatoire (LVO) et de la taxe ? l?essieu, en partenariat avec le Bureau national de fret terrestre (BNFT) du Tchad.

Publicité

Une avancée majeure pour le corridor Douala–N’Djamena, artère vitale longue de 1 948 km, dont dépend largement l’économie tchadienne.


Digitalisation totale des procédures


La LVO, exigée pour tout transport routier de marchandises à titre onéreux, garantit la traçabilité des cargaisons et constitue une preuve contractuelle. La taxe à l’essieu, elle, finance l’entretien du réseau routier national. Deux instruments clés désormais entièrement digitalisés.


La réforme repose sur deux plateformes technologiques :


Landfreightis, bourse électronique du fret pour la sous-région ;


Sig Freight, système de gestion et de suivi dématérialisé des opérations de fret terrestre.


Désormais, les transporteurs devront effectuer leurs démarches exclusivement en ligne.


Pour Abdoullahi Faouzi, chef du projet, la transformation poursuit un triple objectif : simplifier et sécuriser les formalités, optimiser les recettes publiques destinées au Trésor et à l’entretien des routes, et garantir la souveraineté des données stratégiques du secteur.


« Les agences de Douala, Kribi, Ngaoundéré et le poste frontalier de Koutéré sont 100 % connectées et opérationnelles », a précisé le directeur général du BNFT, Saleh Youssouf Erda.


Un corridor sous pression structurelle


Cette modernisation intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le transit des marchandises tchadiennes génère plus de 350 milliards FCFA de recettes annuelles pour le Cameroun, selon les données douanières.


Pourtant, le corridor est régulièrement dénoncé pour ses tracasseries administratives et contrôles multiples. Une mission d’immersion menée par l’Unité opérationnelle de surveillance (UOSC) du BGFT entre le 22 et le 31 janvier 2026 a révélé un constat alarmant :
64 arrêts recensés sur 1 392 km, soit un point d’entrave tous les 21,75 km.


Le corridor est qualifié d’« asphyxié » sur le plan fonctionnel.


Chaque arrêt engendre :



  • une surconsommation de carburant,

  • une usure accélérée des véhicules,

  • des frais logistiques additionnels.


Avec environ 20 000 mouvements de camions par an vers le Tchad — représentant plus d’un million de tonnes de marchandises — l’impact économique est massif.


Pour un parc de 1 000 camions effectuant une rotation mensuelle, les retards cumulés (48 heures par trajet simple) provoquent une hausse estimée à 15 % des coûts fixes par tonne-kilomètre.
Un camion immobilisé perd jusqu’à 5 jours d’activité par mois, soit l’équivalent de 1,5 voyage par an. À l’échelle régionale, le manque à gagner se chiffre en plusieurs dizaines de milliards de FCFA.


L’enjeu : interopérabilité et compétitivité régionale


Pour le coordonnateur général du BGFT, El Hadj Oumarou, la clé réside dans l’interconnexion des systèmes numériques. Le BGFT ambitionne de connecter ses plateformes aux dispositifs existants (Guce, Camcis, Sip) afin de réduire les barrières non tarifaires et fluidifier les postes de contrôle.


L’objectif stratégique est clair : consolider la position du Cameroun comme porte naturelle de la Cemac.


« Le passage d'une frontière ne doit plus être une rupture de charge, mais une simple formalité numérique », insiste le responsable.


Au-delà de la simplification administrative, c’est la compétitivité logistique du Cameroun qui est en jeu. Dans un environnement régional concurrentiel, la performance du corridor Douala–N’Djamena conditionne directement les coûts d’importation, le commerce régional et, in fine, le pouvoir d’achat de millions de consommateurs tchadiens.


La digitalisation du fret terrestre marque ainsi un tournant stratégique : celui d’un corridor qui veut passer de l’entrave physique à la fluidité numérique.




Douala–N’Djamena Corridor: Cameroon Digitalizes Freight Procedures to End Logistical “Asphyxiation”


 Cameroon has launched a major reform aimed at strengthening its economic position in Central Africa. The Land Freight Management Bureau (BGFT) officially digitalized the issuance procedures for the mandatory Waybill (LVO) and the axle tax, in partnership with Chad’s National Land Freight Bureau (BNFT).


The LVO ensures cargo traceability and serves as contractual proof for commercial road transport, while the axle tax finances road maintenance. Both procedures are now fully digital.


The reform is built on two platforms:


Landfreightis, a regional electronic freight exchange;


Sig Freight, a digital monitoring and management system.


Transport operators must now complete all procedures online.


This reform comes amid persistent congestion along the 1,948 km Douala–N’Djamena corridor, a vital trade route generating over 350 billion FCFA annually for Cameroon.


An operational survey conducted in January 2026 identified 64 checkpoints over 1,392 km — one every 21.75 km — significantly increasing costs and delays.


With around 20,000 truck movements per year toward Chad, delays of up to 48 hours per trip increase fixed transport costs by approximately 15% per ton-kilometer. Regional losses are estimated in the tens of billions of FCFA.


Through system interoperability (Guce, Camcis, Sip), Cameroon aims to reduce non-tariff barriers and reinforce its position as the natural gateway to the CEMAC region.


The digital reform is not merely administrative — it is strategic for regional competitiveness, trade performance, and consumer purchasing power.


Corridor Douala N’Djamena, BGFT Cameroun, BNFT Tchad, fret terrestre Cameroun, digitalisation transport Cameroun, lettre de voiture obligatoire LVO, taxe à l’essieu Cameroun, économie Cameroun 2026, commerce Cemac, transit Cameroun Tchad, logistique Afrique centrale, Landfreightis, Sig Freight, recettes douanières Cameroun, compétitivité port de Douala


Moussa Nassourou

Publicité