Dans la nuit du 19 au 20 février, une opération conjointe menée par les forces armées tchadiennes et l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar a permis d'intercepter un convoi d'une ampleur exceptionnelle dans la zone frontalière. Selon le site d'information Alwihda, qui a diffusé les premières images de la saisie, les unités ont mis la main sur une "grande quantité d'armes automatiques de différents calibres", leurs munitions, mais surtout, des systèmes portatifs de défense antiaérienne. Une prise de guerre qui soulève de lourdes interrogations quant à la destination et aux commanditaires de ce trafic.
Cette interception est la première démonstration concrète de l'accord signé à l'automne dernier entre N'Djamena et le maréchal Haftar. Cet accord vise à créer une force mixte pour sécuriser une frontière de 1 050 kilomètres, devenue une autoroute pour tous les trafics. "Par ce corridor, transite un flux important de terroristes, d’armes, d’argent et d’or en provenance du Darfour soudanais vers les côtes méditerranéennes de la Libye", détaillait déjà l'accord. La découverte de ce lot d'armes confirme que la frontière sud de la Libye reste le maillon faible et le carrefour stratégique de la contrebande dans l'est du Sahel.
Tensions maximales : Le Tchad ferme sa frontière avec le Soudan
Parallèlement à cette opération, le gouvernement tchadien a pris une décision radicale ce lundi 23 février. Comme le rapporte Tchad24, N'Djamena a ordonné la "fermeture immédiate" de sa frontière avec le Soudan. Une décision officiellement justifiée par la volonté de "stopper les incursions répétées" de groupes armés. Dans les faits, c'est un véritable coup de semonce.
La veille, Sudan Tribune faisait déjà état de la fermeture de plusieurs postes-frontières pour empêcher la pénétration de combattants sur le sol tchadien. Cette mesure fait suite à une escalade de violences aux abords de la frontière, où l'armée soudanaise et ses alliés affrontent les Forces de soutien rapide (FSR). Surtout, elle intervient après une attaque meurtrière attribuée aux FSR dans la ville tchadienne de Tina, où un camp militaire a été pris pour cible, faisant plusieurs victimes et détruisant du matériel. Bien que N'Djamena n'ait pas officiellement commenté cet incident, la fermeture de la frontière apparaît comme une réponse musclée à une violation de souveraineté, isolant un peu plus un Soudan déjà en proie au chaos.
L'Égypte tend un piège diplomatique à l'Éthiopie sur la Mer Rouge
Dans ce contexte de tensions régionales, un autre bras de fer se joue sur l'axe du Nil et de la Mer Rouge. Le média émirati The National révèle que Le Caire est prêt à soutenir l'ambition éthiopienne d'obtenir un accès à la mer Rouge. Une main tendue qui cache un marché de dupes.
Selon des sources égyptiennes, cette proposition a été soumise la semaine dernière au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, avec Washington comme témoin de choix, Donald Trump s'étant proposé comme médiateur. La contrepartie est claire : l'Égypte aidera Addis-Abeba à développer des ports en Érythrée, à Djibouti et à Port-Soudan, si l'Éthiopie "fait preuve de flexibilité" dans le différend sur le partage des eaux du Nil, et notamment sur le barrage de la Renaissance.
Mais le document égyptien contient aussi un avertissement à peine voilé : en cas de rejet, Le Caire n'hésitera pas à utiliser son influence sur le Soudan, la Somalie et Djibouti, voire sa marine de guerre, pour bloquer l'accès de l'Éthiopie à ces ports. Une manière de transformer la quête éthiopienne de désenclavement en levier de pression diplomatique.
Somalie : L'ONU tire la sonnette d'alarme sur la famine
Enfin, c'est une catastrophe humanitaire silencieuse qui menace d'engloutir la Somalie. Dans une déclaration conjointe alarmante, le directeur de l'Agence somalienne de gestion des catastrophes (SoDMA), Mahamoud Moallim, et le coordinateur humanitaire de l'ONU, George Conway, préviennent : un tiers de la population somalienne, soit 6,5 millions de personnes, est désormais menacé par la famine.
La sécheresse persistante a poussé le pays dans une impasse mortelle. "Des cas de décès liés à la famine et à la soif, en particulier parmi les enfants et les personnes âgées, sont confirmés", ont-ils déclaré. En février-mars, le nombre de personnes en insécurité alimentaire aiguë a presque doublé par rapport au début 2025. L'Unicef estime que 1,84 million d'enfants de moins de cinq ans risquent de souffrir de malnutrition en 2026, dont près d'un demi-million nécessitent des soins d'urgence.
Face à l'urgence, l'ONU a lancé un Plan de réponse humanitaire de 852 millions de dollars, mais les responsables appellent à "augmenter rapidement le soutien financier" pour éviter que la crise actuelle ne se transforme en famine généralisée. L'état d'urgence, déclaré dès novembre dernier, n'a pas suffi à enrayer la machine infernale de la sécheresse.
The Powder Keg Ignites – Massive Arms Seizure, Closed Borders, and Famine Threat
Article
The week of February 23, 2026, marks a worrying turning point for the stability of the Sahel and the Horn of Africa. Between the seizure of a significant weapons cache on the Chad-Libya border, the unilateral closure of the Chadian border with Sudan, and the growing shadow of famine in Somalia, the entire region seems to be holding its breath. A look into the heart of a multi-faceted security and humanitarian escalation.
Chad-Libya: Arms Trafficking Thwarted in the North
On the night of February 19-20, a joint operation by the Chadian armed forces and Libyan National Army (LNA) of Marshal Khalifa Haftar intercepted a convoy of exceptional scale in the border area. According to the news site Alwihda, which released the first images of the seizure, the units seized a "large quantity of automatic weapons of various calibers," their ammunition, and most alarmingly, man-portable air defense systems. This capture raises serious questions about the destination and the masterminds behind this trafficking.
This interception is the first concrete demonstration of the agreement signed last autumn between N'Djamena and Marshal Haftar. This agreement aims to create a joint force to secure a 1,050-kilometer border that has become a highway for all types of trafficking. "Through this corridor passes a significant flow of terrorists, weapons, money, and gold from the Sudanese Darfur region towards the Mediterranean coasts of Libya," the agreement detailed. The discovery of this weapons cache confirms that Libya's southern border remains the weak link and the strategic crossroads for smuggling in the eastern Sahel.
Maximum Tension: Chad Closes Its Border with Sudan
Parallel to this operation, the Chadian government made a radical decision this Monday, February 23. As reported by Tchad24, N'Djamena has ordered the "immediate closure" of its border with Sudan. Officially justified by the desire to "stop repeated incursions" by armed groups, this decision is effectively a major warning shot.
The day before, Sudan Tribune had already reported the closure of several border posts to prevent fighters from entering Chadian territory. This measure follows an escalation of violence near the border, where the Sudanese army and its allies are clashing with the Rapid Support Forces (RSF). Crucially, it comes after a deadly attack attributed to the RSF in the Chadian town of Tina, where a military camp was targeted, causing several fatalities and destroying military equipment. Although N'Djamena has not officially commented on this incident, the border closure appears as a muscular response to a violation of sovereignty, further isolating a Sudan already plunged into chaos.
Egypt Sets a Diplomatic Trap for Ethiopia on the Red Sea
In this context of regional tensions, another high-stakes game is playing out along the Nile and Red Sea axis. The Emirati media outlet The National reveals that Cairo is ready to support Ethiopia's ambition to gain access to the Red Sea. An outstretched hand that conceals a Faustian bargain.
According to Egyptian sources, this proposal was submitted last week to Ethiopian Prime Minister Abiy Ahmed, with Washington as a witness, as Donald Trump has offered to act as a mediator. The quid pro quo is clear: Egypt will help Addis Ababa develop ports in Eritrea, Djibouti, and Port Sudan, if Ethiopia shows "flexibility" in the dispute over the sharing of Nile waters, particularly concerning the Grand Ethiopian Renaissance Dam.
But the Egyptian document also contains a barely veiled warning: in case of rejection, Cairo would not hesitate to use its influence over Sudan, Somalia, and Djibouti, or even its navy, to block Ethiopia's access to these ports. This tactic transforms Ethiopia's quest to escape landlocked status into a lever of diplomatic pressure.
Somalia: UN Sounds the Alarm on Famine
Finally, a silent humanitarian catastrophe threatens to engulf Somalia. In an alarming joint statement, the Director of the Somali Disaster Management Agency (SoDMA), Mahamoud Moallim, and the UN Humanitarian Coordinator for Somalia, George Conway, warn: one-third of the Somali population, or 6.5 million people, is now threatened by famine.
Persistent drought has pushed the country into a deadly dead end. "Deaths related to hunger and thirst, particularly among children and the elderly, are being confirmed," they stated. In February-March, the number of people facing acute food insecurity nearly doubled compared to early 2025. UNICEF estimates that 1.84 million children under five are at risk of malnutrition in 2026, nearly half a million of whom require urgent treatment.
Faced with the emergency, the UN has launched a Humanitarian Response Plan for Somalia requiring $852 million, but officials are calling for a rapid increase in financial support to prevent the current crisis from turning into widespread famine. The state of emergency declared last November has not been enough to halt the infernal machinery of the drought.
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Moussa Nassourou