Une dette qui s’alourdit mois après mois
Les arriérés ne sont pas apparus brutalement. Entre août et novembre 2025, ils atteignaient déjà 53 milliards FCFA. Depuis janvier 2026, de nouvelles facturations mensuelles d’environ 10 milliards FCFA se sont accumulées, représentant près de sept mois d’impayés, confirme une source institutionnelle proche du dossier. Contactée, NHPC n’a pas souhaité commenter la situation.
Cette dérive a rapidement affecté la trésorerie du producteur indépendant d’électricité. En début d’année, NHPC a saisi le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee), puis le ministère des Finances (Minfi), pour alerter sur la dégradation de sa situation financière. Fin janvier 2026, les ressources disponibles étaient quasiment épuisées, compromettant le paiement des charges d’exploitation et le service de la dette.
Plus inquiétant encore, le compte de réserve destiné au remboursement des prêts n’a pas été alimenté en décembre 2025, plaçant l’entreprise en situation de défaut vis-à-vis de ses bailleurs.
Bailleurs en alerte, engagements sous surveillance
Le 27 janvier 2026, actionnaires et partenaires financiers se sont réunis à Paris pour examiner le risque. Selon une source présente aux discussions, les prêteurs ont refusé la constitution d’une réserve opérationnelle et conditionnent toute flexibilité future à des engagements fermes.
Des échanges entre le Minee, le Minfi et NHPC ont néanmoins permis d’acter plusieurs mesures : clarification des engagements budgétaires inscrits dans la Loi de finances 2025, réapprovisionnement de la lettre de crédit logée à Société Générale Paris, définition d’un calendrier de remboursement et suivi des travaux de renforcement du réseau électrique.
Un mécanisme revolving de 100 milliards FCFA en gestation
Pour sécuriser les paiements, le Minfi négocie depuis le quatrième trimestre 2025 la mise en place d’un fonds revolving de 100 milliards FCFA avec Société Générale Cameroun et plusieurs banques locales.
Une première enveloppe de 20 milliards FCFA a été mobilisée via une convention signée le 25 novembre 2025 avec Société Générale et CCA Bank. Toutefois, seuls 10 milliards FCFA auraient effectivement été versés à NHPC en décembre.
Quatre autres établissements — Afriland First Bank, UBA, SCB Cameroun et Access Bank — ont manifesté leur intérêt, pour un engagement potentiel de 42 milliards FCFA supplémentaires.
Ce dispositif vise à éviter un recours systématique à la lettre de crédit (SBLC), presque entièrement consommée : 55 milliards FCFA sur 56 milliards prévus ont déjà été activés.
Éneo, maillon fragile de la chaîne
Depuis la mise en exploitation du barrage (420 MW), NHPC facture environ 10 milliards FCFA par mois à Éneo, conformément au contrat, que l’énergie soit consommée ou non. Mais confrontée à ses propres tensions de trésorerie, l’entreprise n’a pas honoré pleinement ses obligations.
La garantie bancaire à Société Générale Paris a dû être activée à plusieurs reprises. Selon des indiscrétions, Éneo aurait récemment versé 1 milliard FCFA, un montant marginal au regard des arriérés cumulés.
Un projet stratégique sous contrainte budgétaire
Avec un investissement global de 786 milliards FCFA, Nachtigal doit accroître de 30 % les capacités installées du Cameroun et consolider la part de l’hydroélectricité dans le mix énergétique national. Toute fragilisation financière du projet pose donc un enjeu macroéconomique majeur : crédibilité de l’État, soutenabilité de la dette, confiance des bailleurs et stabilité de l’approvisionnement électrique.
Autre signal d’alerte : le Mintp et ses 8,5 milliards d’impayés
Dans un registre différent mais révélateur des tensions budgétaires, le nouvel immeuble siège du ministère des Travaux publics (Mintp), inauguré le 30 septembre 2025 à Yaoundé, affiche un taux de réalisation de 100 %. Pourtant, plus de 8,5 milliards FCFA de travaux et réclamations restent impayés.
Si le taux d’avancement est total, le taux de décomptes effectivement réglés plafonne à 79,85 %. Les services du ministère recommandent ainsi la mobilisation de ressources supplémentaires au-delà de l’année budgétaire en cours.
Lancé en 2014, le complexe de 305 bureaux, répartis sur quatre bâtiments, aura nécessité près de 11 ans de travaux. Initialement évalué à 17 milliards FCFA, le projet devrait finalement coûter 23,6 milliards FCFA.
Une équation budgétaire sous haute tension
Entre les impayés massifs du projet Nachtigal et les restes à payer du Mintp, la question de la gestion de la trésorerie publique et de la priorisation budgétaire s’impose avec acuité.
Au-delà des chiffres, c’est la crédibilité financière de l’État et la stabilité des projets structurants qui se jouent. Le Cameroun, engagé dans une ambitieuse modernisation de ses infrastructures, devra rassurer ses partenaires pour éviter que les tensions actuelles ne compromettent ses ambitions énergétiques et économiques.
Nachtigal Under Pressure: 70 Billion CFA Francs in Unpaid Bills Threaten Cameroon’s Flagship Hydropower Project
Cameroon’s flagship Nachtigal hydropower dam is facing mounting financial pressure, as unpaid government bills to Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) approach 70 billion CFA francs.
The arrears, which stood at 53 billion CFA francs between August and November 2025, have increased due to monthly invoices of around 10 billion CFA francs since January 2026. By late January, NHPC’s cash reserves were reportedly nearly depleted, raising concerns about debt servicing and operational sustainability.
A key debt reserve account was not funded in December 2025, placing the company in technical default with lenders. During a January 27, 2026 meeting in Paris, shareholders and financial partners assessed the risks, with lenders demanding stricter financial guarantees.
The Ministry of Finance is negotiating a 100 billion CFA franc revolving fund with local banks to secure regular payments. However, only 10 billion CFA francs have been effectively disbursed so far, while the standby letter of credit has been almost fully utilized (55 out of 56 billion CFA francs).
Nachtigal, a 786 billion CFA franc investment, is expected to increase Cameroon’s installed electricity capacity by 30%. Any financial instability surrounding the project could impact national energy security and investor confidence.
Meanwhile, Cameroon’s Ministry of Public Works acknowledges over 8.5 billion CFA francs in unpaid claims related to its newly inaugurated headquarters in Yaoundé, highlighting broader fiscal constraints.
The situation underscores growing pressure on public finances and raises questions about the sustainability of large-scale infrastructure financing in Cameroon.
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Mouahna Divine